Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Lorenzo l’attendait au rez-de-chaussée, devant la table du petit déjeuner, un repas d’où le café était hélas absent. « Nous mangerons mieux à midi », promit-il. Sa voix frémissait d’allégresse. Chacun de ses gestes était imprégné de la grâce et de l’extravagance propres aux Italiens. « Quelle honte que mes yeux soient les seuls à pouvoir savourer le spectacle que vous offrez ; mais je n’en suis pas non plus mécontent, si égoïste puissè-je paraître.
— Je vous en prie, messire, quelle audace ! » Une Flamande du Moyen Age est-elle censée s’exprimer comme l’héroïne d’un roman victorien ? Enfin, ça n’a pas l’air de le choquer.
« Une audace au seul service de la vérité, ma dame. »
Et, à dire vrai, Tamberly avait fait des efforts pour composer sa tenue, nouant les lacets de son corsage avec un peu trop d’insistance et soignant le drapé de ses manches, ainsi que l’agencement de ses jupes ; et le bleu était la couleur qui lui seyait le mieux. Si elle n’était pas aussi éblouissante que son cavalier – cape écarlate, tunique verte à broderies dorées, ceinturon de cuir repoussé à boucle de bronze, avec fourreau d’épée assorti, chausses de couleur ambrée (la couleur de ses yeux) et d’une coupe conçue pour faire ressortir le galbe des cuisses et des mollets, poulaines rouge vif –, elle ne passait pas pour autant inaperçue.
Une bouffée de pitié : Pauvre Ilaria. Une fille douce, timide et quelconque, promise à un mariage de convenance, à un destin de mère et de châtelaine esseulée ; et voilà que je débarque pour monopoliser son fiancé… Mais cela n’a rien de remarquable à cette époque ; et peut-être que je me fais des illusions, mais j’ai l’impression, à en juger par son attitude, que Bartolommeo est amoureux d’elle, ou à tout le moins entiché ; et… et, quoi qu’il arrive, je ne compte pas me rendre complice d’un assassinat.
Des chevaux les attendaient devant la porte. Lorenzo avait quelque peu exagéré en sous-entendant qu’ils déjeuneraient en tête à tête*. Même ici, cela aurait risqué de faire scandale. Deux domestiques, un homme et une femme, étaient à leur disposition et feraient office de chaperons. Pourtant, Tamberly aurait besoin de se retrouver seule avec le chevalier à un moment donné. S’il ne prenait pas l’initiative, elle devrait le faire et se demandait encore comment se débrouiller. Vu son caractère franc et ouvert, elle n’avait jamais eu besoin de recourir à la séduction. Mais elle ne pensait pas avoir besoin d’aller jusque-là.
Toutefois, lorsqu’elle enfourcha sa monture – on n’avait pas encore inventé les selles amazones – elle ne fit guère d’effort pour cacher ses jambes gainées de bas. Après tout, ça ne pouvait pas faire de mal.
Les sabots des chevaux claquaient sur le pavé. Dès qu’ils eurent franchi les portes de la cité, abandonnant sa puanteur, Tamberly retint son souffle. Un torrent de soleil se déversait de l’est. La contrée devant eux se partageait entre collines et vallons, ombre et lumière, et dans les vallées les rivières tissaient un manteau d’Arlequin fait de champs, de vergers et de vignobles. Les villages étaient pareils à des nids de blancheur. Elle aperçut deux châteaux dans le lointain. Et partout alentour, une profusion de fermes, de pâtures virant au jaune se mêlant au vert des bosquets, où l’on apercevait les premières rousseurs de l’automne. Dans les hauteurs volaient une myriade d’oiseaux assourdissants. L’air frais se réchauffait doucement sans rien perdre de sa pureté.
« Comme c’est beau ! s’exclama-t-elle. Nous n’avons rien de semblable dans notre plat pays. » Mais ça me rappelle ma Californie.
