Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Le murmure qu’ils entendaient depuis peu gagna en netteté. Ils débouchèrent sur une clairière. Tamberly battit des mains et poussa un cri de joie non feint. L’eau tombait en cascade du haut d’une petite falaise. Celle-ci était entourée d’arbres qui faisaient comme un toit au-dessus du pré où courait le ruisseau. Sur les berges de celui-ci poussait une herbe verte et moelleuse, bordée d’une mousse qui l’était plus encore. « Eh bien, fit Lorenzo, ai-je tenu ma promesse ?
— Mille fois plutôt qu’une !
— Entendre ces mots dans votre bouche, voilà qui me comble bien plus qu’une victoire sur le champ de bataille. Venez, buvez si vous avez soif, asseyez-vous…» Il étala sa cape sur l’herbe. «… et nous remercierons Dieu de Ses bienfaits en prenant ici notre bon plaisir. »
Il parle sérieusement, se dit-elle. Il ne pense pas qu’à la bagatelle, finalement ; oui, ce gars est plus profond qu’il n’en a l’air, et Il serait… intéressant d’explorer ses profondeurs. Elle gloussa dans son for intérieur. Toutefois, ce n’est pas un service religieux qu’il a l’intention d’observer ce jour, et ce n’est pas pour que je m’assoie dessus qu’il a étalé ma cape sur l’herbe.
Elle se tendit soudain. C’est le moment ou jamais !
Lorenzo la fixa d’un œil attentif. « Vous sentez-vous bien, ma dame ? Je vous trouve fort pâle. » Il lui prit la main. « Reposez-vous. Nous ne rentrerons pas avant plusieurs heures. »
Tamberly secoua la tête. « Non, je vous remercie, tout va bien. » S’apercevant qu’elle marmonnait, elle éleva la voix. « Veuillez m’accorder quelques instants. J’ai fait vœu durant ce voyage de prier tous les jours ma sainte patronne. » Lui coulant un regard en coin : « Si je ne le fais point tout de suite, je crains de l’oublier plus tard.
— Mais faites donc. » Il s’écarta et ôta son chapeau à plume. Pour cette sortie, elle portait son médaillon bien visible aux yeux de tous. Elle le tendit vers ses lèvres et pressa le bouton d’activation. « Ici Wanda », dit-elle en anglais. Le temporel lui aurait été trop étranger. Les battements de son cœur étouffaient le bruit de sa voix. « Je crois bien qu’on est en position, comme convenu. Nous sommes seuls dans les collines, lui et moi, et, s’il ne s’est pas encore mis à hurler comme un loup, c’est uniquement parce qu’il est trop subtil pour ça. Localise-moi et donne-moi… disons un quart d’heure pour le mettre en condition. D’accord ? » Mais Everard ne pouvait pas lui répondre sans faire capoter le plan. « Terminé. » Elle désactiva l’émetteur, remit le médaillon en place, inclina la tête et se signa. « Amen. »
Lorenzo l’imita. « Avez-vous prié dans votre langue maternelle ? demanda-t-il.
— Dans le dialecte de mon enfance. Je me sens plus à l’aise ainsi. Ma sainte patronne est un peu ma mère. » Elle rit. « En fait, je me sens suffisamment purifiée pour faire des bêtises. »
Il se renfrogna. « Prenez garde. De tels propos relèvent presque du catharisme.
— Je n’y ai mis nulle malice, monseigneur. »
Il oublia tout souci doctrinal pour se fendre d’un sourire éclatant. « Ce médaillon est fort singulier. Contient-il une relique ? Puis-je le voir ? »
Prenant son silence pour un consentement, il saisit la chaîne, effleurant sa gorge au passage, et la lui passa par-dessus la tête. Le médaillon était frappé d’une croix sur son avers, d’une crosse et d’un goupillon sur son revers. « Quel travail exquis ! murmura-t-il. Ce joyau est presque digne de son écrin. » Il l’accrocha à une branche basse.
