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Les enfants de Venise

Электронная книга - «Les enfants de Venise». Краткое содержание книги:

« Quand Mercurio s’était jeté dans le canal, Giuditta avait eu la tentation de le retenir. Ou de s’y jeter avec lui. Elle ne voulait pas renoncer à la sensation de sa main dans la sienne. Elle ne voulait pas renoncer à lui. Déjà, les nuits précédentes, dans le chariot, elle avait senti une forte attraction pour les yeux de cet étrange garçon. Qui était-il ? Il n’était pas prêtre, il le lui avait avoué. Quels mots avait-il dits en sautant du bateau ? Elle se souvenait à peine. Sa tête se faisait légère. « Je te retrouverai », voilà ce qu’il avait dit. »
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Tout à coup, comme à l’unisson, les deux jeunes gens s’arrêtèrent. Haletants, épuisés, ils se fixèrent, les yeux agrandis. Les lèvres mouillées et brillantes à la lumière de la chandelle.

Chacun des deux écouta le désir en lui. Là, à portée de main. Ce désir qui faisait d’eux un homme et une femme.

« Je ne l’ai jamais fait, dit Giuditta.

— Moi non plus, dit Mercurio.

— Tu as peur ? demanda-t-elle.

— Non. Maintenant, non. Et toi ?

— Non… Maintenant non. »

Ils restèrent ainsi, les yeux dans les yeux, avec la sensation du baiser sur les lèvres.

« Tu veux… me voir ? », demanda ensuite Giuditta.

Mercurio acquiesça, doucement.

Giuditta délaça sa chemise de nuit, sans détacher ses yeux des yeux de Mercurio. Elle la laissa glisser au sol. Elle rougit. Mais ne se couvrit pas.

« Tu es belle…

— Qu’est-ce que je dois faire ? »

Mercurio étendit la chemise de nuit sur le palier, tira un peu la porte et attira Giuditta à lui. Il la fit s’étendre sur le palier.

« Tu as froid ? lui demanda-t-il.

— Un peu… »

Mercurio s’étendit sur elle, la recouvrant de son corps et de sa cape.

« Et maintenant ? », dit Giuditta.

Mercurio l’embrassa. Tandis qu’il l’embrassait, il sentit sa propre chair grandir. Et Giuditta, en l’embrassant, sentit sa chair qui fondait. Mercurio laissa sa main courir vers ses seins. Il lui pinça un mamelon. Giuditta ouvrit la bouche et se détacha de son baiser.

« Je t’ai fait mal ?

— Non… »

Mercurio sentit que Giuditta bougeait les hanches, rythmiquement, en se poussant contre lui. Et il se poussa lui aussi contre elle. Il éprouva le besoin de serrer les mâchoires tandis que dans sa gorge montait un gargouillis rauque. Les mains de Giuditta s’agrippèrent à ses fesses et le serrèrent convulsivement contre elle. Mercurio porta la main à ses chausses et les baissa, avec fureur, maladroitement. Les mains de Giuditta l’aidèrent avec la même fureur et la même maladresse. Puis les jambes de Giuditta s’écartèrent et s’enroulèrent autour de lui, le liant à elle. Mercurio sentit sa propre chair vibrer. Il poussa la main entre Giuditta et lui et sentit qu’elle aussi était mouillée. La main de Giuditta rejoignit la sienne. Leurs doigts s’enlacèrent, là, entre leurs deux corps attirés l’un sur l’autre, l’un vers l’autre. Ils commencèrent à se caresser ensemble et ensemble apprirent ce qu’ils n’avaient jamais fait.

« Tu as peur ? demanda encore Mercurio, haletant.

— Non, chuchota Giuditta, qui ouvrit encore plus les jambes.

— Tu le veux ?

— Je le veux… »

Le membre de Mercurio poussa contre Giuditta. Puis, à l’improviste, s’enfonça dans sa chair. Giuditta sentit une déchirure lancinante, brûlante. Elle s’agrippa de toutes ses forces au dos de Mercurio. Mais la douleur passa en un instant et disparut. Giuditta lécha la peau du cou de Mercurio. Elle émit un râle rauque, à mesure que la douleur se dissolvait en une vibrante palpitation, qui la prenait par vagues, à un rythme de plus en plus rapide. Elle sentit que Mercurio gémissait.

