Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Ka.
Ils étaient couchés, embrassés, à se prodiguer des baisers de braise mourante sous l’œil bienveillant de Félicia. Roland se sentait gagné par l’assoupissement. C’était compréhensible — une énorme pression s’était exercée sur lui cet été, et il avait mal dormi. Bien qu’il n’en sût encore rien, il s’apprêtait à mal dormir le reste de sa vie.
— Roland ? fit-elle d’une voix lointaine, et pourtant douce.
— Oui ?
— Tu vas prendre soin de moi ?
— Oui.
— Je ne pourrai pas aller à lui, une fois que le temps sera venu. Je pourrai supporter son contact et ses petits larcins — si je t’ai, toi, je le pourrai —, mais je ne pourrai pas aller à lui, la Nuit de la Moisson venue. J’ignore si j’ai oublié ou pas le visage de mon père, mais je ne pourrai point entrer dans le lit de Hart Thorin. Une fille a les moyens de dissimuler la perte de sa virginité, je crois, mais je ne veux pas y recourir. Je ne peux simplement pas entrer dans son lit.
— Très bien, dit-il. Bon, d’accord.
Puis, sous les yeux affolés de Susan, il se mit à observer les alentours. Personne. Il reporta son regard sur Susan, pleinement éveillé à présent.
— Quoi ? Qu’y a-t-il ?
— Je porte peut-être déjà un enfant de toi. Tu as pensé à ça ?
Non, l’idée ne l’avait pas effleuré. Maintenant il y pensait. Un enfant. Nouveau maillon de la chaîne qui se perdait en amont dans la pénombre où Arthur l’Aîné avait mené ses pistoleros à la bataille, Excalibur sa grande épée brandie au-dessus de sa tête et la couronne du Tout-Monde sur son front. Mais peu importe, qu’en dirait son père ? Ou Gabrielle, en apprenant qu’elle allait devenir grand-mère ?
Penser à sa mère effaça le petit sourire qui s’était formé aux coins de sa bouche. Il revit la marque d’amour sur son cou. Quand l’image de sa mère lui venait à l’esprit, ces temps, il songeait toujours à la marque qu’il avait vue sur son cou quand il était entré par surprise dans son appartement. Et le petit sourire mélancolique qu’elle avait eu.
— Si tu portes mon enfant, ce sera ma bonne fortune.
— Et la mienne aussi.
Ce fut son tour à elle de sourire, mais plein de tristesse il était, ce sourire.
— Nous sommes trop jeunes, je suppose. On est à peine plus vieux que des gosses.
Il roula sur le dos et fixa le ciel bleu, tout là-haut. Ce qu’elle disait pouvait bien être vrai, ça n’avait aucune espèce d’importance. La vérité n’avait parfois rien à voir avec la réalité — c’était l’une des certitudes qui gisaient au cœur caverneux de son moi divisé. Qu’il puisse s’élever au-dessus des deux et embrasser volontiers l’insanité du romanesque était un don qu’il tenait de sa mère. Sa nature était par ailleurs et en revanche totalement dénuée d’humour… et, ce qui était plus important peut-être, rétive à toute métaphore. Ils seraient trop jeunes pour être parents ? Et puis quoi encore ? S’il avait planté une graine, elle pousserait.
— Quoi qu’il arrive, nous ferons ce que nous devons faire. Et je t’aimerai toujours, quoi qu’il arrive.
Elle sourit. Il avait dit ça en homme énonçant un fait dans toute sa sécheresse : le ciel est en haut, la terre en bas, l’eau coule vers le sud.
— Roland, quel âge as-tu ?
Elle était parfois troublée par l’idée que, malgré sa propre jeunesse, Roland était encore plus jeune qu’elle. Quand il se concentrait sur quelque chose, il pouvait avoir l’air si dur qu’il lui faisait peur. Quand il souriait, il n’avait plus rien d’un amant et tout d’un frère cadet.
— Je suis plus vieux qu’à mon arrivée, dit-il. Beaucoup plus vieux. Et si je dois rester sous l’œil de Jonas et de ses hommes encore six mois, je clopinerai comme un vieillard cacochyme et il me faudra un sacré coup de main pour me hisser le cul sur ma selle.
L’image la fit rire et il l’embrassa sur le nez.
— Alors, tu prendras soin de moi ?
— Si fait, dit-il en lui rendant son sourire.
Susan opina et se laissa, elle aussi, aller sur le dos. Ils restèrent ainsi, côte à côte, à contempler le ciel au-dessus de leurs têtes. Elle lui prit la main et la posa sur son sein. Comme il en caressait la pointe du pouce, il se dressa, durcit et se mit à la picoter. Cette sensation glissa rapidement jusqu’à cet endroit de son corps qui palpitait entre ses jambes. Elle serra ses cuisses l’une contre l’autre pour découvrir avec un désarroi ravi que cela ne faisait qu’aggraver les choses.
— Il faut que tu t’occupes de moi, fit-elle à voix basse. J’ai tout misé sur toi. J’ai laissé tout le reste de côté.
— Je ferai de mon mieux, dit-il. N’en doute pas. Mais pour l’heure, Susan, il faut continuer comme tu l’as toujours fait. Nous avons encore un peu de temps devant nous. Je le sais, parce que Depape est de retour et aura rendu compte de sa mission, mais ils n’ont encore effectué aucune action contre nous. Quoi qu’il ait découvert, Jonas pense que c’est dans son intérêt d’attendre. Ce qui le rendra bien plus dangereux quand il se résoudra à agir, mais pour l’instant, on en est à jouer aux Castels.
— Mais après le Feu de Joie de la Moisson… Thorin…
— Tu n’entreras jamais dans son lit. Tu peux compter là-dessus. Je m’en porte garant.
Un peu choquée de sa propre audace, elle mit la main sous la ceinture de Roland.
— Voilà un garant que je suis toute prête à recevoir, si tu veux bien, dit-elle.
Il voulut bien. Il pouvait. Il le fit.
L’affaire terminée (pour Roland, la chose avait été encore plus douce que la première fois, si c’était possible), il lui demanda :
— Ce sentiment que tu as eu à Citgo, Susan… qu’on nous épiait. Tu as éprouvé la même chose, cette fois-ci ?
Elle le regarda longuement et pensivement.
— Je ne sais pas. J’avais l’esprit ailleurs, tu vois.
Elle le caressa gentiment et éclata de rire en le voyant sursauter. La place, mi-flasque, mi-dure, qu’elle avait effleurée de sa paume, recelait encore énormément de vigueur, semblait-il.
Elle retira sa main et leva les yeux vers la portion circulaire de ciel au-dessus de la saulaie.
— C’est si beau ici, murmura-t-elle en fermant les paupières.
Roland lui aussi se sentait glisser vers le sommeil. Quelle ironie ! songea-t-il. Cette fois, elle n’avait pas eu l’impression d’être épiée… mais lui, lors de leur deuxième étreinte, si. Et pourtant il aurait juré qu’il n’y avait personne à proximité de la saulaie.
Peu importe. La sensation, imaginaire ou réelle, l’avait quitté à présent. Il prit la main de Susan et sentit ses doigts s’entrelacer naturellement aux siens.
Il ferma les yeux.