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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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CXCVII

J'ai connu l'homme qui n'�tait que de soi car il m�prisait jusqu'aux courtisanes. Je t'ai parl� de ce ministre, opulent de ventre et lourd de paupi�res, qui, m'ayant trahi, se parjura et abjura � l'heure du supplice, se trahissant ainsi lui-m�me. Et comment n'e�t-il pas trahi et l'un et l'autre? Si tu es d'une maison, d'un domaine, d'un dieu, d'un empire, tu sauveras par ton sacrifice ce dont tu es. Ainsi de l'avare qui est d'un tr�sor. Il a fait son dieu d'un diamant rare. Il mourra contre les voleurs. Mais n'est point ainsi l'opulent de ventre. Il se consid�re comme idole. Ses diamants sont de lui et l'honorent � mais en retour il n'est point d'eux. Il est borne et mur et non chemin. Et si maintenant tu le domines et le menaces, au nom de quel dieu va-t-il mourir? Il n'est rien en lui que ventre.

L'amour qui s'�tale est amour vulgaire. Qui aime contemple et communique dans le silence avec son dieu. La branche a trouv� sa racine. La l�vre a trouv� sa mamelle. Le c�ur s'emploie � la pri�re. Je n'ai que faire de l'opinion d'autrui. Ainsi l'avare lui-m�me cache � tous son tr�sor.

L'amour se tait. Mais l'opulence fait appel aux tambours. Qu'est-ce qu'une opulence qui n'est point �tal�e? Qu'est-ce qu'une idole sans adorateurs? N'est rien l'image de bois peint qui dort, sous les d�tritus, dans le hangar.

Donc mon ministre, opulent de ventre et lourd de paupi�res, avait coutume de dire: �Mon domaine, mes troupeaux, mes palais, mes cand�labres d'or, mes femmes.� Il fallait bien qu'il exist�t. Il enrichissait l'admirateur qui se prosternait devant lui. Ainsi le vent, qui n'a point de poids ni d'odeur, conna�t qu'il existe en creusant les bl�s. �Je suis, pense-t-il, puisque je courbe.�

Ainsi non seulement mon ministre go�tait-il l'admiration, mais il go�tait tout aussi bien la haine. Elle lui montait aux narines comme une preuve de soi. �Je suis, puisque je fais crier.� C'est pourquoi il passait sur le ventre du peuple, comme un char.

Aussi n'�tait rien en lui que vent de paroles vulgaires gonflant une outre. Car il importe, pour que tu sois, que monte l'arbre dont tu es. Tu n'es que charroi et voie et passage. Je veux voir ton Dieu pour croire en toi. Et mon ministre n'�tait que fosse pour empilage de mat�riaux.

C'est pourquoi je lui tins ce discours:

�De t'avoir si longtemps entendu dire �Moi� moi� moi�� je me suis tourn�, dans ma bont�, vers l'invitation de tes tambours et je t'ai regard�. Je n'ai rien vu qu'un entrep�t de marchandises. A quoi te sert-il de poss�der? Tu es magasin ou armoire, mais non plus utile ni plus r�el qu'une armoire ou un magasin. Te pla�t que l'on dise �l'armoire est pleine� mais qui est-elle?

�Si je te fais trancher la t�te pour me distraire de ta grimace qu'y aura-t-il de chang� dans l'empire? Tes coffres resteront en place. Que donnais-tu � tes richesses qui pourrait leur manquer?�

L'opulent de ventre ne comprenait point la question, mais commen�ant de s'inqui�ter il respirait mal. Je repris donc:

�Ne crois point que je m'inqui�te au nom d'une justice difficile � fixer. Le tr�sor est beau qui p�se dans tes caves et ce n'est point lui qui me scandalise. Certes tu as pill� l'empire. Mais la graine aussi pille la terre pour construire l'arbre. Montre-moi l'arbre que tu as b�ti?

�Ne me g�ne point que le v�tement de laine ou le pain de bl� soit pr�lev� sur la sueur du berger et du laboureur afin qu'un sculpteur s'habille et mange. Leur sueur se change, si m�me ils l'ignorent, en visage de pierre. Le po�te pille les greniers puisqu'il se nourrit des grains du grenier sans contribuer � la r�colte. Mais il sert un po�me. J'use du sang des fils de l'empire pour construire des victoires. Mais je fonde un empire dont ils sont fils. Sculpture, arbre, po�me, empire? montre-moi qui tu sers. Car tu n'es que v�hicule, voie et charroi�

�Quand tu auras r�p�t� mille ann�es durant �moi� moi� moi�� qu'aurai-je appris sur ta d�marche? Que sont devenus domaines, pierreries et r�serves d'or au travers de toi? Ne crois point que je me tourmente contre le glacier au nom des mares. Je n'irai point reprocher � la graine la gloutonnerie de son pillage. Elle n'est que ferment qui s'oublie, et l'arbre qu'elle d�livre la pille elle-m�me. Tu as pill�, mais qui te pille dont tu sois?

