Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Tout en se préparant à se retrouver le 24 mai dans un hôtel particulier de l’avenue d’Iéna transformé en siège social du Guide Duchemin pour les premières prises de vues, Louis a donné son accord de principe pour tourner en septembre ou octobre sous la direction de Georges Lautner. Basé sur un scénario original de l’ex-Charlot Luis Régo, Louis y serait un chef d’entreprise devenant miraculeusement un philanthrope distribuant secrètement sous divers déguisements de l’argent à ses employés. Lautner charge Michel Audiard de plancher sur cette histoire intitulée Le Cactus qui ne verra jamais le jour sur grand écran, la société de production Génovès, partie prenante de ce projet, faisant brutalement faillite. Mais pour l’heure Louis se métamorphose en Charles Duchemin et il s’amuse des taquineries de Coluche allant même jusqu’à mimer son infarctus : « Paf ! Un infarctus ! Une semaine après, paf ! un deuxième ! » Sujet de plaisanterie entre les compères, pour qui la mort devient un… gag. Quand parfois Coluche arrive en retard, il a une phrase toute prête pour s’en excuser : « Louis, je ne pensais pas être en retard. Je n’ai pas vu votre ambulance en bas de la maison… » Un autre jour, Coluche se déguise en ange et va réveiller de Funès dans sa loge d’un : « Louis, Loulou, vous êtes mort… ? Vous êtes au ciel… ? » De Funès ouvre un œil, simule une fausse colère puis, son visage s’illuminant, il lui lance : « Michel, si vous continuez, vous allez effectivement me faire mourir… mais de rire… » C’est peu dire que les deux hommes s’entendent, y compris dans les vieux hangars loués à Trappes pour y installer le chapiteau d’un cirque, l’usine de Tricatel, un plateau de télévision et six salles de restaurant. Tout se passe à merveille, comme en témoigne Claude Gensac : « Un jour où j’allais le voir, je lui ai demandé son opinion sur Coluche et il m’a répondu : “C’est un garçon éminemment sympathique, touchant. Il a un énorme talent, il fera une formidable carrière, tu verras”[548]. » Autre sujet de satisfaction, ses échanges avec Julien Guiomar — l’odieux Tricatel — qui, comme lui, bien que plus jeune[549], a eu aussi à subir les foudres d’une crise cardiaque. Bref, en cet été caniculaire tout se passe dans une ambiance festive où Coluche écoute les conseils de son aîné. Conseil qui tient en peu de mots : jouer avec son cœur, donner ! donner ! et encore donner. Au terme de ces douze semaines de travail, Louis invite toute l’équipe à sabler le champagne. Il est le seul à ne pas en boire. Il attend beaucoup de ce film et il se sent capable de soulever des montagnes même s’il ne cache pas qu’il ne peut plus jouer les hommes toujours en colère. « On me l’a trop fait faire. Claude Zidi l’a compris, qui m’a écrit un rôle plein de nuances, dit-il à Robert Chazal[550]. Tiens, il y a un sentiment que j’aime bien exprimer aujourd’hui : la candeur. C’est drôle, un vieux monsieur candide… J’aimerais beaucoup aussi jouer les rôles à la Jules Berry. Je le revois souvent à la télévision et je trouve que je pourrais prendre la suite de Jules Berry. J’ai à peu près l’âge qu’il avait au moment de sa disparition[551]. C’est tout simple. »
Sitôt le tournage de L’Aile ou la Cuisse achevé, Louis retrouve sa chère Bretagne où il a décidé de vivre de façon définitive. Mis en vente, l’appartement du 45, rue Monceau a rapidement trouvé acquéreur. Le déménagement est prévu pour le mois d’octobre, quelques jours après la sortie du film de Claude Zidi. Louis a déjà choisi son lieu de résidence parisien quand il devra s’y rendre. L’hôtel de la Trémoille sera son domaine, où il loue une suite juste à côté de celle de Michel Audiard. Au Cellier, il se prépare encore à recevoir la visite de son fils Olivier qui vient de lui demander une faveur. Olivier a rencontré dans un avion le ramenant de Tunis, où il était allé voir son frère, une jeune étudiante en droit prénommée Dominique. Elle a 20 ans[552]. Ses parents dirigent un hôtel parisien. Olivier souhaite leur présenter son amie. « Jamais auparavant, je n’avais osé convier une amie à partager un séjour familial, raconte Olivier de Funès[553]. Par pudeur, mon père n’aimait pas deviner que des gestes amoureux aient pu naître sous son toit. Certain que cette rencontre n’avait rien d’une aventure passagère, je pris le risque de bouleverser les convenances. » Louis et Jeanne acceptent sans la moindre hésitation et ils se promettent d’accueillir Mlle Watrin comme si elle était déjà la future épouse de leur cadet.
