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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Brisé en effet, mais pas du genre à crier sa colère en public comme d’autres l’auraient fait. Louis de Funès est un homme pudique qui se ronge les sangs de l’intérieur avec pour seuls secours son épouse et ses enfants. Il croit à l’opiniâtreté de Fechner, sachant bien que lui aussi à tout à y gagner. Ignore-t-il que sa dernière production, Calmos de Bertrand Blier, a été un gouffre financier ? Nul ne peut l’affirmer aujourd’hui. Louis n’a qu’une envie : se remettre au travail afin de se rassurer et aussi de prouver qu’il existe encore. Au diable, ceux qui l’ont enterré trop vite ! Fechner fait tant et si bien qu’il arrive, par miracle ou malice, à obtenir d’une compagnie d’assurances que son acteur fétiche puisse tourner sous certaines conditions : cinq semaines de tournage, pas une de plus et le tout assorti d’une surveillance médicale quotidienne ! Une situation que Louis, même si elle est embarrassante, accepte tout en prévenant Fechner et le réalisateur Claude Zidi qu’au moindre pincement à la poitrine, il arrête. La nouvelle de son retour à l’écran ne tarde pas à être connue. « En mars prochain, peut-on lire dans Ouest-France[543], Louis de Funès reprendra le chemin des studios pour être la vedette du film de Claude Zidi, L’Aile ou la Cuisse. Ce film sera “reposant” pour l’acteur puisqu’il incarnera un gastronome travaillant pour le guide Michelin (sic) et testant les restaurants en compagnie d’un jeune disciple (Pierre Richard) qu’il forme au métier de dégustateur.  »

Comme à son habitude, Louis regarde de très près la composition du casting. Il tient en particulier à ce que Claude Gensac soit de la partie, ce qui n’est pas tout à fait du goût de Claude Zidi, qui ne veut pas qu’elle incarne de nouveau son épouse. Sans se chamailler, ils finissent par trouver un compromis en faisant de Gensac la secrétaire de Louis affublée d’une perruque gris argenté et d’une grosse paire de lunettes. Il impose encore l’engagement de Marcel Dalio dont la situation financière, à bientôt 80 ans[544], n’est guère florissante, au point d’être « obligé » pour survivre de tourner dans des films érotiques de piètre qualité. Il fait de même avec Raymond Bussières, en souvenir de la troupe des Branquignols, sans oublier Dominique Davray dont il apprécie la ronde truculence. Tout semble se présenter au mieux jusqu’au jour où Pierre Richard annonce à Fechner qu’il renonce à participer à ce film. Il ne donne pour seule explication que le rôle ne lui convient plus, se gardant bien de préciser qu’il préfère se consacrer à sa propre carrière en unique tête d’affiche[545]. Pierre Richard s’éclipsant, Fechner, Zidi et Claude Berri, également engagé financièrement dans cette production, se mettent en quatre pour lui trouver un remplaçant susceptible de convenir à de Funès. Et sur la place de Paris, il n’y a pas foule.

Le seul à vraiment retenir l’attention par ses extravagances et son franc-parler s’appelle Coluche. Enfant turbulent de la banlieue ouest — il s’est forgé le caractère à Montrouge —, il a fait ses classes au Café de la Gare avec Patrick Dewaere, Miou-Miou et Henri Guybet. Après un passage éclair à la télévision dans l’émission « Midi Magazine » animée par Danièle Gilbert, il se fait remarquer en parodiant « Le Schmilblick » de Guy Lux avant de tenir des petits rôles au cinéma et surtout de faire salle comble à l’Olympia en 1974. Son humour vachard à la limite de la vulgarité le fait à la fois aimer et détester. Ce trublion à salopette à rayures bleues et tee-shirt jaune a déjà travaillé sous la direction de Claude Zidi dans Le Grand Bazar avec les Charlots. Aussi, Zidi pense à lui pour remplacer Pierre Richard. Une idée validée par Fechner. Le plus dur va être d’en convaincre Louis de Funès. Rendez-vous est pris à Clermont.

Louis, Jeanne, Zidi et Fechner vont déjeuner au restaurant. À l’heure du dessert, le réalisateur se risque à prononcer le nom de Coluche. Louis et Jeanne ne le connaissent qu’à travers quelques sketches. Après un long moment de silence, Louis, sans nier son talent, interroge Zidi : « Vous croyez qu’il peut tenir un tel rôle ?  » Arrivé à ce moment de la discussion, Olivier de Funès intervient pour assurer à son père qu’il s’agit d’une bonne idée. « J’étais allé applaudir Coluche dans un café-théâtre parisien. Sa réaction ne se fit pas attendre, raconte Olivier de Funès[546]. “Si Olivier trouve ça bien, c’est qu’il a raison ! Moi, je suis une vieille baderne. Ce sont les jeunes comme lui qui sentent le truc. Je suis d’accord !”. » En quelques minutes, L’Aile ou la Cuisse repart du bon pied. À la fin du mois d’avril, Coluche signe son contrat. Le tournage peut commencer, comme prévu, le 24 mai 1976. Quelques jours avant de travailler ensemble, de Funès et Coluche se rencontrent et dès leur première poignée de main ils sentent qu’ils n’auront aucune peine à s’entendre. Une entrevue d’autant plus courtoise que Coluche ne lui cache pas qu’il rêve depuis longtemps de le saluer et que de jouer avec Louis de Funès lui « donne comme l’impression d’avoir à tourner avec Chaplin  ». De son côté, Louis dira à ceux qui déjà s’étonnent de ce nouveau tandem : «  Aimez-le, c’est un garçon qui s’adresse au peuple. Écoutez bien ce qu’il dit, c’est très intelligent.  » En effet, les mauvaises langues ne se privent pas de sourire de ce couple unissant une star et un novice ! C’est notamment le cas de Daniel Toscan du Plantier, de la Gaumont, qui refuse de distribuer ce film car, à ses yeux, le nom de Coluche ne ferait pas recette et « ne le fera jamais  » ! Qu’importe, l’A.M.F.L.[547] accepte de prendre le risque. Les deux hommes sont prêts à relever ce défi, il reste maintenant à adapter le plan de travail à l’état de santé de Louis de Funès. Il lui est en particulier interdit de tourner plus de trois heures pas jour. Il est décidé de ne commencer le travail qu’à neuf heures du matin et de finir tôt l’après-midi. Son emploi du temps est réglé avec une précision d’horloger. Le midi, il se retire dans sa loge, mange une viande grillée, des haricots verts arrosés d’eau, puis il enfile un pyjama pour entamer une petite sieste. S’il veut passer outre, Jeanne et le médecin de la compagnie d’assurances sont là pour le rappeler à l’ordre. Ainsi, vers quatorze heures, il arrive frais, au contraire de l’équipe alourdie par la digestion. Beaucoup seront sur le flanc alors que Louis garde l’œil clair. « Normal, normal, plaisante-t-il à l’occasion. Avec les choucroutes, les cassoulets et litres de vin que vous ingurgitez, il y a de quoi réchauffer le sang. Faites comme moi : régime-régime, vous verrez comme on se sent rajeunir. »

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543

Article daté du 27 février 1976.

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544

Marcel Dalio est né le 23 novembre 1899.

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545

Il vient de signer pour tourner Le Jouet de Francis Veber. Interrogé à ce propos, Pierre Richard nous a assuré ne plus avoir trop de souvenirs de cet épisode. Dont acte.

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546

Op. cit., p. 242.

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547

Agence méditerranéenne de location de films, aujourd’hui Pathé Distribution.

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