La Bible amusante
- Автор: Таксиль Лео
- Год: 1904
- Язык: французский
- Жанр: Прочее юмористическое
Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:
Dieu avait pardonné à David son mariage avec Bethsabée, dont il avait assassiné l’époux: il n’avait pas vu de mauvais œil le mariage de Salomon et de la fille du roi d’Egypte; mais qu’Achab osât épouser Jézabel, fille du roi des Sidoniens, voilà ce qui constituait un crime irrémissible!
On comprend facilement qu’un roi aussi impie n’allait pas se contenter de simples veaux d’or pour faire ses dévotions sacrilèges. En effet,
«Achab dressa un autel à Baal, dans un temple de Baal, qu’il fit bâtir à Samarie; et il servit Baal, et il se prosternait devant lui.» (v. 32)
Ce n’est pas tout, apprêtez-vous à frémir encore:
«Achab fit un bocage et ainsi Achab fit encore pis que tous les rois d’Israël ses prédécesseurs pour irriter Jéhovah.» (v. 33)
Après cela, il est hors de doute que le royal époux de Jézabel agissait par pure malice et qu’il se délectait en mettant en courroux papa Bon Dieu.
Un prophète hors ligne devenait donc nécessaire, indispensable; c’est Élie le Thesbite que le seigneur Sabaoth décréta d’opposer à l’archi-impie Achab.
«Elie le Thesbite était un de ceux qui avaient fixé leur résidence à Galaad. Il se rendit auprès du roi Achab, et lui dit: Aussi vrai que le dieu d’Israël est l’éternel vivant, il ne tombera pas du ciel une goutte de rosée ni une goutte de pluie, si je ne l’ordonne au nom du tout-puissant Dieu.» (17:1)
Après quoi, Élie, majestueux, tourne, les talons; mais la Bible ne dit pas comment Achab prit cette annonce.
«Ensuite, le seigneur Adonaï adressa la parole à Elie, et lui dit: Va-t’en d’ici, retire-toi vers l’orient, cache-toi dans le torrent de Kérith, qui est vis-à-vis du Jourdain; tu boiras l’eau du torrent, et, quant au reste de ta nourriture, il y sera pourvu par des corbeaux à qui j’ai commandé. Elie, très obéissant au Seigneur, partit donc, et il établit sa demeure dans les ravins du torrent de Kérith. Chaque matin, ainsi que chaque soir, des corbeaux lui apportaient du pain et de la viande; et il buvait l’eau du torrent.» (v. 2-6)
Cette idée de nourrir les saints par des corbeaux a été imitée depuis dans l’histoire des Pères du désert. Un corbeau nourrit pendant soixante ans l’ermite Paul dans une caverne de la Thébaïde, il lui apportait chaque jour la moitié d’un pain dans son bec. Paul n’avait que cent-treize ans, lorsque l’ermite Antoine, âgé de quatre-vingt-dix, vint lui faire une visite. Alors le corbeau apporta un pain entier pour le déjeuner des deux saints; et cela est très vrai, attendu que saint Jérôme en donne sa parole d’honneur.
Revenons à Élie.
«Mais il arriva, au bout de quelques jours, que le torrent tarit, parce qu’il ne pleuvait plus nulle part. Alors la voix d’Adonaï se fit encore entendre au prophète et lui dit: Maintenant, va à Sarepta, qui est près de Sidon, et tu y habiteras; il y a là une veuve, à qui j’ai commandé de te nourrir. Il alla donc aussitôt à Sarepta; et, comme il arrivait à la porte de la ville, il aperçut une femme qui ramassait du bois; Elie vit bien qu’elle était veuve: c’est pourquoi il l’appela et lui dit: Je t’en prie, puise de l’eau dans un pot, et fais-moi boire. La femme allait lui chercher de l’eau; mais il la rappela et il ajouta: Je t’en prie, apporte-moi aussi une bouchée de pain. Alors, elle lui répondit: L’Eternel ton Dieu, qui est vivant, m’est témoin que je n’ai pas le moindre gâteau; je possède en tout, dans un vase, un peu de farine, à peine de quoi remplir ma main, et un peu d’huile au fond d’une fiole. Je suis donc venue chercher quelques brins de bois, que j’allume pour faire cuire ce restant de farine; mon fils et moi, nous le mangerons, et ensuite il ne nous restera plus qu’à mourir. Elie lui dit: Aie confiance et fais ce que je t’ai dit; apprête d’abord pour moi un petit pain cuit sous la cendre, que tu m’apporteras; ensuite, tu en feras pour toi et ton fils autant que tu voudras; car l’Eternel, dieu d’Israël, a décrété que la farine qui est dans ton vase ne diminuera point, ni l’huile dans ta fiole, jusqu’à ce qu’il ait fait pleuvoir sur terre. La veuve s’en alla donc, fit ce qu’Elie lui avait dit, et puis le logea chez elle, et elle mangea avec son fils et lui plusieurs jours, sans que la farine ni l’huile vinssent à manquer, selon la parole que Jéhovah avait prononcée par la bouche d’Elie.» (v. 7-16)
