Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Le gang des rêves - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
1 ... 110 111 112 113 114 115 116 117 118 ... 177
Перейти на страницу:

Le regard de l’homme se fit hésitant et il interrompit son geste à mi-course.

« T’as envie que les flics trouvent ton cadavre demain, dans une bagnole abandonnée dans un terrain en construction de Flatbush ? » lança encore Christmas à l’homme de la sécurité. Puis il se tourna vers Karl. « Allons-y, Mister Janach ! » Il le prit par le bras avec détermination et l’entraîna vers la sortie, dépassant le garde, immobile et décontenancé.

« Turkus !

— Adieu, vieux tromblon ! ricana Christmas en quittant le bureau, suivi de Karl.

— Jarach, je m’arrangerai pour qu’aucune radio ne vous embauche, je vous le jure ! hurla le directeur général cramoisi. Turkus, flanque-leur des coups de pied au cul, sinon je te vire toi aussi ! »

L’homme de la sécurité sortit et rejoignit Christmas et Karl devant les ascenseurs :

« Ne remettez plus jamais les pieds ici ! rugit-il.

— D’accord, bravo, tu as sauvé la face. Maintenant, casse-toi ! fit Christmas, entrant dans l’ascenseur et fermant les grilles. Rez-de-chaussée » demanda-t-il au liftier.

Et tandis que l’ascenseur descendait en grinçant, Karl parvint enfin à formuler la pensée qu’il avait essayé jusqu’ici d’écarter : tout était fini. Son bureau au septième étage allait accueillir un autre dirigeant. Les échelons qu’il avait gravis avec tellement de difficultés, sacrifiant vie privée, divertissements et distractions, et se dévouant uniquement à son ascension, à son travail et à la radio, tout s’était écroulé. Karl Jarach allait redevenir celui qu’il aurait dû être dès sa naissance.

« Vous ne vous sentez pas bien, Mister ? » interrogea Christmas, le voyant chanceler lorsqu’ils sortirent de l’ascenseur.

Karl hocha la tête sans mot dire.

« Merci pour ce que vous avez fait, dit Christmas. C’était chouette, de croire que mon rêve pouvait se réaliser… »

Karl acquiesça à nouveau, essayant de sourire.

« Venez ! » l’invita Christmas. Au lieu de se diriger vers la sortie, il poussa la petite porte qui menait au sous-sol.

« Ils ont annulé l’émission ? demanda Cyril apparaissant plus bas, à la porte de la réserve. Quels cons ! Ils ne pigent rien, mon garçon… »

Il dévisagea Karl qui s’était arrêté au milieu de l’escalier, puis fit mine de redescendre dans son royaume.

« Ils m’ont viré » intervint Christmas.

Cyril se retourna :

« Quoi ?

— Et Mister Jarach aussi a perdu son poste. Pour insubordination. »

Cyril lança un coup d’œil à Karl, toujours au milieu de l’escalier, appuyé contre le mur, et il secoua la tête un instant, soufflant bruyamment par ses larges narines. Puis il saisit la porte de ses deux mains noueuses et la fit claquer violemment. Il la rouvrit et la fit claquer à nouveau. Et il recommença encore et encore, avec force et colère, jusqu’à ce que la peinture du montant s’effrite et salisse le sol.

« Bande de cons ! brailla-t-il en levant la tête vers les étages.

— Qu’est-ce qui se passe ? intervint alors le gardien, surgissant du rez-de-chaussée.

— Tu as entendu l’émission de ce garçon ? lui demanda Cyril, les yeux exorbités de colère.

— Quelle émission ?

— Diamond Dogs, précisa Cyril.

— C’était toi ? s’exclama l’homme stupéfait, pointant un doigt vers Christmas. Épatant !

— Eh bien, ils l’ont viré ! gronda Cyril.

— Viré ?

— Oui, viré ! Pour insubordination.

— Insubordination ?

— C’est pas la peine de répéter tout ce que je dis, grogna Cyril avant de reprendre son souffle. Bande de cons ! » cria-t-il.

Le gardien ferma la porte derrière lui, soucieux :

« Fais pas le bordel, Cyril ! dit-il.

— C’est quoi, cette connerie d’insubordination ? poursuivit Cyril. Mais quels cons !

