Le gang des rêves
- Автор: Fulvio Luca di
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Slatkine & Cie
- ISBN: 978-2889440061
- Переводчик: Elsa Damien
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
Alors il fit sortir la secrétaire de l’ascenseur et lança au liftier :
« Au deuxième, vite ! »
Dès que les portes de l’ascenseur se rouvrirent, Karl se précipita vers la salle des concerts :
« Où est Maria ? » demandait-il aux gens qu’il croisait.
Lorsqu’il la trouva, Maria avait déjà enfilé son manteau.
« Vous ne pouvez pas encore partir ! s’écria Karl, le souffle court. Écoutez-moi, on a très peu de temps. Vous vous rappelez comment s’appelait le technicien qui a enregistré l’essai de Christmas ?
— Leonard.
— OK, Leonard. Eh bien, trouvez-le-moi tout de suite ! Récupérez le disque en cire de l’enregistrement et rejoignez-moi… Cookies, c’est dans quel studio ?
— Dans le neuf.
— Au troisième ?
— Oui, au troisième.
— Bien, alors on se retrouve là, dit Karl en la saisissant par les épaules. Dépêchez-vous ! (Il regarda la montre en or que son père lui avait offerte). On a moins de cinq minutes. »
Dans la salle neuf, au troisième étage, le technicien du son et l’annonceur de la N.Y Broadcast attendaient la musique qu’ils devaient envoyer sur les ondes.
« Vous êtes prêts ? demanda Karl en entrant dans la salle.
— Oui, mais… commença le technicien.
— On en a pour un instant ! l’interrompit Karl, pointant un doigt vers lui pour le faire taire et puis se tournant, anxieux, vers la porte de la salle.
À cet instant même, Maria entrait en courant, disque en main.
« Le voilà ! s’exclama-t-elle.
— À toi de jouer, ordonna Karl en le donnant au technicien.
— Qu’est-ce que c’est ? » demanda l’annonceur en s’installant au micro.
Maria et Karl se regardèrent.
« Vous êtes sûr ? demanda Maria.
— Je n’ai jamais été aussi sûr ! affirma Karl avec un sourire radieux.
— Je suis prêt, fit le technicien dans le téléphone interne.
— Merci, Maria. Vous pouvez rentrer chez vous, dit Karl.
— Ah non, cette émission là, je ne la raterais pour rien au monde ! sourit Maria. Mais je vais l’écouter dans la réserve.
— Dites-lui bonjour de ma part ! » recommanda Karl.
Maria hocha la tête et quitta la salle en refermant la porte insonorisée.
« Quand vous voulez. Quinze secondes avant l’annonce, grésilla la voix du technicien.
— Qu’est-ce que je dois dire ? s’enquit l’annonceur.
— Après l’annonce, éteins toutes les lumières ! Toutes ! » commanda Karl au technicien.
Celui-ci fit un geste d’acquiescement, de l’autre côté de la vitre.
« Qu’est-ce que je dois dire ? répéta l’annonceur, une note d’anxiété dans la voix. — Dix secondes » fit le technicien.
Karl regarda l’annonceur. Puis le poussa sur le côté.
« Je m’en occupe ! » et il se tourna vers le preneur de son pour voir le signal du départ.
Celui-ci, une main en l’air, compta sur ses doigts. Cinq, quatre, trois, deux, un. Puis il baissa le bras.
« Ici la N.Y. Broadcast, votre radio, commença Karl, en posant sa voix. Ce soir, à cause d’un petit imprévu, Cookies ne pourra pas être diffusé… (Et là Karl serra les poings, espérant que personne ne changerait de station). Mais nous sommes fiers de vous présenter notre nouvelle et fantastique émission conçue par Christmas… (Karl s’interrompit : merde, il s’appelle Christmas comment ? se demanda-t-il avec des sueurs froides). Christmas… Christmas tout court, mesdames et messieurs, poursuivit-il. Et vous n’allez pas tarder à comprendre pourquoi je ne peux vous révéler son nom de famille. C’est un type peu recommandable. Et le programme s’intitule… (Karl s’arrêta à nouveau. Un titre. Il lui fallait un titre.) Diamond Dogs ! » annonça-t-il. Et là, il fit signe au technicien.
