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Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]

Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:

Voici venue l’heure des ultimes aventures de Manse Everard et ses collègues de la Patrouille du temps au service de l’Histoire… Des aventures qui conduiront nos héros depuis la préhistoire jusqu’à une étrange variante de notre XXe siècle, en passant par la Bactriane du IIIe siècle avant notre ère et le Moyen Âge italien. Car les Exhaltationnistes menacent toujours, sans parler d’un danger plus grand encore qui pourrait bien annihiler jusqu’à la Patrouille elle-même… et nous avec !
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Quant à l’Église, eh bien, elle ne connaîtrait pas la mort, ni même la Réforme, mais elle se réduirait à une succursale de l’État, dont elle partagerait probablement l’agonie.

A moins qu’une Patrouille bien éprouvée ne puisse étouffer dans l’œuf cette destinée, sans en engendrer une autre plus calamiteuse encore.

Arrivé devant les écuries du palais, Everard mit pied à terre et confia son cheval à un palefrenier. Pareil à une cité fortifiée enchâssée dans la ville, l’édifice dressait sa masse imposante. La fauconnerie se trouvait à l’intérieur, mais vu qu’il était considéré (à tort) comme un chasseur inexpérimenté, on ne lui avait confié aucun oiseau. La cour était pleine de monde. Pour l’éviter, il prit un chemin détourné afin de gagner la porte de service. Les gardes, dont les armes luisaient d’un éclat terne à la lumière vespérale, le reconnurent et le saluèrent d’un air enjoué. C’étaient de braves types, quels que fussent leurs crimes passés. La guerre engendre les mêmes excès à toutes les époques. Everard lui aussi avait été soldat.

Les gravillons de l’allée crissaient doucement sous ses bottes. Les parfums du jardin qu’il traversait lui chatouillèrent les narines. Il entendit les friselis d’une fontaine. Et la mélodie d’un luth, tout aussi cristalline. Dissimulé à ses yeux par les tonnelles et les buissons, un homme entonna une chanson. Sans doute une jeune fille l’écoutait-elle, car c’était une chanson d’amour. Il s’exprimait dans un dialecte de l’Allemagne du Sud. Les troubadours avaient disparu en même temps que la civilisation provençale, détruite par la croisade contre les albigeois, mais bien des ménestrels franchissaient les Alpes pour se présenter à la cour de Frédéric.

Le palais apparut devant lui. Son austérité médiévale était adoucie par les ailes de construction plus récente. Nombre de fenêtres brillaient à leurs murs. Fort différent de l’éclat des ampoules électriques derrière le verre pur – cette civilisation risquait de ne jamais connaître de tels progrès –, c’était le halo ambré des lampes à huile qui perçait derrière le verre plombé. Lorsque Everard entra dans le bâtiment, il déboucha sur un couloir éclairé par des appliques murales.

Personne en vue. Les domestiques prenaient un léger souper dans leurs quartiers avant de préparer les chambres pour la nuit. (Le principal repas de la journée avait lieu en début d’après-midi. Frédéric et sa cour ne mangeaient qu’une fois par jour.) Everard s’engagea dans un escalier. L’empereur lui faisait certes l’honneur de l’héberger dans son palais, mais il n’avait droit qu’à une chambre retirée, qu’il partageait avec son valet.

Il ouvrit la porte et entra. Dans la petite pièce, un lit à deux places, deux tabourets, un coffre et un pot de chambre se disputaient l’espace disponible. Novak se leva et se mit au garde-à-vous. « Repos ! lui dit Everard en anglais. Combien de fois faudra-t-il le dire ? En ma présence, vous pouvez vous dispenser de discipline. »

Le Tchèque parut frémir des pieds à la tête. « Monsieur…

— Un instant. » Chacun d’eux contactait Jack Hall au moins une fois toutes les vingt-quatre heures, afin que le Patrouilleur en poste près du scooter sache que tout allait bien. Pour Everard, c’était la première fois de la journée qu’il pouvait le faire sans risquer d’être surpris. Novak avait déjà attiré l’attention des curieux alors qu’il se croyait seul et appelait son camarade, mais les choses s’étaient arrêtées là. Il lui était facile de prétexter un quelconque rite religieux peu connu, car il en existait des centaines. Everard attrapa le médaillon pendu à son cou sous sa tunique, le porta à ses lèvres et pressa le bouton d’activation. « Au rapport, dit-il. De retour au palais. Rien de nouveau à signaler, hélas. Tenez bon, mon vieux. » Il devait être pénible de rester en faction dans les collines, mais la vie de cow-boy avait enseigné la patience à Jack Hall.

