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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Everard fixa le mur devant lui. « Encore Lorenzo ! murmura-t-il.

— Je ne comprends pas. C’est comme s’il nous avait jeté un charme, non ? » Novak frissonna. « Ce n’est sûrement pas l’explication.

— Non, répondit Everard d’une voix atone. Il n’y a aucun risque. Mais ce n’est pas non plus une coïncidence. Le hasard aveugle, dissimulé sous cette fine pellicule que nous appelons la réalité…» Il déglutit. « La Patrouille a déjà eu affaire à des nexus, des points de l’espace-temps où il est bien trop facile de changer le cours du monde. Mais supposez qu’une personne puisse être un nexus, que ceux-ci ne se limitent pas aux événements instables ? Lorenzo était… ou est… une sorte de paratonnerre ; et la foudre qui l’a frappé exerce ses effets bien après sa mort. Pensez au rôle qu’a joué Giacomo dans la carrière de Frédéric…»

Il se leva. « Le voilà, notre indice. Et c’est vous qui l’avez trouvé, Karel. Lorenzo n’est pas mort à Rignano. Il est toujours actif durant l’année de crise où nous avons envoyé Wanda.

— Alors, nous devons la rejoindre », répliqua Novak d’un air hésitant. Apparemment, il venait seulement de prendre la mesure de sa découverte.

« Bien sûr…»

La porte s’ouvrit soudain. Le cœur d’Everard fit un bond dans sa poitrine. Novak laissa échapper un souffle sibilant.

L’homme qui leur faisait face était un chevalier âgé d’une quarantaine d’années, au visage en lame de couteau, aux cheveux noirs grisonnant sur les tempes. Son corps athlétique était paré pour l’action : pourpoint de cuir, chausses moulantes, épée nue à la main. Derrière lui, quatre hommes d’armes avec fauchons[26] et hallebardes.

Uh-oh, fit mentalement Everard. Fini de rire. « Mais c’est sire Giacomo. » Il se rappela juste à temps de s’exprimer en allemand. « À quoi devons-nous cet honneur ?

— Plus un geste ! » ordonna le chevalier dans la même langue, qu’il parlait couramment. Sa lame s’éleva, prête à frapper d’estoc comme de taille. « Ne bougez pas, tous les deux, ou vous êtes morts ! »

Évidemment, nous avons confié nos armes à l’armurier du palais. Nous ne disposons que de nos couteaux. Et de notre astuce. « Qu’est-ce que cela signifie, sire ? s’emporta-t-il. Nous sommes des invités de Sa Grâce. L’auriez-vous oublié ?

— Silence ! Tendez les mains devant vous. Sortez dans le couloir. »

Où les hommes d’armes auraient la place de manœuvrer. La pointe d’une hallebarde menaçait la gorge d’Everard. Elle le tuerait aussi sûrement qu’un coup de pistolet, et avec beaucoup moins de bruit. Giacomo recula de quelques pas. « Sinibaldo, Hermann. » Sa voix, quoique posée, résonnait avec force entre les murs de pierre. « Passez derrière eux, chacun le sien. Enlevez-leur les médaillons qu’ils portent autour du cou. » S’adressant aux captifs : « Ne tentez pas de résister, ou je vous fais tuer.

— Nos communicateurs, murmura Novak en temporel. Hall ne pourra jamais nous rejoindre, ni même nous localiser.

— Cessez ces conciliabules dans votre langue occulte ! » ordonna Giacomo. Se fendant d’un rictus qui trahissait peut-être sa peur : « Nous connaîtrons vos secrets bien assez tôt.

— Ce sont de simples reliques, dit Everard en désespoir de cause. Nous confisqueriez-vous des objets sacrés ? Prenez garde à la colère de Dieu, sire.

— Sacrés pour des hérétiques, voire des sorciers ! rétorqua Giacomo. Je vous ai surveillés de près, de plus près que vous ne le pensiez. On vous a vus marmonner des choses à ces médaillons, sur un ton qui n’était pas celui de la prière. Quel démon tentiez-vous d’invoquer ?

