La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
«En la troisième année de ce temps-là, Jéhovah adressa de nouveau la parole à Elie et lui dit: Le moment est venu de te montrer à Achab; car je vais donner de la pluie à la terre.» (18:1)
La terre était donc demeurée pendant trois ans sans une goutte de pluie! «Élie s’en alla donc pour se montrer au roi d’Israël; or, il y avait une grande famine à Samarie.» (v. 2) Après trois années de sécheresse, cela se conçoit; mais pourquoi la famine sévissait-elle à Samarie plutôt qu’ailleurs?
«Et Achab avait appelé Abdias, son maître d’hôtel. Cet Abdias avait une grande crainte de Jéhovah; c’est pourquoi, à une époque où Jézabel faisait exterminer les prophètes de Jéhovah, il en cacha cent, qu’il nourrissait de pain et d’eau, cinquante dans une caverne et cinquante dans une citerne desséchée. Et Achab avait dit à Abdias: Il faudrait au moins sauver nos chevaux et nos mulets, et, puisque la pluie ne tombe plus, allons vers toutes les fontaines et vers tous les torrents, et ramassons l’herbe que nous trouverons au bord des eaux qui coulent, afin que le pays ne soit pas dépeuplé de bêtes. Et ils se partagèrent le royaume pour l’explorer, en allant chacun de son côté; Achab prit par un chemin, et Abdias allait par un autre chemin.» (18:3-6)
On ne voit pas bien ce roi quittant son palais pour aller ramasser de l’herbe et revenir ensuite garnir les râteliers de ses écuries; il semble qu’il aurait dû charger ses domestiques de cette besogne. Mais on pourra répondre qu’il est sous-entendu que, devant l’effroyable misère qui avait été fatalement le résultat de trois années sans une goutte de pluie, le roi Achab avait congédié tout son personnel et n’avait gardé que son maître d’hôtel. Le plus extraordinaire était qu’il y eût encore des fontaines, des torrents, des rivières: les prairies n’existaient plus, c’est clair, faute de pluie; mais, en l’absence de toute eau du ciel, comment les sources s’alimentaient-elles? Il est bien amusant de penser que les dévots, qui lisent la Bible et qui y ont foi, ne se posent aucune de ces questions.
Passons. Abdias, en cherchant de l’herbe, rencontre Élie, devant qui il se prosterne et qui lui dit d’annoncer à Achab sa prochaine visite. Cette proposition trouble singulièrement Abdias, qui se tient le raisonnement suivant:
«Quoi! Élie, tu m’invites à aller dire au roi mon maître: Voici Élie qui va venir. Mais il arrivera qu’à peine je serai parti d’auprès de toi, l’Éternel te transportera en quelque lieu caché que j’ignorerai; alors, moi, j’aurai annoncé ta visite à Achab, et, comme on ne te trouvera plus nulle part, Achab croira que je me suis moqué de lui, et il me tuera.» (v. 12)
On voit que le bonhomme Abdias craignait Jéhovah au point de se défier même d’une fumisterie. Heureusement, Élie le rassura et s’engagea, au nom de l’Éternel, à se montrer dans les vingt-quatre heures au roi Achab. (v. 15)
«Achab, ayant été informé par Abdias, vint au-devant d’Élie, et, dès qu’il le vit, il lui dit: N’es-tu pas celui qui trouble Israël? Mais Élie lui répondit: Ce n’est pas moi qui trouble Israël; c’est toi et la maison de ton père, depuis que vous avez abandonné Adonaï pour adorer Baal. Mais fais ce que je vais te dire: ordonne à tout le peuple d’Israël de se rassembler devant moi sur les montagnes du Carmel, et fais-y venir aussi les quatre cent cinquante prêtres de Baal, et les quatre cents prophètes des bocages qui mangent à la table de ta femme Jézabel. Achab réunit donc sur le Carmel tous les enfants d’Israël et tous les prophètes. Puis, Elie dit à haute voix au peuple: Jusques à quand boiterez-vous des deux côtés? Si Jéhovah est dieu, adorez-le; mais si c’est Baal, vous lui devez vos adorations. Et le peuple ne répondit pas un seul mot.» (18:16-21)
