Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: B
- ISBN: 978-2-84344-092-2
- Переводчик: Jean-Daniel Breque
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «Le bouclier du temps [The Shield of Time - fr]». Краткое содержание книги:
Everard courba l’échine. « Nous sommes innocents, sire. Laissez-moi parler à l’empereur. » Ça ne servirait pas à grand-chose, hormis nous valoir des supplices supplémentaires. Et ensuite ? La corde, le billot ou le bûcher ?
Giacomo se retourna pour se diriger vers l’escalier. Everard le suivit d’un pas traînant, à côté d’un Novak à la démarche plus assurée. Ils étaient flanqués des deux gardes armés de fauchons, les deux hallebardiers fermant la marche.
Everard leva soudain le bras droit. Le tranchant de sa main frappa le garde à la gorge.
Il pivota aussitôt sur ses talons. Le hallebardier qui marchait derrière lui poussa un cri et abaissa son arme. Everard amortit le coup avec le bras, ce qui lui valut un bel hématome. Mais il s’était rapproché de l’homme. Il lui écrasa le nez de la paume de sa main. Os et cartilage craquèrent, se logeant dans la cervelle.
L’effet de surprise, ajouté à une maîtrise d’arts martiaux encore inconnus, même en Asie… Cela ne suffisait pas, hélas. Deux hommes d’armes sur le carreau, assommés, mourants ou morts. En restaient deux, plus Giacomo qui s’était mis hors de portée. Novak s’empara du fauchon, Everard tenta de ramasser la hallebarde. Celle du second garde faillit lui trancher la main. Il s’écarta d’un bond. L’acier heurta la pierre dans une gerbe d’étincelles.
« À l’aide ! s’écria Giacomo. Au meurtre ! À l’assassin ! Au secours ! » Et tant pis pour la discrétion. Deux étrangers, roturiers de surcroît, avaient frappé des soldats de l’empereur. Les deux autres gardes firent écho à ses cris.
Everard et Novak foncèrent vers l’escalier. Giacomo s’écarta en hâte. Dans le couloir, des hommes et des femmes convergeaient sur eux de toutes parts. « On ne s’en tirera pas comme ça, glissa Everard entre deux halètements.
— Fuyez, dit Novak d’une voix rauque. Je vais les occuper. »
Ils se trouvaient en haut des marches. Le Tchèque fit halte, se retourna, brandit son épée. « Vous allez vous faire tuer ! protesta Everard.
— Vous subirez le même sort si vous ne prenez pas vos jambes à votre cou, espèce d’idiot. Vous savez comment mettre fin à ce monde de damnés. Pas moi. » La sueur coulait sur ses joues, plaquait ses cheveux à son crâne, mais il souriait.
« Alors, le monde en question n’aura jamais existé. Et vous aurez cessé d’exister, vous aussi.
— Quelle différence avec une mort ordinaire ? Fuyez, vous dis-je ! » Novak se tendit. Il agita son épée. Giacomo haranguait les hommes qui rejoignaient la scène. On avait dû entendre quelque chose à l’étage inférieur. Peut-être allaient-ils hésiter une ou deux minutes, mais pas davantage.
« Que Dieu vous bénisse », hoqueta Everard, qui dévala les marches quatre à quatre. Je ne l’abandonne pas, tenta-t-il de se persuader. Il a raison : chacun de nous a un devoir bien précis, et le mien me commande de transmettre sa découverte à la Patrouille et ensuite de l’exploiter.
Puis il prit conscience d’une chose : Non ! On aurait dû y penser dès le début, mais la façon dont les choses se sont précipitées… Une fois que j’aurai rejoint Jack, on devrait arriver à secourir Karel. A condition qu’il ne se fasse pas tuer dans les cinq minutes qui viennent. Je ne peux pas réapparaître plus tôt, de peur de compromettre ma propre fuite, et j’ai vraiment un devoir à accomplir, bon sang !
Tiens bon, Karel !
La porte de service, le jardin. Au-dessus de lui, le vacarme. Il passa devant un jeune couple dans l’obscurité, peut-être le ménestrel et sa belle. « Alertez la garde, leur dit-il en italien sans cesser de courir. Une émeute par là-bas. Je vais chercher de l’aide. » Première chose à faire : accroître la confusion.
