La jeune fille et les clones
- Автор: Брин Дэвид
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Pocket
- ISBN: 2-266-08011-3
- Переводчик: Arnaud Mousnier-Lompré
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La jeune fille et les clones». Краткое содержание книги:
Maia et Leie, sa soeur jumelle, se voient ainsi, très jeunes, réduites à explorer ce monde pastoral et le trouvent plutôt compliqué. Il y a des radicales qui militent pour les droits des hommes ; des Perkinites qui au contraire, pour les éliminer, proposent la parthénogénèse ; et même un visiteur venu des étoiles pour proposer à Stratos de réintégrer le Phylum. Quoi, il y aurait eu sécession ? Pourquoi tous ces mystères : la Porte à Enigmes, le Mur d'Images, le Grand Modeleur ? Et comment faire bouger les choses ?
Elle s’aperçut tout à coup qu’elle frissonnait. « Pourquoi ne pas faucher aussi des vêtements ? »
Sa couchette avait été réquisitionnée par une femme plus grande qu’elle de plusieurs tailles et qui devait être fâchée avec l’eau et le savon, mais elle trouva une chemise et un pantalon à peu près de sa taille sur celle d’à côté. Tout en mâchonnant les biscuits coriaces, elle ôta ses frusques en lambeaux et enfila les articles volés. Elle dut serrer à mort la ficelle qui servait de ceinture au pantalon, mais c’était toujours mieux que rien. Un manteau propre, bien qu’usé jusqu’à la trame, compléta le tout. Elle se sentit soudain un peu coupable envers le pauvre Brod qui devait crever de froid et de faim sur son perchoir.
« Bon, et maintenant ? » se demanda-t-elle en glissant son gourdin dans sa ceinture. Elle doutait que Renna fût enfermé dans un endroit aussi peu sûr que le Manitou. Il devait plutôt croupir au fin fond du sanctuaire. Oserait-elle y entrer et se mettre à sa recherche ? Plus elle y pensait, plus l’idée de libérer Thalla et les autres lui souriait. Si les rades pouvaient s’emparer du Manitou, puis créer une diversion pendant que Maïa se glissait discrètement dans le sanctuaire…
« Première chose à faire : éliminer les gardes. Ça n’a pas l’air difficile, comme ça, mais comment vais-je m’y prendre ?
« Voyons, je pourrais descendre dans le couloir de cale et me faire passer pour une messagère… ou lancer un faux appel à l’aide. Assommer la première qui sort, et puis… recommencer ? Ou aller à la rencontre de la suivante ?
« Et si elles sont trois ? Ou plus ? »
C’était un plan foireux… qu’elle était farouchement résolue à faire fonctionner. Au moins, après, elle ne serait plus seule. Les rades auraient peut-être une ou deux idées à proposer, de leur côté. Maïa regarda autour d’elle, à la recherche d’une arme. Elle ne trouva qu’un petit couteau qu’elle fourra dans sa poche. Elle était au pied de l’échelle quand la porte s’ouvrit, éclairant son visage et dessinant les contours d’une silhouette corpulente. Maïa la regarda, atterrée.
— Y m’semblait bien avoir entendu du bruit, fit une voix bourrue. Allez, au boulot. J’te couvre plus, c’est fini !
La pirate fit demi-tour, laissant Maïa sans voix. Elle se hâta de la suivre, dans l’espoir de l’attaquer par-derrière, mais arrivée à la porte, son cœur se serra à la vue de quatre femmes qui tiraient de longs objets luisants d’une caisse.
« Des fusils », se dit Maïa. Ces pirates étaient bien équipées. Mais elle n’en était plus à ça près. « Ce sont les vainqueurs qui écrivent l’Histoire. Si Baltha et sa bande l’emportent, qui ira pinailler sur quelques délits mineurs ? »
— Alors, t’arrives ? lança la première femme.
Maïa s’approcha en traînant les pieds, tête basse. Elle eut un choc quand on lui fourra dans les bras trois fusils. Elle les serra contre elle, ignorant ce qu’elle devait faire.
— Oublie pas les munitions, Racila, fit une femme autoritaire à la petite pirate qui distribuait les armes. C’est bon, on y va, ou Togay va nous mettre au pain sec et à l’eau pour la semaine.
Maïa tenta de se mettre en queue du groupe, mais la cheffe la fit passer devant. Elle descendit la passerelle, suivit la jetée, puis s’engagea sur des lattes de bois bruyantes menant vers deux bras de lumière jumeaux, de part et d’autre de l’entrée du sanctuaire.