« Je vais vous montrer une combe où gazouille une cascade qui tombe dans un étang où les poissons filent comme des étoiles, répliqua Lorenzo. Les arbres y sont pareils à des colonnes surmontées d’arches, et l’on croit voir des nymphes à l’ombre de leurs frondaisons. Qui sait ? Peut-être se sont-elles attardées en ce lieu plein de charme. »
Tamberly se rappela une remarque d’Everard, selon laquelle les habitants de cette époque n’appréciaient guère la nature. Quand viendrait le bas Moyen Âge, ils l’auraient suffisamment domestiquée pour ne plus la craindre. Peut-être que Lorenzo était en avance sur son temps… Everard… Elle chassa de son esprit son sentiment de culpabilité. Et aussi sa tension. Restons zen. Profite de ce qui t’entoure pendant que ça dure. Que le devoir que tu vas accomplir se contente de t’aiguiser les sens. Après tout, quel défi !
Lorenzo poussa un cri. Il talonna sa monture et fonça à bride abattue. Tamberly le suivit au galop. C’était une excellente cavalière. Mais ils ne tardèrent pas à ralentir l’allure, prenant pitié des domestiques qui peinaient à tenir le rythme. Ils échangèrent un regard et éclatèrent de rire.
Les heures suivantes les virent emprunter des sentiers sinueux, dans une douce rumeur où se mêlaient leur souffle court, le grincement des lanières et le cliquetis des harnais, dans un parfum de cuir, de sueur et de forêt, au sein de paysages grandioses ou charmants, et, s’ils parlèrent peu, Lorenzo se lança à plusieurs reprises dans des chansons entraînantes : « Dans la joie et la verdure nous nous sommes allongés, « Tilirra ! » chantait le rossignol…»
Deux heures environ avaient passé lorsqu’il tira sur ses rênes. Le sentier qu’ils suivaient longeait un pré où coulait un ruisseau. « C’est ici que nous allons déjeuner », dit-il.
Tamberly sentit son pouls s’accélérer. « Mais il est encore tôt.
— Je voulais vous épargner les rigueurs de la selle. Je préfère que vous remportiez chez vous des souvenirs de notre belle contrée. »
Tamberly fit l’effort de battre des cils. « Qu’il en soit fait selon la volonté de mon guide. Vous ne m’avez jamais déçue, messire.
— Si je me montre à mon avantage, c’est parce que votre compagnie m’inspire fort. » Il quitta sa selle d’un bond et vint l’aider à mettre pied à terre. Sa main s’attarda sur la sienne. « Marco, Bianca, ordonna-t-il, préparez le repas, mais prenez tout votre temps. Je tiens à montrer à ma dame la tonnelle d’Apollon. Peut-être souhaitera-t-elle s’y reposer quelque temps.
— Nous sommes aux ordres du jeune maître », dit l’homme. La femme fit une révérence mais ne put s’empêcher de glousser. Oui, ils savaient ce que mijotait sire Lorenzo, et ils savaient aussi qu’ils avaient intérêt à fermer leur clapet.
Il tendit le bras à Tamberly. Tous deux s’éloignèrent. Elle s’efforça de prendre un ton hésitant. « La tonnelle d’Apollon, messire ? N’est-ce pas un lieu… païen ?
— Oh ! il était sans nul doute consacré à un dieu de l’ancien temps, et si ce n’était pas Apollon, eh bien, c’est fort dommage. C’est le nom que lui donnent les jeunes gens de nos jours, car on y trouve soleil et vie, beauté et bonheur. Nous devrions l’avoir pour nous tout seuls. Le prochain visiteur y trouvera sûrement une nouvelle magie. »
Il continua sa tirade tout en marchant. Elle avait entendu bien pire. Par ailleurs, il était suffisamment intelligent pour se taire de temps à autre et lui laisser apprécier l’indéniable charme du sentier. Celui-ci était fort étroit, ce qui les obligeait à se coller l’un à l’autre, et remontait le cours du ruisseau vers le sommet d’une colline. Le feuillage des arbres formait au-dessus d’eux comme un plafond à dorures. Les rayons du soleil semaient des taches de lumière sur les ombres. Si les oiseaux étaient rares à cette époque de l’année, elle apercevait quantité d’écureuils et vit même un cerf s’enfuir en courant. Le matin se réchauffait doucement ; la pente se faisait plus forte. Il l’aida à ôter sa cape et la plia sur son bras gauche.