Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Nul ne regrette de ne point d�sirer se faire g�om�tre. Nul ne regrette de ne point regretter car une telle d�marche est absurde. C'est au bl� de fonder la signification de la terre. Elle devient une terre � bl�. De m�me tu ne demandes point au bl� de souhaiter devenir conscience et lumi�re des yeux. Car il ne con�oit point la lumi�re des yeux ni la conscience. Il est bl�, tout simplement. C'est � l'homme de se nourrir et de changer en ferveur et pri�re du soir le pain de bl�. Ainsi ne demande point � mon laboureur s'il d�sire, par sa sueur, devenir po�me ou g�om�trie ou architecture, car mon laboureur ne les con�oit point. Il userait de son travail pour am�liorer sa charrue, car il est laboureur, tout simplement.
Mais j'ai refus� de me prononcer pour les pierres contre le temple, pour la terre contre l'arbre, pour la charrue du laboureur contre la connaissance. Je respecte toute cr�ation, bien qu'elle se fonde en apparence sur l'injustice car tu nies la pierre pour b�tir le temple. Cependant la cr�ation une fois faite, ne dirai-je pas du temple qu'il est signification de la pierre et justice rendue? Ne dirai-je pas de l'arbre qu'il est ascension de la terre? Ne dirai-je pas de la g�om�trie qu'elle ennoblit le laboureur, lequel est l'homme, bien qu'il l'ignore?
Je ne fonde point le respect de l'homme sur le partage vain de provisions vaines dans une �galit� haineuse. Soldat et capitaine sont �gaux en l'empire. Et je dirai que les mauvais sculpteurs sont les �gaux du bon sculpteur en le chef-d'�uvre qu'il a cr��, car ils lui ont servi de terreau pour son ascension. Ils ont �t� condition de sa vocation. Je dirai que le laboureur ou le berger sont les �gaux du bon sculpteur en son chef-d'�uvre car ils auront �t� condition de sa cr�ation.
Cependant te tourmente encore que je pille ce laboureur qui ne re�oit rien en retour. Et tu r�ves d'un empire o� les casseurs de pierres le long des routes, les d�bardeurs du port et les soutiers se puissent enivrer de po�sie, de g�om�trie et de sculpture, et s'imposer d'eux-m�mes, librement, un surcro�t de travail pour te nourrir tes po�tes, tes g�om�tres et tes sculpteurs.
Ce quoi faisant, tu confonds la route et le but, car certes j'ai en vue l'ascension de mon laboureur. Serait certes beau celui-l� qui s'enivrerait de g�om�trie. Mais myope et le nez contre, tu veux r�soudre ton op�ration dans le cycle d'une seule vie d'homme et tu pr�tends ne rien entreprendre qui enjambe les individus comme les g�n�rations. Ce en quoi tu te mens � toi-m�me.
Car tu chantes ceux-l� qui sont morts contre la mer � bord de fragiles voiliers, ouvrant � leurs fils l'empire des Iles. Tu chantes ceux-l� qui sont morts pour leurs inventions sans en tirer profit, afin que d'autres les puissent parfaire. Tu chantes les soldats sacrifi�s sur les remparts qui n'ont rien recueilli pour soi du sang vers�. Tu chantes celui-l� m�me qui plante un c�dre, bien qu'il soit vieux et n'esp�re rien d'une ombre lointaine.
Il est d'autres laboureurs et d'autres bergers que tel po�me plus tard remboursera. Car le po�me colonise lentement et l'ombre de l'arbre sera pour le fils. Il est bon que le sacrifice rembourse au plus t�t, mais je ne souhaite cependant point qu'il cesse trop vite d'�tre n�cessaire. Car il est condition, signe et route de l'ascension. Trois ann�es durant je cloue et je gr�e mon navire. Je ne suis rembours� ni par l'odeur des planches ni par le bruit des clous. Sera pour plus tard le jour de la f�te. Or il est des navires longs � gr�er. Si tu n'as plus � solliciter de sacrifices c'est que tu t'estimes satisfait des navires b�tis, des connaissances acquises, des arbres plant�s, des sculptures faites et que tu juges venue l'heure de t'installer en s�dentaire, pour l'usage des provisions, dans les coquilles d'autrui.
D�s lors j'irai moi m'installer sur la tour la plus haute afin d'observer l'horizon. Car sera proche l'heure du barbare.
Je te l'ai dit: il n'est point de provision faite. Il n'est que direction, ascension et d�marche vers. Les laboureurs auront rejoint les g�om�tres � afin de recevoir leur plaisir en retour de leur sueur � quand les g�om�tres ne cr�eront plus. Si tu marches du m�me pas derri�re l'ami, il importe, s'il a quelque avance et d�sire que tu le rejoignes, qu'il s'interrompe de marcher. Je te l'ai d�j� dit: tu trouveras l'�galit�, une fois la marche inutile, l� seulement o� servent les provisions, � l'heure de la mort, quand Dieu engrange.
