Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
— Non, M’man, je vous estime bien haut, si fait, mais vaut toujours mieux jouer la sécurité. Tout ce que je voulais dire, c’est que les jours de chaleur, les servantes d’en bas, elles se rendent parfois dans le cabinet de couture prendre leur cinq-heures. Il se trouve juste dans l’ombre de la tour de guet, comme vous savez, alors c’est la pièce la plus fraîche de la maison — plus fraîche même que les pièces de réception.
— Je m’en souviendrai, dit Susan.
Elle songea à faire servir la Collation et tenir le Parloir dans le cabinet de couture, derrière les cuisines, le jour du Grand Jour, et pouffa derechef.
— Poursuivez.
— N’y a plus rien à dire, M’man, ajouta Maria, comme si tout le reste était d’une évidence qui ne méritait pas conversation.
— Les servantes mangent leurs gâteaux et laissent des miettes partout. À mon avis, Wolf les a flairées et cette fois-là, elles avaient laissé la porte ouverte. Quand il en a eu fini avec les miettes, il s’est attaqué à la robe. Pour plat de résistance, comme qui dirait.
Cette fois, elles éclatèrent de rire toutes les deux.
Mais elle ne riait plus quand elle rentra à la maison.
Cordélia Delgado, aux yeux de qui le plus heureux jour de sa vie serait celui où son encombrante nièce passerait la porte, l’ennuyeuse corvée de sa défloration enfin réglée, se leva d’un bond de sa chaise et courut à la fenêtre de la cuisine quand elle entendit un cheval approcher au galop : il y avait environ deux heures que Susan était partie avec ce petit bout de servante pour remettre en état l’une de ses robes. Elle ne doutait point que ce fût Susan qui revenait et non plus qu’il y eût quelque ennui à la clé. En temps ordinaire, cette stupide greluche n’aurait jamais poussé au galop l’un de ses chevaux favoris par une chaude journée.
Tout en se séchant nerveusement les mains, elle observa Susan arrêter Pylône dans un dérapage crissant, tout sauf delgadien, puis descendre de sa monture d’un saut, peu digne d’une « gente dame ». Sa tresse s’était à moitié dénattée, étalant à tout vent cette satanée blondeur qui faisait sa vanité (et sa malédiction). Elle était la pâleur même, la couleur qui enflammait ses pommettes exceptée. Cordélia n’aima pas voir là ces taches jumelles. Pat était rubicond au même endroit quand il était effrayé ou en colère.
Elle se tenait devant l’évier, se mordant les lèvres et s’occupant les mains. Oh, que ce serait bon de voir détaler pour de bon cette emmerderesse.
— Vous n’avez point fait de gâchis, hein ? murmura-t-elle entre ses dents, tandis que Susan retirait la selle de Pylône avant de le mener à l’écurie. Vaudrait mieux pour vous que non, Mamzelle Fraîche et Rose. Pas à une date aussi avancée. Vaudrait mieux que non.
Quand Susan entra vingt minutes plus tard, il n’y avait plus trace de rage ni de tension chez sa tante ; Cordélia les avait mis de côté, comme on range une arme dangereuse — une arme à feu, disons — sur la plus haute étagère d’un placard. Elle avait réintégré son fauteuil à bascule où elle tricotait et le visage qu’elle tourna vers Susan à son entrée affichait une sérénité de surface. Elle observa la jeune fille gagner l’évier, pomper de l’eau froide et s’en éclabousser la figure. Au lieu d’attraper une serviette pour s’en sécher à petits coups, Susan se contenta de regarder par la fenêtre avec une expression qui effraya grandement Cordélia. Là où Susan se figurait sans doute refléter hantise et désespoir, Cordélia ne décelait qu’entêtement puéril.
— Eh bien, Susan, dit-elle d’une voix calme et modulée.
La jeune fille ne saurait jamais l’effort que représentaient une telle maîtrise de ton ni celui fourni pour la conserver. À moins de se trouver elle-même un jour confrontée à une adolescente butée.
— Qu’est-ce qui te fâche de la sorte ?
Susan se retourna vers elle — Cordélia Delgado, assise dans son fauteuil, d’un calme olympien. À cet instant, Susan sentit qu’elle pourrait se jeter sur sa tante et lui labourer le visage de ses ongles, ce maigre visage d’hypocrite, en hurlant c’est votre faute ! Votre faute ! Entièrement votre faute ! Elle se sentait salie — non, le mot n’était pas assez fort ; elle se sentait souillée et pourtant, rien n’était vraiment arrivé. En un sens, c’était bien là l’horrible de la chose. Rien n’était arrivé encore.