— C’est une coutume islandaise. » Everard sentit une main se poser sur son cou. Le médaillon glissa sur sa gorge, la chaîne fut passée autour de son crâne. Le garde s’empara aussi de son couteau, puis recula.

« Nous en aurons bientôt le cœur net. Suivez-nous. Et vite !

— De quel droit violez-vous l’hospitalité que nous a accordée l’empereur ? demanda Everard.

— Vous êtes des espions, et peut-être des sorciers. Vous avez menti sur vos origines. » Giacomo leva sa main libre. « Non, silence, j’ai dit. » Mais il repartit aussitôt à l’offensive, sans doute désireux de briser d’emblée la résistance de l’ennemi. « J’ai eu des soupçons dès le début. Votre récit ne sonnait pas tout à fait juste. Je sais certaines choses sur cette île dont vous prétendez venir, vous qui vous faites appeler Munan. Vous êtes suffisamment rusé et beau parleur pour berner quelqu’un comme Pietro délia Vigna, à moins que vous ne soyez à sa solde. J’ai donc convoqué votre compagnon pour lui faire cracher ce qu’il sait. » Petit rire triomphant. « Ce qu’il prétend savoir. Vous avez débarqué au Danemark, dites-vous, et c’est là que vous l’avez trouvé, car il y séjournait depuis quelque temps. Mais il m’a parlé d’une querelle entre le roi et son frère, entre le roi et les évêques.

— Ô mon Dieu ! gémit Novak en temporel. Quand j’ai vu où il voulait en venir, j’ai tenté de feindre l’ignorance, mais…» Avant que Giacomo ait pu lui ordonner de se taire, il se ressaisit et demanda en allemand : « Sire, je ne suis qu’un simple soldat. Que sais-je des conflits entre puissants ?

— Un mercenaire est bien placé pour savoir si une guerre se prépare. »

Il nous reste si peu de Patrouilleurs, se lamenta Everard dans son for intérieur. Nous ne pouvions pas penser à tout. On a inculqué à Karel des connaissances sommaires sur l’histoire danoise de cette époque, mais il s’agissait de notre histoire, qui a vu les fils de Valdemar II se quereller et le roi Eric IV taxer les églises pour financer la guerre civile, ce qui lui a valu la haine des évêques. Alors que dans ce monde-ci… ouais, j’imagine qu’à cause de Frédéric, qui a renforcé la puissance de la Germanie, les Danois sont restés alliés pour mieux lui résister.

Novak avait les larmes aux yeux. « Je suis navré, monsieur, bredouilla-t-il.

— Ce n’est pas votre faute », marmonna Everard. Tu t’es fait piéger par plus malin que toi, rien de plus. Après tout, on ne t’a ni recruté ni formé pour le travail de renseignement.

« J’ai décidé de vous arrêter sur-le-champ, pour prévenir tout acte criminel de votre part, reprit Giacomo. Sa Grâce est occupée, me dit-on, mais elle sera informée au plus vite et souhaitera sûrement savoir qui vous servez et dans quel but… et s’il s’agit d’une puissance étrangère. »

Toi, tu penses plutôt à Pietro délia Vigna, se dit Everard. Le plus acharné de tes rivaux. Ouais, Giacomo serait ravi de mettre Pietro en difficulté. Et peut-être que sa paranoïa est justifiée. Après tout, dans mon histoire, Frédéric a fini par accuser Pietro de l’avoir trahi.

Une nouvelle idée lui glaça les sangs : Giacomo, le descendant de Lorenzo. C’est comme si ce continuum tordu défendait son existence – en exerçant sur nous la vengeance d’outre-tombe de celui qui l’a engendré. Il fixa les yeux de Giacomo et y lut la mort.

« Nous n’avons que trop tardé, dit le noble. En avant ! »

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26

Sabre de taille moyenne, dont la poignée  est protégée par une garde. (NScan)

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