Citadelle
- Автор: де Сент-Экзюпери Антуан
- Год: 2009
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:
Tu r�clames l'amour contre les r�gles qui l'interdisent. Et ces r�gles-l� ont fond� l'amour. Et la m�lancolie de ne point �prouver l'amour, laquelle m�lancolie tu dois aux r�gles, voil� d�j� l'amour.
Le d�sir d'amour c'est l'amour. Car tu ne saurais d�sirer ce qui ne t'est point encore con�u. Et l� o� les fr�res ne sont point ch�ris, faute de structure ou de coutume qui donnent un sens au r�le de fr�re (et comment aimerais-tu � cause d'une simple promiscuit� de table?). Je n'ai point observ� que personne regrett�t de ne point mieux aimer son fr�re. Tu regrettes l'amour con�u et la femme qui s'en va, mais nulle passante indiff�rente ne t'incite � dire avec d�sespoir: �Je serais heureux si je l'aimais��
Quand tu pleures l'amour c'est qu'est n� l'amour. Et certes les r�gles te font voir, si elles fondent l'amour, que tu pleures l'amour et tu crois que l'amour te pourrait exalter hors des r�gles, alors que simplement fondant l'amour, elles t'offrent ses joies et ses supplices, de m�me que l'existence d'une fontaine de palmeraie te fait cruel le sable aride et que certes l'absence de fontaine est s�ur pour toi de l'existence des fontaines. Car tu ne pleures point ce que tu ne sais concevoir. B�tissant des fontaines je b�tis aussi leur absence. Et t'offrant des diamants je fonde la pauvret� en diamants. Et la perle noire des mers, r�colt�e une fois l'an, fonde tes plong�es inutiles. Et le don de la perle noire te para�t viol, et rapt et injustice, et tu la d�truis de la diviser dans son pouvoir. Alors qu'il n'�tait besoin que de comprendre car tu es plus riche de ce qu'elle soit, m�me pour autrui, que du vide uniforme des mers.
Ils ont fond� leur mis�re en souhaitant l'�galit� du r�telier dans leur �table. Et qu'on les serve. Et si d'eux tu honores la foule tu fondes la foule en eux. Mais si en chacun tu honores l'homme, tu fondes l'homme, et les voil� sur le chemin des dieux.
Me tourmente qu'ils aient renvers� leur v�rit�, de s'�tre faits aveugles � l'�vidence, laquelle est que la condition de la naissance du navire, donc la mer, brime le navire, et que la condition de l'amour brime l'amour et que la condition de ton ascension brime ton ascension. Car il n'est point d'ascension sans pesanteur.
Mais ceux-l� disent �Notre ascension est brim�e!..� Ils te d�truisent ses entraves et leur espace n'a plus de pente. Et les voil� cohue de foire, ayant ruin� le palais de mon p�re o� tous les pas avaient un sens.
C'est pourquoi tu les entends qui s'interrogent sur les aliments spirituels qu'il convient de fournir aux hommes afin de vivifier leur esprit et d'ennoblir leur c�ur. Ils t'ont r�pandu les hommes en vrac, les nourrissant au r�telier, les ont chang�s en b�tail s�dentaire, et, comme ils ont d�j� agi par amour de l'homme, pour le d�livrer dans sa noblesse et sa clart� et sa grandeur, bien leur est n�cessaire d�sormais de s'effrayer de ce que s'�paississent l'esprit et le c�ur. Mais de ta cohue que feront-ils? Leur chanteront des chants de gal�res pour les �mouvoir, r�veilleront en eux de faibles fant�mes qui ont oubli� les gal�res, mais courbent encore vaguement l'�paule par peur des coups. Ainsi, vaguement, tu transportes en eux les mots du po�me. Mais son pouvoir ira s'amenuisant. Ils �couteront bient�t le chant des gal�res sans en ressentir les coups oubli�s, et la paix de l'�table n'en sera plus troubl�e car tu as vid� de pouvoir la mer. Alors te viendra, face � ceux qui rumineront leur mangeaille, l'angoisse sur le sens de la vie et le myst�re des exaltations de l'esprit, lequel sera mort. Et tu chercheras ton objet perdu comme s'il �tait objet parmi d'autres. Et tu inventeras quelque chant de la nourriture, lequel s'�poumonera � r�p�ter: �Je mange�� sans rien ajouter au go�t du pain. Ne comprenant point qu'il ne s'agit point d'un objet � distinguer parmi d'autres objets, ni � c�l�brer parmi d'autres, car ne se cache point quelque part dans l'arbre l'essence de l'arbre, et qui veut peindre la seule essence ne peindra rien.
Point n'est surprenant que tu t'�puises dans la recherche d'une culture du s�dentaire car il n'en est point.
�Faire don de la culture, disait mon p�re, c'est faire don de la soif. Le reste viendra de soi-m�me.� Mais tu ravitailles en breuvage de confection des ventres repus.
L'amour est appel vers l'amour. Ainsi de la culture. Elle r�side dans la soif m�me. Mais comment cultiver la soif?
Tu ne r�clames que les conditions de ta permanence. Celui-l� qu'a fond� l'alcool r�clame l'alcool. Non que l'alcool lui soit profitable, car il en meurt. Celui-l� qu'a fond� ta civilisation r�clame ta civilisation. Il n'est d'instinct que de la permanence. Cet instinct domine l'instinct de vivre.
Car j'en ai vu beaucoup qui pr�f�raient la mort � la vie laiss�e hors de leur village. Et tu l'as vu des gazelles m�mes ou des oiseaux, lesquels, si tu les captures, se laissent mourir.
Et si l'on t'arrache � ta femme, � tes enfants, � tes coutumes ou que l'on �teigne dans le monde la lumi�re dont tu vivais � car m�me du creux d'un monast�re elle rayonne � alors il se peut que tu en meures.
Si alors je te veux sauver de la mort suffit que je t'invente un empire spirituel o� ta bien-aim�e est comme en r�serve pour t'acccueillir. Alors te voil� continuant de vivre car ta patience est infinie. La maison dont tu es te sert dans ton d�sert, quoique lointaine. La bien-aim�e te sert quoique lointaine et quoique endormie.
Mais tu ne supportes point qu'un n�ud se d�fasse, r�pandant ses objets en vrac. Et tu meurs si meurent tes dieux. Car tu en vis. Et de cela seul dont tu peux mourir tu peux vivre.
Si je t'�veille � quelque sentiment path�tique tu le transporteras de g�n�ration en g�n�ration. Tu enseigneras tes enfants � lire ce visage au travers des choses, comme le domaine � travers les mat�riaux du domaine, lequel est seul � aimer.
Car tu ne mourrais point pour les mat�riaux. Ce sont eux qui se doivent, non � toi car tu n'es que voie et passage, mais au domaine. Et tu les lui soumets. Mais si un domaine est devenu, alors tu mourras pour sauver son int�grit�.
Tu mourras pour le sens du livre, non pour l'encre ni le papier.
Car tu es n�ud de relations et ton identit� ne repose point sur ce visage, cette chair, cette propri�t�, ce sourire, mais sur telle construction qui, � travers toi, s'est b�tie, mais sur tel visage apparu qui est de toi et qui te fonde. Son unit� se lie � travers toi, mais en retour tu es de lui.
Rarement tu peux en parler. il n'est point de mots pour le transporter � autrui. Ainsi de ta bien-aim�e. Si tu me dis son nom, ces syllabes n'ont point pouvoir de transporter en moi l'amour. Me faut me la montrer. Ce qui est de l'empire des actes. Non des paroles.