Il ralentit l’allure alors qu’il approchait de la porte. Les sentinelles n’avaient encore rien entendu. Il espéra qu’elles n’allaient pas remarquer qu’il transpirait. « Bonsoir », leur dit-il, et il s’éloigna d’un pas nonchalant, comme s’il se rendait à une fête ou portait un message.
Une fois hors de vue, il s’enfonça dans le dédale des ruelles. Le soir tombait. Avec un peu de chance, il atteindrait les portes de la cité avant l’heure de leur fermeture et trouverait un boniment à servir aux gardes afin de pouvoir sortir. S’il n’était guère malin par nature, il avait appris son content de ruses, contrairement à ce pauvre Karel. Le matin venu, on le traquerait dans toute la contrée. Il aurait besoin de tout son savoir de coureur des bois, et d’un répit de deux ou trois jours, pour ne pas se faire prendre et atteindre le vallon où l’attendait Jack Hall – probablement à demi mort d’inquiétude.
Après, se dit-il, ça va commencer à bouger pour de bon.
1146 apr. J.C.
I.
« Tamberly au rapport. Volstrup n’est pas là, il discute avec les invités de la noce, mais je suis seule dans notre chambre et j’en profite pour vous appeler. Tout va bien.
— Salut, Wanda.
— Manse ! C’est toi ? Comment ça va ? Comment ça s’est passé ? Oh ! comme je suis contente d’entendre ta voix !
— Pareil, ma chérie. Je suis auprès d’Agop Mikelian, ton contact. Tu as quelques minutes à me consacrer ?
— Oui, je crois. Attends, je verrouille la porte par acquit de conscience… Écoute, Manse, on a découvert que Lorenzo de Conti était toujours vivant et sur le point d’épouser…
— Je sais. Et j’ai confirmé en aval que c’était lui le pivot sur lequel l’histoire tourne, a tourné et tournera encore, à moins que nous n’y mettions un terme. Cette découverte a failli coûter la vie à Karel Novak.
— Oh ! non !
— Il a tenu à protéger ma fuite. Mais une fois que j’ai rejoint Jack, nous avons fait un petit saut en amont pour l’arracher aux gardes qui menaçaient de l’occire. Rien ne nous obligeait à ménager cette histoire.
— Si j’en crois le ton de ta voix… tu as failli y passer, toi aussi, n’est-ce pas, Manse ?
— Peu importe. Je suis indemne, si c’est ça qui t’inquiète. Les détails peuvent attendre. Tu as du nouveau à nous apprendre ?
— Eh bien… euh… hier, Bartolommeo Conti de Segni a rejoint les invités à la noce.
— Pardon ?
— Tu ne l’as pas oublié, quand même ? C’est toi qui m’as parlé de lui. C’est un cousin ou quelque chose comme ça. Un jeune célibataire. De fort méchante humeur. J’ai l’impression qu’il espérait épouser la fameuse Ilaria. Sa famille aurait tiré un grand profit de cette alliance.
— Ça colle. C’est sûrement lui qui l’a épousée dans notre histoire, et leur fils n’est autre que le pape Grégoire. Ce qu’il faut faire maintenant, c’est éliminer Lorenzo de l’équation. Et vite. Le mariage est prévu pour la semaine prochaine, je crois bien… Wanda ? Wanda ?
— Oui. Euh… Manse, tu n’envisages quand même pas de… de le tuer ?
— Je n’aime pas ça, moi non plus. Mais avons-nous vraiment le choix ? Ça peut être rapide et indolore, et ne laisser aucune trace ; une décharge neurale qui déclenche un arrêt cardiaque, comme si on éteignait la lumière. Tout le monde croira à une mort naturelle. On le pleurera, mais la vie continuera. La vie des nôtres, Wanda.
— Non. L’empêcher de se marier, d’accord. On devrait pouvoir y arriver. Mais l’assassiner ? Je… je n’arrive pas à croire que tu envisages une chose pareille.
— Crois bien que je le regrette.
— Alors trouve une autre solution, bon sang !