« C’est comme ça pour toi aussi ? haleta Giuditta près de son oreille.

— Oui », répondit Mercurio dans un filet de voix.

Puis, à mesure que Mercurio bougeait en elle de plus en plus vite, Giuditta se contracta elle aussi et le serra entre ses jambes et ses bras en essayant de synchroniser leurs mouvements.

Tout à coup, Giuditta écarquilla les yeux.

Mercurio aussi.

Ils se regardèrent, effrayés. Incapables de s’embrasser, de peur de mourir étouffés. Et tandis qu’ils étaient traversés par quelque chose qu’ils n’avaient jamais imaginé, ils se serrèrent et s’éloignèrent à la fois, s’agrippant l’un à l’autre tout en voulant se détacher, jusqu’à rester inertes, l’un sur l’autre, l’un dans l’autre. Respirant doucement.

« Alors, c’est ça…, murmura doucement Giuditta.

— Oui… », dit Mercurio.

De nouveau descendit le silence. Les mains des deux jeunes gens se posèrent sur le visage de l’autre, le caressant doucement, sans plus aucune fougue. Leur souffle se calma. Leur peau sentait le contact de la peau de l’autre.

« C’est ça, quoi ? demanda doucement Mercurio.

— L’amour, dit encore plus doucement Giuditta, en rougissant.

— Oui… », dit Mercurio. Il écarta son visage de celui de Giuditta et la regarda. Il n’avait jamais imaginé qu’elle pouvait être aussi belle qu’en ce moment. Même après ce qui venait de se passer entre eux il ne trouva pas le courage de le lui dire. Il lui sourit seulement et l’embrassa.

Giuditta se laissa embrasser, tendrement. Et il lui sembla que ce baiser était encore plus beau que les précédents.

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« Et maintenant ? », dit Giuditta, dans la pénombre humide du palier, encore nue.

Mercurio, étendu sur elle, lui caressait les cheveux. Sa main s’arrêta, sentant le poids de cette question. Il détacha son regard, évitant les yeux de Giuditta, fixés sur les siens. Puis il fit ce qu’il faisait chaque fois qu’il était en difficulté. « Maintenant habille-toi, sinon tu vas mourir de froid », plaisanta-t-il.

Giuditta ne bougea pas. Elle sourit à peine. Ses yeux se voilèrent d’une légère déception.

Mercurio sentait la pression, la lutte interne. Il n’était pas habitué à parler de ses sentiments. Il ne savait pas par où commencer. Pour la première fois de sa vie, il ne voulait pas perdre la bataille. Il voulait sortir de sa coquille. « Maintenant…, dit-il tout bas, maintenant… » Il sentit que ses yeux se remplissaient de larmes de rage. Il pensa qu’il était stupide. Il savait parfaitement quoi répondre à cette question. Il le savait au plus profond de son âme, au plus vrai de son cœur. Mais il n’arrivait pas à le dire.

Giuditta le regardait, attendant sa réponse. Puis, lentement, elle tourna la tête sur le côté, laissant errer son regard vers la lumière tremblotante de la chandelle qui troublait la pénombre là-bas dans l’appartement.

Mercurio sentit qu’il était en train de la perdre. « Maintenant je vais t’emmener loin d’ici », dit-il d’un trait, la voix étranglée et un peu aiguë, tournant son visage pour que leurs regards se croisent de nouveau. Il espérait que dans cette obscurité Giuditta ne s’apercevrait pas de la couleur de ses joues. Il savait qu’elles s’étaient empourprées, il sentait parfaitement leur chaleur. Mais il avait gagné. Il l’avait dit. Et maintenant qu’il avait surmonté cet obstacle qui lui avait paru invincible, il ressentit une sorte d’euphorie. « J’ai un navire. » Il repensa à l’épave de Zuan dell’Olmo. « Ce n’est pas grand-chose. » Il sourit. « Et j’ai un travail. Je le réparerai et je t’emmènerai loin d’ici ! répéta-t-il avec fougue.

— Chut, parle doucement, dit Giuditta en riant, le doigt posé sur ses lèvres. »

Mercurio vit qu’elle avait une lumière différente dans les yeux. Il lui baisa le doigt puis la main, approchant son visage du sien pour l’embrasser de nouveau sur les lèvres. « Quel bon goût tu as. »

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