Donc il me parut �quitable de ne point diviser le tr�sor.
Car il n'est qu'une justice: je sauverai d'abord ce dont tu es. Justice pour les dieux? justice pour les hommes? Mais le dieu est de toi et je te sauverai s'il est possible, si ton sauvetage le grandit. Mais je ne te sauverai point contre tes dieux. Car tu es d'eux.
Je sauverai l'enfant, s'il est n�cessaire, contre la m�re, car d'abord il a �t� d'elle. Mais elle est d�sormais de lui. Et je sauverai le rayonnement de l'empire contre le laboureur de m�me que le bl� contre la terre. Je sauverai la perle noire dont tu seras, si m�me elle ne t'�choit point, car elle te fleurit toute la mer, contre le ridicule fragment de perle qui serait de toi et qui ne t'enrichirait gu�re. Je sauverai le sens de l'amour afin que tu puisses en �tre, contre l'amour qui serait de toi, comme une acquisition ou comme un droit, car alors tu n'y gagnerais point l'amour.
Je sauverai la source qui t'abreuve, contre ta soif elle-m�me, sinon tu mourras, d'esprit ou de chair.
Et je me moque bien de ce que les mots se tirent la langue et de ce que je paraisse pr�tendre t'accorder l'amour en le refusant, et te convier � vivre en t'imposant la mort, car les contraires sont invention du langage, lequel embrouille ce qu'il croit saisir. (Et s'ouvre l'�re de la grande injustice, quand tu exiges de l'homme qu'il se prononce pour ou contre, sous peine de mort.)
Donc il me parut �quitable de ne point rembourser le tr�sor en le dispersant en gravats afin de rendre, car ils en furent pill�s, son bijou � la courtisane, sa ch�vre au berger, son boisseau de bl� au laboureur et sa pi�ce d'or � l'avare, mais de rembourser � l'esprit ce qui fut emprunt� � la chair. Ainsi fais-tu quand tu uses tes muscles � tailler la pierre puis, la victoire une fois gagn�e, te frappes les mains l'une contre l'autre, pour te d�livrer de leur poussi�re, te recules en plissant les yeux pour mieux voir, penches un peu la t�te sur le c�t�, puis re�ois le sourire du dieu comme une br�lure. J'eusse certes pu colorer de quelque lumi�re la restitution pure et simple. Car autre chose est de poss�der un bijou quelconque, une ch�vre, un boisseau de bl�, une pi�ce d'or, desquels tu ne tires gu�re de plaisir, et de les recevoir en conclusion d'un jour de f�te et sommet du c�r�monial. Car ces humbles pr�sents ont couleur de cadeau du roi et don de l'amour. Et j'ai connu ce propri�taire de champs de ros�s innombrables, qui e�t pr�f�r� s'en voir d�pouiller jusqu'au dernier, plut�t que de perdre une seule rose fan�e, cousue dans un humble carr� de linge, et qu'il portait contre son c�ur. Mais tel ou tel d'entre mes sujets e�t pu se tromper et croire dans sa stupidit� tirer sa joie du bl�, de la ch�vre, de l'or, ou d'une rose fan�e cousue dans un carr� de linge. Et je d�sirais les instruire. J'eusse certes pu changer mon tr�sor en r�compense. Le g�n�ral vainqueur, tu l'ennoblis face � l'empire, ou celui-l� qui t'inventa une fleur nouvelle, ou un rem�de, ou un navire. Mais il se f�t agit l� d'un march� et qui se f�t justifi� de soi-m�me, logique et �quitable, satisfaisant pour ta maison, mais d'un pouvoir nul sur le c�ur. Si je te verse ton salaire, une fois le mois r�volu, par o� vois-tu qu'il puisse rayonner? Donc me parut peu � attendre de la r�paration d'une injustice, de la glorification d'un d�vouement, d'un hommage rendu au g�nie. Tu regardes, tu dis: �C'est bien.� Tout est en ordre, simplement, et tu rentres chez toi t'occuper d'autre chose. Et nul ne re�oit sa part de lumi�re, car la r�paration se doit d'aller naturellement � l'injustice, la glorification au d�vouement, l'hommage au g�nie. Et si ta femme te demande, quand tu pousses la porte: �Que se passe-t-il de neuf dans la ville?� tu r�pondras, ayant oubli�, qu'il n'est rien � lui raconter. Car tu ne songes pas non plus � dire que les maisons sont �clair�es par le soleil ou que le fleuve coule vers la mer.