— Cyril, arrête ça ! le prévint encore le gardien. Ils avaient sûrement… moi j’y connais rien, à ces trucs, mais bon… ils avaient sans doute leurs raisons, quoi ! Enfin, j’veux dire…

— Tu dis des conneries, voilà c’que tu dis ! interrompit Cyril.

— Arrête ça ! répéta le gardien avec dureté, avant de passer à Christmas : et toi, jeune homme, tu peux pas rester ici, si t’as été viré !

— Je prends mes affaires et je m’en vais, répliqua Christmas en se dirigeant vers la réserve.

— Va t’faire foutre » marmonna Cyril à l’adresse du gardien qui s’éloignait. Puis il laissa passer Christmas et le suivit dans la réserve.

Karl était toujours immobile. Il se tenait au mur d’une main. Tout le poids de ces derniers événements l’écrasait, et c’était comme si une plaque lui comprimait la poitrine. C’était fini. Karl Jarach allait retourner d’où il était venu, se disait-il. Il allait redevenir un simple Polonais, fils d’immigrés. Il recommencerait à fréquenter sa communauté, les bals et les fêtes dans les hangars, et il épouserait une brave fille de chez lui. « Clous sans tête, clous de tapissier, clous à tête large, clous à béton. »

« Mister Jarach ! appela Christmas, passant la tête par la porte. Vous êtes sûr que vous allez bien ? »

Karl hocha la tête, visage tiré, puis il descendit l’escalier et entra à son tour dans la réserve. « Vis à métaux, vis à bois, vis à tasseaux… » songeait-il.

« Tu as du talent, mon garçon ! disait Cyril. N’écoute pas ces abrutis ! Merde, tu as du talent à revendre ! Tu as tellement de talent que… ah, ils peuvent aller se faire foutre, encore et encore ! C’est vraiment un pays de merde… et le rêve américain, c’est vraiment une connerie ! Si t’es pas l’un d’eux, le rêve, tu peux te le mettre au cul… Mais toi, laisse pas tomber ! (Cyril saisit Christmas par les épaules et se mit à le secouer). Regarde-moi, regarde un peu ce nègre en face de toi, et écoute bien : tu as tout ce qu’il faut, mon garçon, et toi tu peux réussir. Tu m’as compris ?

— Oui oui, sourit Christmas.

— Je dis la vérité ! et Cyril le secoua à nouveau par les épaules, avec une vigueur pleine d’affection. Ne laisse pas tomber, sinon c’est eux qui auront gagné. T’as compris ?

— Oui, Cyril, répéta Christmas. Merci. »

Karl était sur le pas de la porte. « Lime à métaux, lime à bois, marteau de charpentier, marteau de cordonnier, marteau d’horloger, tournevis long à bout plat, tournevis court à bout plat, pince à ressort, pince perroquet… » continuait-il à énumérer dans sa tête, tout en observant les deux hommes. Des magasiniers. Des gens du sous-sol, pas du septième étage. Un nègre et un Italien. Des immigrés. Comme lui. Il se sentit seul. Oui, seul, et pas simplement vaincu, parce que, pour gravir les échelons qui l’avaient mené au sommet de l’immeuble de la N.Y. Broadcast, il avait négligé ce qu’il y avait entre ces deux là. L’amitié, la solidarité. Tout ce à quoi il avait renoncé lors de son ascension. « Scie à bois à dents longues, scie à bois à dents fines, scie à chantourner, scie à métaux avec lame amovible, scie à dégrossir, scie à cadre… » Maintenant, il se retrouvait à la case départ. Dans un sous-sol. Sans possibilité de s’élever. Et en plus, il était seul.

« Je vous laisse » lâcha-t-il alors, parce qu’il se sentait de trop.

Christmas et Cyril se retournèrent pour le dévisager.

Et Karl vit dans leurs yeux qu’ils n’auraient pas de paroles d’encouragement pour lui. Ni de solidarité. À cause de sa superbe. Parce que Karl Jarach avait cru pouvoir y arriver seul. Et maintenant, c’est seul qu’il repartirait faire ce pour quoi il était destiné. « Gouge droite, gouge courbée, gouge à angle droit, gouge arrondie large, gouge arrondie fine… »

1 ... 110 111 112 113 114 115 116 117 118 ... 177
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)