Avant de lui faire les honneurs de leur logis, les de Funès vont l’accueillir à l’aéroport de Nantes où, fort étonnés de la présence de l’acteur en costume-cravate, ils sont nombreux à chuchoter « Tiens, c’est Louis de Funès et sa femme… ». Dominique s’assoit à l’arrière de leur Renault 6, à côté de Jeanne. Louis laisse le soin à Olivier de prendre le volant afin de rejoindre l’un des meilleurs restaurants des bords de Loire. Un déjeuner pendant lequel le comédien pose mille questions à cette jeune femme sur ses projets, sa famille, ses goûts, sans pour autant se montrer indiscret. Jeanne et lui l’invitent rapidement à les appeler par leur prénom. Au château, la jeune fille découvre un homme bien différent de celui qu’elle ne connaissait jusque-là qu’à travers le prisme des écrans de cinéma. Un homme raffiné qui s’amuse à lui raconter des histoires de soucoupes volantes et se fait un devoir de lui cueillir des fleurs puis de minutieusement les assembler dans un vase. Louis est séduit par l’amie de son fils, confiant même à Jeanne : « Ce sera elle, sa femme ! » On n’en est pas encore là. Le 27 octobre 1976, jour de la sortie en salles de L’Aile ou la Cuisse, approche. Depuis bientôt deux mois, les Parisiens peuvent déjà voir sur les colonnes Morris les affiches de ce film où les noms de Louis de Funès et de Coluche sont accolés en caractères de même grandeur. C’est Louis qui l’a exigé, donnant ainsi en cadeau à Coluche ce que Bourvil lui avait offert pour Le Corniaud. Ce 27 octobre, le film de Claude Zidi affronte deux cent quarante salles de cinéma ! Du jamais-vu.
Du jamais-vu aussi pour les journalistes. Christian Fechner a décidé de ne pas organiser de projection pour la presse. Histoire de se singulariser mais aussi, on peut le supposer, d’éviter les habituelles railleries dont sont victimes les films à vocation comique. Non sans peine, Fechner convainc Louis de Funès d’accorder nombre d’interviews. Il déteste en particulier faire de « la promo » à la télévision, où un seul homme trouve grâce à ses yeux. Cet homme anime, sur Antenne 2, une émission populaire dans laquelle il sait mettre en valeur les comédiens, privilégiant leurs réponses à ses propres questions. Louis accepte d’enregistrer avec ce Michel Drucker[554] qu’il apprécie un entretien d’une quinzaine de minutes au cours duquel il affirme avoir recouvré la santé et conte quelques anecdotes de tournage où il vante surtout les mérites de son partenaire. Pour les journalistes de la presse écrite, il redit à l’envi qu’il va bien : « Je sens en moi plein de possibilités encore inexploitées. J’ai l’impression de redémarrer. Finalement, ce coup d’arrêt brutal, qui n’a pas trop mal fini, c’est très bien. J’y vois plus clair. Cela va me permettre de dire non à un certain nombre de gens, qui, je le sens, vont bientôt de nouveau penser à moi. Tout ça, c’est fini. Si je n’ai pas un vrai scénario sur lequel je puisse travailler au moins un an à l’avance, je dis non. Combien de fois je me suis fait avoir ! On remplit votre verre de champagne en attendant la langouste, un bon alcool, un cigare, on vous raconte deux ou trois gags marrants, et bêtement on dit “oui” et plof, on vous fait signer sans avoir le temps de digérer. Sur certains films, trois heures après le début du tournage, je savais déjà que c’était le naufrage assuré… Un film par an. C’est tout. Maintenant, c’est mon cœur qui commande…[555] » Il dit encore que « Coluche est un nouveau Bourvil ». Un compliment que celui-ci lui rend par ces mots : « J’admire beaucoup de Funès. C’est un grand acteur et un grand professionnel. En plus, il est très agréable dans le travail. Malgré sa célébrité, il aime se moquer de lui-même. J’ai beaucoup appris de lui. Il est d’une régularité parfaite dans son jeu. Rien ne le distrait. Il est capable de déconner entre deux prises de vues et de se rebrancher dès qu’on reprend. Pas moi. Je n’avais pas l’habitude et il me fallait toujours un peu de temps pour me remettre dans la peau de mon personnage. Il m’a appris à raccorder la tension d’un jour à l’autre[556]. » Concert d’éloges réciproques et raz de marée des spectateurs dans les salles obscures. Tout le monde veut goûter les plats concoctés par de Funès et Coluche aux prises avec un industriel de ce qu’on appelle aujourd’hui la « malbouffe ». Un industriel qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Jacques Borel, lequel fit fortune en inondant les autoroutes de restaurants proposant aux vacanciers des menus à l’opposé des valeurs gastronomiques françaises, comme le fameux poulet aux hormones déjà dénoncé par Jean Ferrat dans sa chanson La Montagne en 1964 !
548
Op. cit., p. 204.
549
Né en 1928, formé à l’école du T.N.P. de Jean Vilar, il n’a alors pas encore 50 ans.
550
Robert Chazal, op. cit., p. 109.
551
Décédé le 23 avril 1951, Jules Berry avait 68 ans. Louis de Funès l’avait croisé et observé lors du tournage de Pas de week-end pour notre amour de Pierre Montazel en 1949.
552
Domnique Watrin est née le 2 décembre 1956 à Fès, au Maroc.
553
Op. cit., pp. 255–256.
554
L’émission Les Rendez-vous du dimanche sera diffusée le 31 octobre.
555
Louis de Funès à Christine Gauthey in Le Journal du dimanche daté du 17 octobre 1976.
556
Coluche in Le Quotidien de Paris daté du 18 octobre 1976.