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Le gang des rêves

Электронная книга - «Le gang des rêves». Краткое содержание книги:

Une Italienne de quinze ans débarque avec son fils dans le New York des années vingt…
L’histoire commence, vertigineuse, tumultueuse. Elle s’achève quelques heures plus tard sans qu’on ait pu fermer le livre, la magie Di Fulvio.
Roman de l’enfance volée, Le Gang des rêves brûle d’une ardeur rédemptrice : chacun s’y bat pour conserver son intégrité et, dans la boue, le sang, la terreur et la pitié, toujours garder l’illusion de la pureté.
Dramaturge, le Romain Luca Di Fulvio est l’auteur de dix romans.
Deux d’entre eux ont déjà été adaptés au cinéma ; ce sera le destin du Gang des rêves, qui se lit comme un film et dont chaque page est une nouvelle séquence.
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Christmas et Karl se joignirent aux noirs et tirèrent de toutes leurs forces. La structure recommença à grincer, puis soudain elle se cabra, bascula et finit à l’envers, pointe en bas.

Des exclamations inquiètes s’élevèrent de la foule amassée sur le trottoir en-dessous.

La structure se remit à osciller. C’est alors que des hommes perdirent, un bref instant, la prise. Deux d’entre eux, entraînés par le poids de la structure, tombèrent à terre, tandis que les autres parvenaient à arrêter le câble. Christmas sentit soudain une brûlure lancinante sur la paume de ses mains. Il poussa un cri mais ne lâcha pas prise : le câble était taché de sang.

« Allez, recommencez ! ordonna Cyril. Je compte jusqu’à trois. Tous en même temps ! »

Les deux noirs qui étaient tombés se relevèrent. Ils empoignèrent le câble.

« Un… deux… trois ! hurla Cyril. Maintenant ! De toutes vos forces, bande de nègres ! »

Sous la tension, le câble bougea. L’engin recommença alors à monter mais il resta à nouveau coincé sous la corniche, et fut pris d’un impressionnant mouvement de balancier.

« On y arrivera pas ! lança un des noirs, brisé de fatigue, la peau brillante de sueur malgré le froid.

— Il faut la faire redescendre ! haleta un autre.

— Non ! brailla Cyril.

— C’est impossible, Cyril ! » s’écria Karl hors de lui.

Cyril regarda autour de lui.

« Attachons le câble à cette cheminée, proposa-t-il. On fait une pause et puis on recommence.

— Presse à visser et clef de vingt-trois » indiqua Karl.

On fit passer le câble autour du corps en béton, puis l’un des noirs mit la presse et serra les boulons, fixant ainsi le câble. Aussitôt tous se laissèrent tomber à terre, sur le goudron du toit, hors d’haleine.

Christmas regarda ses mains. Elles étaient en sang. Maria les banda avec un mouchoir qu’elle déchira en deux.

« Attrape ça, jeune homme ! dit un noir gigantesque en lui lançant des gants. J’en ai deux paires.

— Je l’avais bien dit, qu’on avait besoin d’un treuil ! râla Cyril.

— Et moi je t’avais dit de la construire directement sur le toit ! » protesta Karl.

Cyril rentra la tête dans les épaules, sans répliquer. Il s’approcha du rebord du toit et secoua la tête, une expression sombre sur le visage.

Christmas s’approcha de lui. Il posa les coudes sur la rambarde et resta à son côté, sans mot dire.

« On n’y arrivera jamais » avoua lentement Cyril après quelques instants.

Christmas observa l’engin qui se balançait dans le vide, trois mètres plus bas.

« On n’y arrivera jamais, répéta Cyril.

— Attendez-moi ici ! réagit alors Christmas. Ne faites rien avant que je revienne. (Il se tourna vers les dix noirs). Est-ce que quelqu’un aurait un vélo à me prêter ? » demanda-t-il.

L’homme gigantesque qui lui avait donné les gants se leva. Il le rejoignit près du rebord du toit et se pencha vers le trottoir :

« Betty ! cria-t-il. File le vélo à ce blanc ! (Il se tourna vers Christmas). C’est bon, jeune homme, ma femme s’en occupe. »

Christmas lui sourit et dévala l’escalier décrépi de l’immeuble délabré. Dès qu’il fut dans la rue, une femme à la peau brillante comme de l’ébène lustré, avec un regard très expressif, disparut dans un sous-sol, dont elle ressortit peu après en tenant une vieille bicyclette rouillée. Christmas grimpa en selle, puis leva la tête pour crier à Cyril, Karl et Maria :

« Je reviens tout de suite ! »

Et il se mit à pédaler avec toute la force qu’il avait dans les jambes, sans ralentir aux carrefours, le vent ébouriffant sa mèche blonde. Il pédala ainsi à travers tout Manhattan, qu’il parcourut jusqu’à la cale treize.