La salle plongea dans le noir.
« Hissez le torchon ! » résonna dans le studio. Silence. Et puis encore : « Hissez le torchon ! » L’écho du cri mourut.
Karl passa une main sur son front. Il était en nage. « Et puis merde ! » pensa-t-il en s’asseyant, heureux.
Et alors la voix de velours de Christmas retentit : « Bonsoir, New York… »
47
Los Angeles, 1927
« Ruth, tu as de la visite ! lança M. Bailey, frappant à la porte de la chambre obscure sans l’ouvrir.
— J’arrive ! » répondit-elle gaiement.
Elle était contente des photographies qu’elle était en train de développer. Elles représentaient Marion Morrison, qui avait été une star de la célèbre Horde Grondante, l’équipe de football de l’Université de Californie du Sud. C’était un grand gaillard qui n’avait pas souri une seule fois durant toute la session de photos. Pas même pendant les pauses. Pour le moment, il était juste accessoiriste aux studios de la Fox, mais Clarence lui avait confié qu’il allait devenir une vedette. Il le tenait de Winfield Sheehan, le chef de la Fox. Mais peu importait à Ruth. Pour elle, la seule chose qui comptait, c’était que le jeune homme n’avait jamais souri. Elle l’avait fait poser dehors et non en studio. Clarence lui avait dit qu’il serait parfait dans les westerns, aussi Ruth l’avait-elle emmené dans un lieu aride, presque désertique, un jour où la pluie menaçait. Les photos étaient sombres et très contrastées. La silhouette imposante de Marion Morrison se détachait sur le paysage. Mains dans les poches, l’air insolent. Mais quelque chose d’autre émergeait aussi des photos de Ruth. Un profond sentiment de solitude. Comme s’il était le dernier homme resté sur terre.
« Viens, Ruth ! répéta M. Bailey.
— Oui oui, j’ai fini ! lança-t-elle en mettant sa dernière photo à sécher. Qui c’est ? demanda-t-elle gaiement.
— Viens ! » se contenta d’insister M. Bailey.
Ruth perçut la tension dans la voix de Clarence. Elle ouvrit la fenêtre de la chambre obscure et quitta la pièce.
« Tu es attendue dans mon bureau » précisa Clarence.
Ruth traversa le couloir et, avant d’entrer, hésita un instant. Elle posa la main sur la poignée en laiton brillant, la tourna et poussa un battant de la porte.
« Bonjour, ma chérie ! dit M. Isaacson, debout devant le bureau.
— Bonjour, papa ! fit doucement Ruth, immobile sur le pas de la porte.
— Cela fait longtemps que tu n’es pas venue nous voir » commenta son père.
Ruth entra dans la pièce et referma la porte derrière elle.
« C’est vrai » dit-elle. Elle ne savait que faire. Elle se demandait si elle devait embrasser son père ou bien rester là immobile, comme une étrangère.
« Et maman, comment va-t-elle ? lança-t-elle pour rompre le silence.
— Elle est dans la voiture, répondit M. Isaacson, tournant la tête vers la vaste fenêtre du bureau de Clarence, qui donnait directement sur Venice Boulevard. Elle n’a pas eu la force de monter… elle n’est pas très bien, dernièrement…
— Elle boit beaucoup ? » coupa Ruth avec brusquerie.
M. Isaacson baissa les yeux, sans répondre.
« Nous partons, lâcha-t-il.
— Vous partez ? s’étonna Ruth. Vous rentrez à New York ? »
Son père secoua la tête, mélancolique :
« Non. Ta mère ne le supporterait pas…, répondit-il sans lever les yeux. Nous allons à Oakland. J’ai vendu la villa de Holmby Hills pour un prix ridicule et j’ai accepté une offre à Oakland, où ils viennent d’ouvrir un cinéma… bref, ils ont besoin d’un gérant et moi… Tu sais, ces films uniquement pour les adultes ? Ta mère avait raison, comme d’habitude : ce n’était pas un monde pour nous. Ce sont des gens trop grossiers, trop vulgaires. J’avais l’impression de mourir, et puis… ben, ça ne rapportait pas tant que ça. À Oakland, on a pris un appartement près du cinéma et… tant que ça dure, on restera là. »