Des fusils chargés, des cris, des groupes de femmes qui se hâtaient fébrilement dans la nuit. Drôle de fête du Soleil lointain… Que se passait-il, nom de Lysos ?
Maïa crut le pire arrivé en montant les vastes marches et en passant sous la lumière crue des torches. Puis en voyant qu’elle n’était pas démasquée sur-le-champ, elle comprit que ce n’était pas l’obscurité qui l’avait sauvée sur le navire.
« Soit elles sont si nombreuses qu’elles ne se connaissent pas toutes. Soit elles me prennent pour Leie. »
L’idée de se faire passer pour sa sœur lui était naturellement venue, mais la ruse lui avait paru trop facile à éventer. Leie était sans doute coiffée autrement, arborait des cicatrices distinctes des siennes, et indiquerait par mille signes qu’elle connaissait ces femmes parfaitement inconnues de Maïa. Et que ferait-elle quand la vraie Leie se montrerait ?
Elle avait finalement décidé de ne s’y risquer qu’en dernier ressort. À présent, elle n’avait plus le choix. Elle était bien obligée d’y aller au culot.
— C’trou à rats est aussi grand qu’une ville ! fit sotto voce une petite grincheuse. Si on a pas fouillé cent tûmes on en a pas fouillé une. T’as rudement bien fait d’te défiler.
— Ça tu l’as dit ! répondit Maïa sur le même ton. J’me suis pas engagée pour cavaler comme ça dans tous les sens. Z’avez trouvé quelque chose ?
— Nan. On a pas vu la barbe ou l’prépuce de c’bestiau vril. Togay a pourtant offert une bonne récompense.
Ça confirmait les soupçons de Maïa. « Elles cherchent un homme, Renna », se dit-elle, le cœur battant. Puis elle s’obligea à reprendre son calme. « Ce n’est pas prouvé du tout. Il pourrait très bien s’agir d’un marin du Manitou, par exemple. »
L’entrée portait les stigmates de l’antique terreur venue de l’espace. Un portique de fortune séparait l’escalier ébranlé d’un vestibule qui avait dû être splendide autrefois mais dont les fissures avaient été rafistolées tant bien que mal avec du plâtre que le sel et le temps avaient attaqué.
Le groupe arriva à un vaste hall d’où partaient de larges corridors et prit le couloir central, qui s’enfonçait droit dans la montagne. Des guirlandes d’ampoules moribondes alimentées par un générateur à charbon asthmatique créaient des îlots de lumière tous les dix mètres environ. Au-delà régnait une obscurité pleine de mystères que trouait parfois une lanterne. Au loin, les murs renvoyaient des échos de voix fébriles que l’ombre engloutissait presque totalement.
Les couloirs labyrinthiques, les lourds pilastres typiquement masculins rappelaient à Maïa le sanctuaire de Longue Vallée, mais celui-ci était plus vaste, et surtout manifestement plus ancien. Les traînées de suie, les graffitis qui ornaient les murs et les plafonds témoignaient du nombre de visiteurs, ermites ou chasseuses de trésor, qui étaient passés par là au fil des siècles, la torche à la main.
Il y avait une autre différence : ici, une frise formée de séquences des dix-huit lettres de l’alphabet liturgique était gravée dans la pierre, juste au niveau des yeux, le long de tous les corridors et dans toutes les salles.
Le groupe de Maïa traversa une salle majestueuse, au plafond voûté, uniquement meublée de quelques tapis et d’une immense cheminée sculptée où crépitait une flambée. Des bouteilles, des chopes et divers jeux gisaient çà et là, comme s’ils avaient été abandonnés en hâte.
— On dirait qu’ça va pas comme elles veulent, risqua Maïa à l’oreille de la petite var grincheuse. Personne a eu l’idée d’laisser c’vril où il est et d’mettre les voiles ?
L’effarement de l’autre en disait plus long qu’un discours.
— Qu’est-ce que t’attends pour leur proposer ? Si Togay et Baltha t’envoient pas faire de la brasse coulée, j’te suis !
Maïa dissimula un sourire. Il fallait que l’enjeu soit de taille pour provoquer une telle réaction. Elle se réjouissait d’apprendre qu’il leur avait faussé compagnie. « Restait maintenant à le retrouver avant qu’elles ne s’énervent pour de bon. »
Soudain, elle se rappela ce qu’elle avait dans les bras : de longs bâtons de bois, de métal – et de mort. Les pirates avaient apparemment décidé de ne pas faire cadeau à d’autres de ce qu’elles ne pourraient avoir.