— Ça se voit ? fut tout ce qu’elle se borna à dire.
— Bien sûr que ça se voit, répliqua Cordélia. Maintenant, dis-moi, ma petite. Il est monté sur toi ?
— Oui… non… non…
Tante Cord assise dans son fauteuil, le tricot sur les genoux, haussa le sourcil, attendant la suite.
Susan finit par lui raconter ce qui s’était passé, d’une voix blanche de bout en bout — mis à part un léger tremblement sur la fin, mais ce fut tout. Tante Cord ressentit une sorte de soulagement prudent. Peut-être tout cela se résumait-il à la nervosité d’une oie blanche, en fin de compte !
La robe de remplacement, comme toutes les autres, n’était pas terminée : il y avait trop à faire par ailleurs. Maria avait donc confié Susan à Conchetta Morgenstern, la couturière en chef à face en lame de couteau, qui l’avait emmenée dans l’atelier d’en bas sans dire un mot — si le silence était d’or, Susan s’était fait parfois la réflexion que Conchetta serait aussi riche que la sœur du Maire avait réputation de l’être.
La Bleue avec Perles était drapée sur un mannequin de couturière, tapi dans un renfoncement bas de plafond, et même si Susan apercevait des endroits déchirés à l’ourlet et un petit trou dans le dos, la robe n’avait rien de la ruine en lambeaux à laquelle elle s’attendait.
— On ne peut point la récupérer ? demanda-t-elle assez timidement.
— Non, la coupa Conchetta. Ôtez-moi ces pantalons, ma fille. Et la chemise, aussi.
Susan fit ce qu’on lui ordonnait, restant pieds nus dans la petite pièce fraîche, couvrant sa poitrine de ses bras croisés… bien que Conchetta n’ait manifesté aucun intérêt pour ses appâts, ni au recto, ni au verso.
La Bleue avec Perles devait être remplacée par la Rose avec Appliques, à ce qu’il semblait. Susan l’enfila par le bas, bretelles comprises. Elle patienta stoïquement tandis que Conchetta se penchait, mesurait, marmonnait entre ses dents, parfois inscrivant à la craie des chiffres sur une pierre du mur, parfois attrapant un pan d’étoffe qu’elle plaquait sur la hanche ou la taille de Susan, vérifiant l’effet dans la psyché au fond de l’atelier. Comme toujours, durant ce cérémonial, l’esprit de Susan se mit à vagabonder où bon lui semblait. Et où bon lui semblait, ces jours, c’était fréquemment la rêverie éveillée d’une chevauchée le long de l’Aplomb avec Roland, les deux galopant côte à côte, pour finir par aller s’arrêter dans une saulaie qu’elle connaissait et qui surplombait Hambry Creek.
— Tenez-vous aussi tranquille que possible, dit Conchetta sèchement. Je reviens.
Susan eut à peine conscience de son départ, était à peine consciente de se trouver dans la Maison du Maire. La part d’elle-même qui importait vraiment n’était pas là. Mais dans la saulaie avec Roland. Elle parvenait à sentir la fragrance mi-douce mi-âcre des arbres et à entendre le babil tranquille du ruisseau tandis qu’ils s’étendaient front contre front. Il redessinait de ses paumes la forme de son visage avant de la prendre dans ses bras…
L’illusion était si forte qu’au début Susan répondit à la pression des bras qui s’enroulèrent autour de sa taille par-derrière, lui cambrant le dos et lui caressant le ventre avant de monter lui prendre les seins. Puis elle entendit à son oreille une sorte de souffle laborieux, de reniflement parfumé au tabac et comprit ce qui se passait. Ce n’était pas Roland qui lui touchait les seins, mais les longs doigts osseux de Hart Thorin. Elle jeta un coup d’œil dans le miroir et l’aperçut planant au-dessus de son épaule gauche tel un incube. Les yeux lui sortaient de la tête, son front était couvert de grosses gouttes de sueur, malgré la fraîcheur de la pièce, et il avait la langue pendante, tel un chien mort de soif. La révulsion lui monta à la gorge comme un goût d’aliment avarié. Elle tenta de se dégager, mais Thorin resserra sa prise et l’attira contre lui. Ses jointures craquaient de façon obscène et elle sentait maintenant la bosse durcie qu’il avait à mi-hauteur du corps.