«Alors Elie dit encore: Je suis demeuré le seul prophète de Jéhovah, tandis que les prophètes de Baal sont ici quatre cent cinquante. Eh bien, qu’on amène deux bœufs. Les prophètes de Baal en choisiront un; qu’ils le mettent en pièces, qu’ils le placent au-dessus d’un amas de bois, mais sans y mettre le feu; et moi, je ferai de même pour l’autre bœuf. Invoquez tous le nom de vos dieux, et moi j’invoquerai le nom du mien. Que le dieu qui exaucera par le feu soit désormais votre dieu. Tout le monde lui répondit: Excellente proposition! Et Élie invita les prêtres de Baal à sacrifier à leurs choix un des bœufs que l’on amena; il dit expressément: Surtout ne mettez point le feu à votre amas de bois.» (18:22-25)
«Les prophètes d’Achab préparèrent donc leur bœuf comme il était convenu, et ils invoquèrent Baal depuis le matin jusqu’à midi, en s’écriant: Baal, exauce-nous! Mais il n’y eut de Baal ni voix ni réponse. Et ces prophètes sautaient par-dessus leur amas de bois. Quand il fut midi, Élie se moqua d’eux, en ces termes: Criez plus fort, puisque Baal est dieu; mais il a peut-être quelque autre affaire qui l’occupe, ou bien il est au cabaret, ou encore il voyage; peut-être aussi, il se peut qu’il dorme en ce moment; ne craignez donc pas de trop crier pour le tirer de son sommeil. C’est pourquoi ces prophètes criaient de toutes leurs forces; ils se firent aussi dans les chairs des incisions selon leur rite avec des couteaux et des lancettes, jusqu’à ce qu’ils fussent couverts de sang.» (18:26-28)
Les critiques font remarquer que le mont Carmel était sur le territoire des Sidoniens, et que le royaume de Sidon était distinct de celui d’Israël, puisqu’il est dit plus haut que Jézabel était fille d’Ithobal, roi des Sidoniens. Il n’est pas admissible que les sujets d’Achab soient allés se réunir sur un point situé dans un autre royaume, pour assister à l’expérience demandée par Élie. Le mont Carmel ne figure donc dans ce récit que par l’effet d’une erreur géographique du divin pigeon. Les critiques disent encore que, si l’on veut croire à la réalité de cet épisode et le prendre tel qu’il est narré, il en ressort avec évidence, par l’acceptation unanime et soudaine que les Israélites font de l’offre d’Élie, qu’ils étaient de bonne foi; il n’est pas moins évident que leurs prêtres, réputés faux prophètes d’après la Bible, avaient autant confiance dans leur dieu Baal qu’Élie dans Jéhovah, puisqu’ils se donnaient des coups de couteau et faisaient couler leur sang pour obtenir le feu du ciel.
Mais il convient mieux de ne retenir de tels récits, si ridiculement fantaisistes, que certaines constatations, intéressantes pour l’histoire du peuple juif, et ces constatations sont celles qui restent, une fois qu’on a dégagé les anecdotes bibliques de leur cadre de miracles plus ou moins merveilleux. Il résulte donc tout simplement de ceci que le peuple d’Israël et le peuple de Juda adoraient le même dieu sous des noms différents. Israël avait des veaux d’or; mais Juda avait ses bœufs d’or, placés par Salomon dans le sanctuaire avant que Sésac vînt piller Jérusalem et le temple. Il est clair, par le texte, qu’Israël n’adorait point en réalité ses veaux, puisqu’il n’adorait que Baal. Or, ce mot Bal, Bel, Baal, signifiait «le Seigneur», comme Adonaï, Eloa, Sabaoth, Schaddaï, Jéhovah. Les rites, les sacrifices étaient entièrement les mêmes; les intérêts seuls étaient différents. L’hérésie d’Israël ne consistait donc qu’en ce que les Israélites ne voulaient pas porter leur argent à Jérusalem, dont la tribu de Juda était en possession.