Comment un appareil aussi minuscule pouvait-il émettre un signal aussi puissant, Everard n’en avait pas la moindre idée. Sans doute un effet quantique, supposait-il. Il l’éteignit pour préserver la batterie et le remit en place sur son torse. « Bien, fit-il. Si vous voulez vous rendre utile, préparez-moi un sandwich et servez-moi à boire. Je sais que vous avez planqué de la bibine quelque part.

— Oui, monsieur. » Novak avait des fourmis dans les jambes. Il ouvrit le coffre et en sortit une miche de pain, un morceau de fromage, une saucisse et un flacon en terre cuite. Assoiffé comme il l’était, Everard but à même le goulot sans prendre le temps de réfléchir.

« Vino rozzo, tu parles, râla-t-il. Vous n’avez pas trouvé de bière ?

— Je croyais que vous l’aviez constaté par vous même, monsieur, répondit Novak. Même à cette époque, les Italiens sont incapables de brasser une bière correcte. Et n’oubliez pas que nous n’avons pas de frigo. » Il sortit son couteau et se mit à trancher le pain à même le couvercle du coffre. « Comment était votre journée ?

— Amusante, quoique un rien tendue… et aussi édifiante. » Rictus d’Everard. « Sauf que je n’ai pas été fichu de glaner un seul indice intéressant. Des souvenirs, encore et toujours, mais aucun qui soit assez ancien pour m’orienter sur le point de divergence. Encore huit jours et, si on n’est pas plus avancés, on arrête les frais et on rentre au bercail. » Il s’assit. « J’espère que vous ne vous êtes pas trop ennuyé.

— Au contraire, monsieur », répondit Novak en levant les yeux. Son large visage se crispa, sa voix se noua. « Je pense avoir obtenu une information très importante.

— Hein ? Accouchez !

— J’ai passé plus d’une heure à discuter avec sire Giacomo de Mora. »

Everard laissa échapper un sifflement. « Vous – un simple garde du corps, un soldat de fortune ? »

Novak semblait ravi de pouvoir travailler avec ses mains. « J’en ai été le premier étonné, monsieur. Après tout, c’est le principal conseiller de l’empereur, le général de l’armée qui a vaincu les Mongols, son ambassadeur à la cour d’Angleterre et… Bref, il m’a fait mander, il m’a reçu en privé et s’est montré très amical, compte tenu de notre différence de rang. Il affirme vouloir apprendre le plus de choses possibles sur les pays étrangers. Les propos que vous lui avez tenus l’ont fort intéressé, mais il est d’avis qu’un homme humble voit et entend des choses que son maître ne remarque jamais, et comme il n’avait rien de précis à faire aujourd’hui…»

Everard se mordit la lèvre. Il sentit son pouls s’accélérer. « Oh ! que je n’aime pas ça…

— J’ai réagi comme vous, monsieur. » Novak posa son couteau d’un geste vif et acheva de confectionner le sandwich demandé. « Mais que pouvais-je faire ? J’ai décidé de jouer les imbéciles, dans la mesure de mes moyens. Je ne suis pas très doué pour la comédie, j’en ai peur. » Il se redressa. Reprenant à un débit moins précipité : « J’ai réussi à glisser deux ou trois questions dans la conversation. Je me suis efforcé de faire passer cela pour de la simple curiosité. Il y a répondu. Il m’a donné quelques détails sur lui-même… et sur ses ancêtres. »

Il tendit le sandwich à Everard, qui le prit machinalement. « Continuez », dit-il en sentant une sueur glacée lui picoter le cuir chevelu.

Novak se remit au garde-à-vous. « J’ai eu pour ainsi dire une intuition, monsieur. Je l’ai amené à parler de sa famille. Vous connaissez l’importance que ces aristocrates accordent à leur lignée. Son père était originaire de… Peu importe. Sa mère était une Conti d’Anagni. En entendant cela, je crains d’avoir oublié un instant de paraître stupide. Je lui ai dit que j’avais entendu parler d’un célèbre chevalier, un Lorenzo de Conti qui aurait vécu il y a cent ans. Lui était-il apparenté ? Et la réponse est oui, monsieur ! s’écria Novak. Giacomo est l’arrière-petit-fils de cet homme. Lorenzo a eu un enfant légitime. Peu après sa naissance, il a participé à la deuxième croisade, mais il est tombé malade et il est mort. »

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