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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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Sur le coup de trois heures du matin, alors qu’il allait tourner bride et rentrer au Bar K, il entendit un roulement de sabots s’approcher à vive allure, venant de l’ouest. Sans réfléchir à l’importance de sa décision, Roland changea de cap avant d’arrêter Flash derrière une succession de haies, laissées à l’abandon. Pendant dix bonnes minutes, le bruit des sabots continua d’enfler, les sons portaient loin dans le calme profond du petit matin, et cela suffit à Roland pour pressentir qui chevauchait à bride abattue vers Hambry, deux heures avant l’aube. Et il ne se trompait pas. La lune s’était couchée, mais il n’eut aucun mal, cependant, malgré les interstices encombrés de ronces de la haie, à reconnaître Roy Depape. Au lever du jour, les Grands Chasseurs du Cercueil seraient à nouveau trois.

Roland, remettant Flash dans sa direction initiale, courut rejoindre ses amis.

CHAPITRE 10

Oiseau et ours, lièvre et poisson

1

Le jour le plus important de l’existence de Susan Delgado — celui où sa vie pivota sur son axe — survint environ deux semaines après sa promenade au clair de lune dans le pétroléum avec Roland. Depuis lors, elle ne l’avait pas revu plus de cinq six fois, toujours à distance, et ils s’étaient salués de la main comme le font de lointaines connaissances qui, vaquant à leurs occupations, se trouvent brièvement en contact. Chaque fois que cela se produisait, Susan ressentait la douleur d’un couteau qu’on retournait dans la plaie… et même si c’était faire preuve de cruauté, elle espérait que Roland ressentait la même chose. Le malheur de ces deux semaines avait eu quelque chose de bon : sa grande crainte — à savoir que des racontars ne courent sur son compte et celui qui se faisait appeler Will Dearborn — avait diminué. Et elle se découvrit vraiment marrie de ce reflux. Racontars ? Quels racontars ? Il n’y avait pas matière à en faire.

Puis, le jour où la Lune du Colporteur cédait la place à celle de la Chasseresse, le ka finit par survenir et tout balayer sur son passage — veaux, vaches, cochons, couvée. Cela commença par quelqu’un qui toqua à la porte.

2

Elle terminait la lessive — corvée ménagère des plus légères, étant donné qu’elle se limitait au linge des deux femmes — quand on frappa.

— Si c’est le chiffonnier, envoyez-le paître, voulez-vous ! s’était écriée Tante Cord de l’autre pièce, où elle retapait les lits.

Or, ce n’était pas le chiffonnier. Mais Maria, sa camériste de Front de Mer, l’air chagrin. La deuxième robe que Susan devait porter le Jour de la Moisson — celle en soie prévue pour la Collation et le Parloir qui la suivait — était gâtée, lui dit Maria et elle était en peine, suite à ça. Elle serait renvoyée au Gué d’Onnie avec un peu de malchance, et dire qu’elle était le seul soutien de ses parents — oh, c’était dur, beaucoup trop dur, si fait. M’man, pouvez-vous venir ? S’il vous plaît.

Susan ne fut que trop heureuse de la suivre — elle l’était toujours de quitter la maison, ces jours, loin de la voix acariâtre et querelleuse de sa tante. Plus la Moisson se rapprochait, moins Susan et Cordélia pouvaient se supporter, semblait-il.

Elles prirent Pylône qui eut l’heur de transporter deux jeunes filles en croupe dans la fraîcheur matinale. Maria eut tôt fait de narrer son histoire. Susan comprit très vite que la situation de Maria à Front de Mer n’était pas vraiment en péril ; la petite bonne brune avait simplement succombé à son penchant inné (et plutôt charmant) à faire un drame de trois fois rien.

La deuxième robe de la Moisson (que Susan appelait la Bleue avec Perles ; la première, celle du petit déjeuner, c’était la Blanche à Taille Haute et à Manches Bouffantes) avait été séparée des autres — elle réclamait encore un peu de travail — et quelque chose s’était faufilé dans le cabinet de couture du rez-de-chaussée et l’avait mise en lambeaux ou quasi, à coups de dents. S’il s’était agi de la tenue qu’elle devait arborer lors du feu de joie ou encore de celle qu’elle devait porter au cours du bal qui suivait, l’affaire aurait été grave, en effet. Mais la Bleue avec Perles n’était qu’une simple robe de réception améliorée pour la circonstance et pouvait être aisément remplacée dans les deux mois qui restaient avant la Moisson. Deux mois seulement ! Naguère — le soir où la vieille sorcière lui avait octroyé ce délai —, ça lui avait paru des siècles avant qu’elle ne prenne du service dans le lit du Maire Thorin. Et il ne lui restait plus maintenant que deux mois ! À cette idée, elle se tortilla, sous le coup d’une protestation involontaire.

— M’man ? s’enquit Maria.

Susan n’avait pas voulu se laisser appeler sai et Maria, qui paraissait incapable de s’adresser à sa maîtresse par son prénom, s’était rabattue sur ce compromis. Susan trouvait ça très amusant, étant donné qu’elle avait à peine seize ans et Maria, deux, trois ans de plus qu’elle.

— Ça va, M’man ?

— À part un tour de reins, tout va, Maria.

— Si fait, j’en ai aussi. Plutôt mauvais que c’est, pour sûr. Trois de mes tantes sont mortes du mal dévastateur et quand je me sens que ça élance, j’ai toujours la peur que…

— Quel animal a mis en pièces la Robe Bleue ? Vous le savez ?

Maria se pencha pour chuchoter sur le ton de la confidence à l’oreille de sa maîtresse, comme si elles se trouvaient sur une place de marché bondée, au lieu d’être en route pour Front de Mer.

— À ce qu’on avance, un raton laveur est entré par une fenêtre qu’on l’avait ouverte pendant la journée à cause de la chaleur et qu’on avait oublié de la refermer, mais j’ai bien reniflé cette pièce, et Kimba Rimer aussi, quand il est venu inspecter. Juste avant qu’il m’ait envoyée chercher après vous, en fait.

— Et qu’avez-vous senti ?

Maria se pencha à nouveau tout près et, cette fois, elle murmura carrément, bien qu’il n’y eût personne à l’écoute sur la route :

— Le pet de chien.

Un silence assourdissant suivit, puis Susan se mit à rire. Elle rit à en avoir mal au ventre, les larmes lui dégoulinant sur les joues.

— Êtes-vous en train de me dire que c’est W-W-Wolf… le propre chien du Maire… qui est descendu dans le cabinet de couture et a déchiqueté ma ro… ma ro…

Mais elle ne put achever. Elle riait trop fort.

— Si fait, dit Maria d’un ton affirmatif.

Elle semblait ne rien trouver d’inhabituel aux éclats de rire de Susan… c’était d’ailleurs l’une des choses que Susan aimait chez elle.

— Mais il faut point lui tenir grief, comme j’ai dit, car un chien suivra toujours son instinct, si on lui facilite la chose. Les servantes d’en bas…

Elle s’interrompit.

— Vous irez point répéter ça au Maire ou à Kimba Rimer, je suppose, M’man ?

— Maria, je suis outrée — vous m’estimez bien bas.

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