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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Ainsi en a-t-il décidé. Avec Jeanne, il ne tarde donc pas à rejoindre Clermont où ils vont devoir s’occuper seuls des fleurs et des légumes car Victor Caillibot, leur jardinier depuis des années, vient de les quitter. Qu’importe, ils bineront, sarcleront, repiqueront les pommes de terre et autres oignons. Louis s’offre aussi du bon temps en acceptant de monter dans le petit avion piloté par Olivier qui vient d’obtenir son brevet après les cours suivis à l’aéroclub de Nantes. Louis n’en mène pas large, mais il a confiance, posant mille questions de peur de ne pas revoir la terre ferme ! Au terme de ce périple au-dessus du château de Clermont, Olivier a la satisfaction d’entendre son père lui dire : « Tu pilotes très bien ! Je n’ai pas eu peur du tout  », même si Olivier ne peut s’empêcher de noter[535] qu’« à la descente de l’avion, je constatai tout de même que ses jambes avaient du mal à le guider jusqu’à la voiture ». Sans doute Louis a-t-il un peu la « trouille » mais il se rassure très vite quand il apprend que son fils est engagé à la Générale d’aviation, une société privée, avant de rejoindre Air Inter.

Ainsi, Louis se ressource en évitant autant qu’il le peut de céder à la tentation des invitations officielles. Il en profite pour aller faire une nouvelle escale en Tunisie où il prend quelques coups de soleil sur la plage de Bizerte. Il va discrètement au cinéma voir, par exemple, à quoi ressemblent Les Valseuses de Bertrand Blier. Un film qu’il sait osé et assez loin de ses goûts, mais qu’il trouve finalement formidable. Bref, tout va pour le mieux quand il fête en famille son soixantième anniversaire. Les avancées du Crocodile sont en bonne voie, et le 19 mars 1975 il déjeune avec Gérard Oury afin de régler les derniers détails et de peaufiner la distribution. Il sait qu’il sera prêt comme convenu pour la mi-mai d’autant que le médecin de la compagnie d’assurances chargé de veiller à sa bonne forme physique lui a trouvé une santé de jeune homme, balayant d’un trait ses inquiétudes sur ses fréquentes douleurs dans la poitrine. Toujours cette fichue aérophagie. Afin d’en avoir « le cœur net », Louis va tout de même consulter un cardiologue, qui confirme le diagnostic de son confrère, lui donnant par précaution son numéro de téléphone personnel… au cas où !

Le 21 mars au matin ses douleurs à la poitrine reprennent. Elles sont à ce point violentes qu’il se tient le thorax à deux mains. Sans perdre une seconde, Jeanne alerte le cardiologue, qui lui refait le coup de l’aérophagie. Elle n’en croit pas un mot et juge plus prudent d’appeler les pompiers qui, en moins de cinq minutes, sont rue Monceau. « Ils ne sont pas passés par la fac, comme l’écrit Patrick de Funès, mais comprennent l’évidence : c’est un infarctus[536]. » Immédiatement transporté dans l’unité des soins intensifs de l’hôpital Necker, Louis reprend peu à peu forme humaine sous l’effet d’anxiolytiques et autres médecines. Quand son fils Patrick arrive en début d’après-midi et s’informe de la situation, on ne lui cache pas que son père s’en est sorti in extremis. Dans sa chambre, Louis plaisante même en parlant de cet infarctus comme d’un « don du ciel ». Patrick et Jeanne font en sorte que personne, et surtout pas les journalistes et autres photographes, ne sache. Il n’empêche que la nouvelle s’ébruite, au point qu’on se décide à publier un communiqué officiel : «  M. Louis de Funès a été hospitalisé le 21 mars 1975 à l’unité des soins intensifs de la clinique cardiologique de l’hôpital Necker que dirige le professeur Jean Di Matteo. L’évolution de l’affaire est favorable. Un repos strict et prolongé est cependant nécessaire. Par conséquent toute visite est actuellement interdite.  » De fait, seuls son épouse et ses fils sont autorisés à le visiter. Jeanne dort dans sa chambre. Le malade reprend peu à peu du poil de la bête et Patrick s’en retourne retrouver son poste à Tunis. Le week-end de Pâques, alors que Jeanne souhaite partir dîner, Louis insiste pour qu’elle reste à ses côtés. Elle lui parle et puis, soudain, elle se rend compte qu’il ne lui répond plus et que son visage s’est crispé. Son tracé cardiaque devient irrégulier. L’interne de garde ne sait trop comment intervenir. Une injection de morphine ? Il assure ne pas pouvoir le faire sans l’ordre du chef de service — absent pour cause de congé pascal — et, sans la diligence d’une aide-soignante parvenant à joindre au téléphone un « homme de l’art » qui lui explique comment procéder pour le soulager, « la carrière et la vie de Louis de Funès s’arrêtaient le soir de Pâques 1975[537] ». Le plus célèbre comique de France sort victorieux de cette seconde attaque de justesse, mais son cœur a terriblement souffert. Du repos et encore du repos avant de sortir le 21 mai avec la satisfaction d’avoir reçu un coup de fil pour le moins inattendu. Celui du secrétaire général du Parti communiste français, Georges Marchais, lui aussi victime d’un accident cardiaque ! Remis sur pied, Louis part aussitôt se reposer à Clermont où tout, ou presque, lui est interdit. Pas de jardinage, pas de contrariétés, pas de colères… et, surtout, un régime alimentaire draconien. Pas de graisse, pas de sel, pas d’alcool, etc. En un mot, pas grand-chose à se mettre sous la dent. « Ils lui ont fait un régime vraiment très dur et même sans doute trop dur, souligne Olivier de Funès[538]. Je n’hésite même pas à affirmer qu’il a été très mal soigné.  »