«Or, après ces choses, il arriva que le fils de la veuve tomba malade; et la maladie fut si forte, qu’il expira. Alors, cette femme dit à Élie: Qu’y a-t-il entre toi et moi, homme de Dieu? Es-tu venu chez moi pour réveiller devant Dieu le souvenir de mes vieux péchés et faire mourir ainsi mon fils? Élie lui répondit: Donne-moi ton fils. Il le prit à la veuve qui le tenait serré contre son sein; puis, il le porta dans la chambre où il logeait et le coucha sur son lit. Après quoi, il cria très fort à l’Éterneclass="underline" Éternel mon Dieu, as-tu à ce point affligé cette veuve, que tu lui aies fait mourir son fils? Et, ayant ainsi crié, il s’assit sur l’enfant et s’étendit de tout son long sur le cadavre, par trois fois, en criant encore: Éternel mon Dieu, je te prie de faire rentrer l’âme de cet enfant dans son corps! Alors l’Éternel entendit la voix d’Élie et exauça sa prière; l’âme de l’enfant rentra dans le cadavre, et le corps redevint vivant. Et Élie prit l’enfant par la main et dit à sa mère: Regarde, ton fils vit. Et la veuve répondit à Élie: Je connais maintenant que tu es un homme de Dieu et que dans ta bouche la parole de l’Éternel est véritable.» (v. 17-24)
Il semblerait, d’après ce dernier verset, que la veuve se convertit, car, étant Sidonienne, elle pratiquait évidemment la religion des Phéniciens, et nous venons de voir que Dieu, qui avait d’abord placé son prophète chez les hérétiques du royaume d’Israël, l’en retira momentanément pour le faire aller chez les infidèles. Ce prophète était plein de sagacité, puisqu’il avait deviné, au premier coup d’œil, que la femme qui ramassait du bois était veuve. On aura peut-être trouvé étonnant qu’il ait commencé par demander pour lui le seul morceau de pain qui restait à cette femme, et il semble que la veuve, quoique croyante aux faux dieux de Phénicie, a eu plus de confiance en la parole d’un inconnu lui parlant au nom du Dieu d’Israël que le prophète n’avait lui-même confiance en son Jéhovah; mais cela n’est qu’une apparence, vous diront les théologiens: Élie éprouvait cette femme, et le miracle s’est accompli en sa faveur, précisément parce qu’elle n’a pas hésité à croire le prophète. Si elle avait refusé de donner à Élie son dernier morceau de pain, il n’y aurait pas eu de miracle, par conséquent; mais alors ce que Dieu avait annoncé à son prophète ne se serait donc pas réalisé? Inutile d’approfondir; c’est justement la spécialité du surnaturel d’être incompréhensible.
Ce qui mérite mieux l’examen, c’est le fait des miracles que Jéhovah accomplissait chez les peuples qui ne pratiquaient pas son culte et qui ne l’adoptaient pas, après avoir été témoins de ces merveilles. En effet, il n’est pas dit formellement que la veuve de Sarepta embrassa la religion juive. Cette observation a permis aux critiques de rappeler que tous les peuples de l’antiquité reconnaissaient un Dieu suprême qui communiquait une partie de son pouvoir à ceux qu’il voulait favoriser, tantôt à des mages d’Égypte, tantôt à des mages de Perse ou de Babylone, tantôt à des hérétiques samaritains, à des idolâtres même, comme Balaam; ces critiques ajoutent que chacun conservait ses rites, son culte, ses dieux secondaires, en adorant le Dieu universel sous un nom qui variait selon les pays. Ceci expliquerait que le pharaon qui vit les miracles de Moïse reconnut la puissance de Dieu et ne changea point de culte, et que la veuve de Sarepta put reconnaître le pouvoir de l’Éternel invoqué par Elie, sans se faire juive pour cela. Il est bien entendu que, par ces observations, les critiques n’entendent nullement admettre l’authenticité de ces diverses histoires de miracles; mais ils donnent les explications que nous venons de reproduire, afin qu’on puisse se rendre compte des conditions dans lesquelles on a pu inventer ces merveilleuses histoires.