�Belle �tait cette reine d'un royaume lointain. Et les diamants su�s par son peuple devenaient diamants de reine. Et les routiers et les vagabonds de son territoire s'ils d�barquaient � l'�tranger raillaient les routiers et les vagabonds: �Votre reine, disaient-ils, n'est pas endiamant�e! La n�tre est couleur de lune et d'�toile�� Mais voici que tes perles, tes diamants et tes domaines se nouent en toi pour ne rien c�l�brer que l'opulence d'un ventre lourd. De ces mat�riaux �pars tu construis un temple qui est vulgaire et n'augmente point les mat�riaux. Tu es le n�ud de leur diversit� et ce n�ud les dessert. La perle qui orne ton doigt est moins belle que simple promesse de la mer. Je romprai le n�ud qui me scandalise et ferai de ton �difice liti�re et fumier pour d'autres arbres. Et de toi que ferai-je? Que ferai-je de la semence d'arbre � travers laquelle la terre enlaidit comme la chair � travers l'abc�s?�

Cependant je souhaitais que l'on ne confond�t point avec une maigre justice la haute justice que je servais. �Le hasard d'une d�marche basse, me disais-je, a nou� un tr�sor qui, divis�, ne serait rien. Il augmente qui le poss�de, mais il importe que qui le poss�de l'augmente. Je le pourrais diviser, distribuer et changer en pain pour le peuple, mais ceux de mon peuple, car ils sont nombreux, seront peu augment�s par ce surcro�t d'un jour de nourriture. L'arbre une fois b�ti est beau, je le veux changer en m�t de voilier, non distribuer en b�ches � tous pour feu d'une heure. Car peu les augmentera une heure de feu. Mais pleinement les embellira tous le lancer � la mer d'un navire.

�Je veux de ce tr�sor une image dont puissent s'�gayer les c�urs. Je veux rendre aux hommes le go�t du miracle, car il est bon que les p�cheurs de perles qui vivent pauvres, tant elles sont dures � d�chiffrer du fond des mers croient en la perle merveilleuse. Plus riches ils sont d'une perle trouv�e par un seul une fois l'an, et qui change sa destin�e, que d'un m�diocre suppl�ment de nourriture, d� au partage �quitable de toutes les perles de la mer, car celle-l� seule qui est unique fleurit pour tous le fond des mers.�

CXCVIII

Je cherchais donc dans ma haute justice un usage digne des richesses confisqu�es, car je ne me prononce point pour les pierres contre le temple. Peu m'int�ressait de r�pandre le glacier en mare, de disperser le temple en mat�riaux divers et de soumettre le tr�sor au pillage. Car le seul pillage que j'honore est celui de la terre par la graine qui se pille soi-m�me aussi, car elle en meurt, au nom de l'arbre. Peu m'int�ressait d'enrichir chacun, faiblement, selon son �tat, augmentant d'un bijou la courtisane, d'un boisseau de bl� le laboureur, d'une ch�vre le berger, d'une pi�ce d'or l'avare. Car mis�rable alors est l'enrichissement. M'importait de sauver l'unit� du tr�sor afin qu'il rayonn�t sur tous comme il en est de la perle indivisible. Car il se trouve que, si tu fondes un dieu, tu le donnes � chacun, en totalit�, sans le r�duire.

Voici donc que s'�meut ta soif de justice:

�Mis�rables, dis-tu, sont le laboureur et le berger. De quel droit les frustrerais-tu de leur d�, au nom d'un avantage qu'ils ne souhaitent point ou de quelque dieu qu'ils ignoraient. Je pr�tends disposer du fruit de mon travail. J'en nourrirai, s'il me pla�t, les chanteurs. J'�pargnerai, s'il me pla�t, pour la f�te. Mais de quel droit b�tiras-tu, si je la refuse, ta basilique sur ma sueur?�

Vaine, te dirai-je, est ta justice provisoire car elle n'est que d'un �tage. Et il faut choisir. Les mat�riaux changent de signification en passant d'un �tage � l'autre. Tu ne demandes point � la terre si elle souhaite former le bl�. Car elle ne con�oit point le bl�. Elle est terre, tout simplement. Tu ne souhaites point ce qui n'est pas encore con�u. Telle femme t'est indiff�rente. Tu ne souhaites point de l'aimer, bien que cet amour s'il te br�lait, ferait peut-�tre ton bonheur.

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