Dans un énorme hangar, il trouva celui qu’il cherchait. Les hommes étaient assis en cercle et se racontaient des histoires en riant.

« Monsieur Filesi ! lança Christmas, le souffle court. J’ai besoin de vous. »

Le père de Santo l’accueillit avec un sourire et se leva de sa chaise :

« Ce garçon est un ami de mon fils, expliqua-t-il, le présentant à ses amis. C’est lui qui lui a offert un poste de radio pour son mariage. Il s’appelle Christmas. »

Les autres dockers saluèrent Christmas.

« Tu en veux ? » demanda M. Filesi, indiquant une bouteille de vin qu’un des dockers avait sorti d’une cachette dans le mur du hangar.

Christmas, à bout de souffle, plié en deux et se tenant les côtes, lui fit signe que non.

« Alors, qu’est-ce qui se passe ? fit M. Filesi, placide.

— C’est vrai que vous pouvez soulever un quintal d’une seule main ? » interrogea Christmas.

Une demi-heure plus tard, M. Filesi, Tony — le père de Carmelina, l’épouse de Santo — et Bunny, un autre docker, garaient leur camionnette devant l’immeuble de la cent vingt-cinquième rue, où pendait la structure de fer fabriquée par Cyril. Ils regardèrent la foule des noirs et levèrent les yeux, se grattant tous trois la tête.

« En saillie, annonça M. Filesi.

En saillie, confirma Tony.

— Câble et rails ? demanda M. Filesi.

— C’est le seul moyen, répondit Tony.

— Alors câble et rails » répéta Bunny, et il alla ouvrir la porte arrière de la camionnette. Il chargea sur son épaule un long rouleau de câble, humide et verdâtre à cause des algues, et saisit deux barres de fer plus grandes que lui.

« Ça suffit ? demanda-t-il.

— Oui, répondit M. Filesi.

— J’accoste et toi tu pêches, proposa Tony.

— Jamais de la vie ! réagit M. Filesi. Christmas, c’est l’ami de mon fils. Alors c’est moi qui accoste, et toi tu pêches. »

Il s’avança d’un pas déterminé vers l’entrée de l’immeuble, suivi par les regards de toute une foule de noirs qui entre-temps avait encore grossi.

« Bonjour tout l’monde ! » lança M. Filesi, sourire aux lèvres, en débouchant sur le toit. Puis il se pencha au-dessus de la rambarde, recommença à se gratter la tête et, se retournant, parcourut du regard les dix noirs qui s’étaient levés. « Lui ! » lança-t-il d’un air expert vers l’homme gigantesque qui avait prêté ses gants à Christmas.

Le noir s’avança près de M. Filesi, qui lui arrivait tout au plus au niveau de l’estomac.

« Dis donc, t’en as mangé toi des biftecks, quand t’étais p’tit ! rit M. Filesi en lui donnant une claque sur l’épaule. Comment tu t’appelles ?

— Moses.

— Moses. Alors toi, tu fais le pilier, d’accord ?

— Et qu’est-ce que c’est, le pilier ? » demanda Moses.

Tony prit le câble de Bunny et l’attacha autour de la poitrine de Moses.

« Le pilier, c’est celui qui tient le gars qui accoste.

— Et qu’est-ce que je dois faire ? » interrogea encore Moses.

M. Filesi empoigna une barre avec laquelle il donna un coup sur la rambarde, pour l’effriter. Avec un morceau de ciment qui s’était détaché, il traça un X sur le goudron, à un pas et demi du rebord.

« Il faut que tu te mettes là et que tu ne bouges plus d’un pouce. (Il planta ses yeux dans les siens). Je peux avoir confiance en toi, Moses ?

— Je ne bougerai pas.

— Je te crois, fit M. Filesi. Moi je suis le mec qui accoste, et le mec qui accoste doit avoir confiance en son pilier. Bunny, il fait l’étai. Et mon copain Tony, il fait le pêcheur. Alors maintenant, on est une équipe. »

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