Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Par moments, ces dernières semaines, Susan s’était laissée aller à espérer que l’instant venu, Thorin serait incapable… d’enfourner du fer à la forge. Elle avait entendu dire que cela arrivait souvent aux hommes quand ils prenaient de l’âge. La colonne rigide et palpitante érigée contre ses fesses la désabusa bien vite de cette idée reçue.
Elle avait alors fait preuve d’un minimum de diplomatie en posant ses mains sur les siennes pour tâcher de lui faire lâcher ses seins au lieu de tenter de s’arracher à son étreinte une fois encore (Cordélia, impassible, ne trahit rien de l’intense soulagement que cela lui procura).
— Maire Thorin — Hart — vous ne devez point — ce n’est pas vraiment l’endroit et point encore l’heure — Rhéa a dit…
— Merde à elle et à toutes les sorcières !
Ses intonations policées et cultivées avaient cédé la place à l’accent à couper au couteau d’un garçon de ferme sorti d’une bourgade aussi reculée que le Gué d’Onnie.
— Faut que j’aie quelque chose, comme qui dirait un bonbon, si fait. Au cul, la sorcière, je te dis ! Fait chier, la vieille chouette !
Les relents de tabac montaient à la tête de Susan qui se dit qu’elle allait vomir si elle devait les inhaler plus longtemps.
— Tiens-toi tranquille, ma fille. Tiens-toi tranquille, ma tentation. Sois gentille avec moi !
Et en un sens elle obtempéra. Et même une part lointaine de son esprit, se confondant avec son instinct de conservation, espéra qu’il confondrait ses frissons de dégoût avec l’excitation d’une vierge. Il la tenait serrée fort contre lui, ses mains s’activant avec énergie sur ses seins et sa respiration, un soufflet de forge puant, dans son oreille. Elle resta dos à lui, les yeux clos, des larmes lui perlant au bord des paupières, à la frange des cils.
Cela ne lui prit point trop de temps. Il se balançait d’avant en arrière, gémissant comme s’il souffrait de crampes d’estomac. À un moment donné, il lui lécha le lobe de l’oreille et Susan crut que des pieds à la tête sa chair allait se flétrir sous l’effet de la répulsion. Enfin, dieux merci, elle le sentit se mettre à décharger contre elle.
— Si fait, crache ton venin, sacrebleu ! fit-il en glapissant.
Et il poussa si fort qu’elle dut s’arc-bouter contre le mur des deux mains pour éviter d’aller donner dedans, tête la première. Puis il fit enfin machine arrière.
Un instant, Susan resta dans la même position, la paume de ses mains contre la pierre rugueuse et froide du mur du cabinet de couture. Elle apercevait Thorin dans le miroir et cette image était celle du destin ordinaire et funeste qui accourait à sa rencontre et dont elle ne venait d’avoir qu’un avant-goût : la fin de son enfance, la fin de toute romance, la fin des rêves où elle et Roland étaient couchés dans la saulaie, front contre front. L’homme dans le miroir ressemblait bizarrement à un petit garçon, lui aussi, qui venait de faire quelque chose qu’il n’irait point raconter à sa mère. Tout comme un grand dadais à la tignasse étrangement grise, aux épaules étroites agitées de soubresauts, avec une tache humide sur le devant de son pantalon. Hart Thorin avait l’air de ne plus très bien savoir où il se trouvait. À cet instant précis, si la luxure avait déserté son visage, l’hébétement qu’on lisait à la place ne valait guère mieux. Il avait tout d’un baquet percé : peu importe ce dont on le remplissait, il se vidait en un clin d’œil.
Il recommencera, songea-t-elle, sentant en même temps une immense lassitude la gagner. Maintenant qu’il l’a fait une fois, il le refera à la moindre occasion, c’est probable. Dorénavant, venir ici, ce sera comme… eh bien…
Comme jouer une partie de Castels.
Thorin la contempla encore un moment. Lentement, tel un homme en état de rêve, il sortit les pans de sa chemise blanche bouffante de son pantalon, les laissant retomber autour de sa taille comme une jupe pour camoufler la tache compromettante. Il avait le menton luisant de bave, l’un des effets de son excitation. Il parut le sentir et s’essuya d’un revers de main, sans cesser de fixer Susan d’un œil vide. Puis son regard retrouva une étincelle de vivacité et sans ajouter un mot, il quitta la pièce.
Il y eut un choc sourd et une petite échauffourée dans le couloir où il heurta quelqu’un. Susan l’entendit marmonner « Pardon ! Pardon ! » entre ses dents (il ne l’avait pas gratifiée d’autant d’excuses, marmonnées ou pas), et puis Conchetta rentra dans l’atelier. Le coupon de tissu qu’elle était allée chercher était drapé autour de ses épaules comme une étole. Elle remarqua aussitôt la pâleur de Susan et ses joues barbouillées de larmes. Elle ne dira rien, songea Susan. Personne ne soufflera mot ni ne lèvera le petit doigt pour m’aider à me tirer du bourbier dans lequel je me suis fourrée. « Tu l’as forgée, toi-même, ta cage, ma gueuse », me dirait-on si jamais je réclamais de l’aide et ça leur servirait d’excuse pour m’y laisser croupir toute seule.
Mais Conchetta l’avait surprise.
— La vie est dure, mamzelle, pour sûr. Mieux vaut s’y faire.
La voix de Susan — sèche, dénuée d’émotion à présent — se tut enfin. Tante Cord posa son ouvrage, se leva et mit la bouilloire pour le thé à chauffer.
— Vous dramatisez, Susan, fit-elle, s’efforçant d’exprimer bonté et sagesse, et échouant lamentablement. C’est un trait de caractère qui vient de vos ascendants de Manchester — la moitié d’entre eux s’imaginaient poètes, l’autre moitié peintres, et presque tous passaient leurs nuits, trop soûls même pour danser des claquettes. Il a peloté vos lolos et tiré un coup à blanc, c’est tout. Pas de quoi se tournebouler les sangs. Il n’y a point là non plus de quoi perdre le sommeil.
— Qu’est-ce que vous en savez, d’abord ? demanda Susan.
C’était irrespectueux, mais elle s’en moquait éperdument. Elle jugeait qu’elle avait atteint un point où elle pourrait supporter n’importe quoi de sa tante sauf le ton condescendant de celle qui sait comment va le monde. Ça l’ulcérait comme une écorchure à vif.
Cordélia haussa les sourcils et continua à s’exprimer sans rancune aucune.
— Comme tu te régales de me lancer ça à la tête ! Tante Cord, ce vieux fruit sec. Tante Cord, la vieille fille. Tante Cord, la vierge grisonnante. Si fait ? Eh bien, Mamzelle Fraîche et Rose, vierge je pourrais être, mais j’ai eu un ou deux amants quand j’étais jeune… avant que le monde ait changé, pourrait-on dire. Et peut-être bien que l’un d’eux était le grand Fran Lengyll en personne.
Et peut-être bien que non, songea Susan ; Fran Lengyll avait quinze bonnes années de plus que Tante Cord, si ce n’était pas vingt-cinq.