Elle sentit une pincée d’inquiétude et tendit la main vers le médaillon. « S’il vous plaît, messire. »
Il s’interposa. « Vous ne souhaitez pas le remettre tout de suite, n’est-ce pas ? ronronna-t-il. Hé ! mais vous êtes vêtue bien trop chaudement, je vois des gouttes de sueur sur votre peau d’albâtre ; permettez-moi de vous rafraîchir un peu. »
Il lui prit le visage au creux de ses mains, qui glissèrent le long de ses joues pour lui ôter sa coiffe. « Que cet or resplendisse ! souffla-t-il en l’attirant contre lui.
— Sire, que faites-vous là ? hoqueta-t-elle comme l’aurait fait toute femme bien élevée. Pensez-vous que…» Maîtrisant son envie de faire appel aux arts martiaux, elle se contenta de résister à sa poussée. Son corps était souple et musclé. Son haleine musquée, sa moustache conquérante… elle se sentit prise de vertige. Ce type savait embrasser, aucun doute.
« Non ! protesta-t-elle d’une petite voix comme ses lèvres descendaient vers la gorge. C’est un péché mortel que vous commettez là. Laissez-moi, je vous en conjure.
— Ce n’est que chose naturelle, c’est mon destin et c’est le tien. Walpurgis, Walpurgis ! ta beauté m’a conduit aux portes du paradis. Ne me rejette pas en enfer !
— Mais je… je dois bientôt partir.
— Chérissant pour toujours le même souvenir qui m’aidera à survivre aux croisades et au restant de mes jours en ce bas monde. Ne renie pas Cupidon, ici même en son domaine. »
Combien de fois a-t-il déclamé le même discours ? Il le connaît par cœur, ça s’entend. Mais est-il sincère ? Eh bien, en partie, je suppose. Et… et je dois le faire patienter jusqu’à l’arrivée de Manse. Qu’est-ce qu’il fait, bon sang ? Je croyais qu’un quart d’heure suffirait, mais ce petit numéro est aussi périlleux qu’une descente de rapides en canoë.
Au bout d’un temps – mais le temps était tumulte –, elle cessa de le repousser. Cependant, elle veilla à l’empêcher de mettre les mains partout. Du moins elle le tenta. Soudain, elle s’aperçut qu’ils étaient allongés sur sa cape, qu’il lui retroussait les jupes et que… Eh bien, à Dieu vat ! Tant qu’à faire un sacrifice pour la cause…
Il y eut un coup de tonnerre. « Prends garde, pécheur ! rugit Everard. C’est l’enfer qui t’attend ! »
S’écartant en hâte de Tamberly, Lorenzo se releva d’un bond. Quant à elle, son premier réflexe fut de se dire : Zut. Elle s’assit, trop tourneboulée pour se mettre debout.
Everard acheva de faire atterrir son scooter, en descendit et se dressa de toute sa taille. Une aube enveloppait son corps de géant. De grandes ailes aux plumes iridescentes saillaient de ses épaules. Un halo lui nimbait le crâne. Il avait des traits un peu mal dégrossis pour un ange, concéda-t-elle ; mais peut-être que cela renforçait l’illusion, œuvre d’un tordeur de photons fourni par la Patrouille.
Le crucifix qu’il brandissait de la main droite était tout à fait solide et dissimulait un étourdisseur. Il lui avait confié qu’il n’en aurait sans doute pas besoin. À lui seul, leur petit tour d’illusionnisme suffirait amplement. Keith Denison et lui l’avaient rôdé dans la Perse antique, remettant sur les rails une histoire moins détournée que celle-ci.
« Lorenzo de Conti, toi le plus pervers des hommes, entonna-t-il en ombrien, comment oses-tu souiller l’honneur de tes invités la veille même du jour qui te verra épouser une jeune femme chaste et pure ? Sache que tu voues ainsi à la damnation bien plus que ta misérable personne. »
Le chevalier tituba, livide. « Je n’avais pas le mal à l’esprit ! gémit-il. C’est cette femme qui m’a tenté ! »
Tamberly décida que la déception était une réaction trop mesurée.
Lorenzo se força à poser les yeux sur Everard. Il ne l’avait jamais vu avant ce jour, alors que le Patrouilleur l’avait bien connu dans un temps désormais annihilé. Il serra les poings, bomba le torse, reprit son souffle. « Non. Ceci est un mensonge. La faute est mienne. Je l’ai attirée ici dans l’intention de commettre le péché. Que le châtiment pèse sur mes seules épaules. »