Quand, quelque temps plus tard, Louis accepte de parler de cet épisode, il en sourit en racontant à Laurence Masurel[539] : « Je n’ai pas fait qu’un seul infarctus. Je ne devais pas avoir compris ce que c’était car [il éclate de rire] j’en ai eu un second. J’ai passé deux mois et demi à l’hôpital. J’ai découvert un monde fantastique de gentillesse : des médecins et des infirmières en or. Les deux professeurs qui m’ont soigné, les professeurs Di Matteo et Vacheron, ont été exceptionnels. Ils m’ont dit : “On vous a rattrapé par les cheveux.” Une façon comme une autre de dire que je reviens de loin. J’ai eu un peu peur, mais pas trop.  » Louis est vivant, mais il est considéré comme professionnellement mort. Plus question de faire le film de Gérard Oury, du moins dans l’immédiat. Le Crocodile prend l’eau de toutes parts. Qu’importe, le producteur Bertrand Javal va s’en tirer en investissant dans un autre projet qui lui vaudra une kyrielle de récompenses. Ce Cousin, cousine signé Jean-Charles Tacchella sauve sa situation financière au mépris de ce que peut bien en penser de Funès. Même mépris semble-t-il de la part de Gérard Oury, qui lui cherche un remplaçant. Il croit l’avoir trouvé en la personne du Britannique Peter Sellers, qui ne tiendra pas davantage le rôle du dictateur, victime lui aussi d’un malaise cardiaque. Bien sûr, Oury fait en sorte que cette démarche échappe à son « ami » qui, lorsqu’il va l’apprendre — dans ce métier tout finit par se savoir —, en prend sérieusement ombrage. De Funès et Gérard Oury ne tourneront plus ensemble, même si le réalisateur affirme par voie de presse lui conserver beaucoup d’affection. « La maladie de Louis — qui m’a bouleversé sur le plan amical — me fait perdre un an et demi de ma vie professionnelle. Mais j’ai d’autres idées, d’autres projets, d’autres contrats signés. Ma carrière peut prendre une autre direction. Mon vœu le plus cher reste néanmoins de pouvoir retravailler avec Louis de Funès  », écrit-il dans France-Soir[540]. Une envie. Un vœu bien pieux. Gérard Oury ne lui proposera jamais un autre sujet !

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535

Op. cit., p. 223.

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536

Op. cit., p. 232.

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537

Ibid., p. 234.

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538

Témoignage d’Olivier de Funès à l’auteur.

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539

In Paris-Match, article daté du 23 octobre 1976.

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540

Article paru le 17 juillet 1975.

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