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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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Et comment il y arriva ; la vitesse à laquelle elle sombra lui confirma que Susan avait déjà été soumise à l’hypnose, et tout récemment encore. Cependant, il n’arrivait pas à obtenir ce qu’il voulait d’elle. Elle avait beau se montrer parfaitement coopérative (encore une de portée sur le roupillon, aurait dit Cort), elle ne pouvait dépasser un certain point. Ça n’avait rien à voir ni avec la bienséance ni avec la modestie — car, devant le ruisseau, les yeux grands ouverts et profondément endormie, elle lui avait narré d’un ton calme et détaché l’examen corporel de la vieille et comment Rhéa avait voulu « fricoter avec elle » (entendant cela, Roland avait serré si fort les poings qu’il s’était enfoncé les ongles dans les paumes). Mais elle butait ensuite sur un point qu’elle n’arrivait plus à se remémorer.

Rhéa et elle avaient gagné le seuil de la masure, lui dit Susan, et elles étaient restées là sous la clarté de la Lune des Baisers. La vieille lui avait touché les cheveux, Susan s’en souvenait. Cette caresse l’avait révoltée, surtout venant après celles qui avaient précédé, mais Susan n’avait rien pu faire pour s’y opposer. Elle avait les bras trop lourds pour les lever, la langue trop chargée pour dire quoi que ce soit. Elle n’avait pu que demeurer immobile tandis que la mégère lui chuchotait à l’oreille.

— Quoi donc ? demanda Roland. Qu’est-ce qu’elle t’a chuchoté ?

— Je ne sais, dit Susan. Ensuite, je ne vois que du rose.

— Du rose ? Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Du rose, répéta-t-elle.

Elle eut un ton presque amusé, comme si elle pensait que Roland le faisait exprès.

— Elle m’a dit : « si fait, ma jolie, comme ça, t’es une bonne fille », puis tout le reste est rose. Rose et brillant.

— Brillant ?

— Si fait, comme la lune. Et puis… (Elle marqua un temps.) Alors, j’ai cru que je devenais la lune. La Lune des Baisers, peut-être bien. Une Lune des Baisers rose et brillante, ronde et pleine comme un pomélo.

Il tâcha de lui déverrouiller la mémoire d’une autre manière, mais sans succès — chaque voie qu’il empruntait se terminait dans cette brillance rose qui occultait d’abord son souvenir, puis fusionnait en une pleine lune. Cela ne signifiait rien pour Roland, qui avait déjà entendu parler de lunes bleues, mais de roses jamais. La seule chose dont il ne doutait pas, c’était que la vieille femme avait donné à Susan l’injonction puissante d’oublier.

Il envisagea d’aller fouiller plus profond — elle suivrait —, mais n’osa pas. La majeure partie de son expérience venait de ses séances d’hypnose sur ses amis — exercices d’écolier qui tournaient à la farce et occasionnellement au grand frisson. Cort ou Vannay avaient toujours été présents pour redresser les choses si jamais elles déviaient. À présent, il n’y avait aucun maître pour s’interposer ; pour le meilleur ou pour le pire, on avait laissé aux élèves la responsabilité de l’école. Et s’il l’entraînait profond et ne pouvait plus la récupérer ? On lui avait enseigné aussi qu’il y avait des démons dans l’infra-esprit. Si on descendait à leur niveau, ils sortaient parfois de leurs grottes pour venir à votre rencontre…

Toute autre considération mise à part, il se faisait tard. Ce ne serait pas prudent de rester ici plus longtemps.

— Susan, tu m’entends ?

— Si fait, Roland, je t’entends très bien.

— Bon, je vais te dire une petite poésie. Tu te réveilleras pendant que je te la dirai. Quand j’aurai fini, tu seras complètement éveillée et tu te souviendras de tout ce que nous avons dit. Tu comprends ?

— Si fait.

— Alors, écoute : oiseau et ours, lièvre et poisson, accordez à mon aimée son vœu le plus profond.

Son sourire, tandis qu’elle retrouvait une pleine conscience, fut l’une des plus belles choses qu’il eût jamais vues. Elle s’étira, puis, lui nouant les bras autour du cou, couvrit son visage de baisers.

— Ah, toi, toi, toi, toi, fit-elle. C’est toi, mon vœu le plus profond, Roland. Le seul. Toi et encore toi, pour toujours et encore toujours.

Ils refirent l’amour sur la rive du ruisseau babillard, en s’étreignant de toutes leurs forces, leurs bouches buvant leurs souffles respectifs. Toi, toi, toi, toi.

13

Vingt minutes plus tard, il la hissait sur le dos de Félicia. Susan se pencha, prit son visage dans ses mains et l’embrassa longuement.

— Quand te reverrai-je ? demanda-t-elle.

— Bientôt. Mais il nous faut être prudents.

— Si fait. Plus prudents qu’aucuns amants ne l’ont jamais été, d’après moi. Dieux merci, tu es habile.

— On peut se servir de Sheemie, si ce n’est point trop souvent.

— Si fait. Dis-moi, Roland, tu connais le pavillon du Cœur Vert ? Près de l’endroit où l’on sert du thé et des petits gâteaux quand il fait beau ?

Roland dit que oui. Cinquante mètres plus haut dans Hill Street que la prison et la Salle Municipale, le Cœur Vert était l’un des lieux les plus agréables de la ville, avec ses allées pittoresques, ses tables abritées de parasols, sa ménagerie et son pavillon de danse verdoyant.

— Il y a une paroi rocheuse au fond, dit-elle. Entre le pavillon et la ménagerie. Si je te manque beaucoup…

— Tu me manqueras toujours beaucoup… dit-il.

Elle sourit devant tant de gravité.

— Il y a une pierre rougeâtre presque en bas. Tu trouveras. Mon amie Amy et moi, on s’en servait pour se laisser des messages quand on était petites filles. J’irai y regarder chaque fois que je pourrai. Tu n’auras qu’à faire pareil.

— Si fait.

Sheemie ferait l’affaire un temps s’ils se montraient prudents. La pierre rouge, également. Mais ils auraient beau être aussi prudents qu’on veut, ils commettraient une bévue plus tôt que prévu, car les Grands Chasseurs du Cercueil en savaient probablement plus sur Roland et ses amis que Roland ne l’aurait souhaité. Mais il fallait qu’il la revoie, peu importaient les risques. Dans le cas contraire, il sentait qu’il pourrait en mourir. Et il lui suffisait de la regarder pour savoir qu’elle était dans le même état d’esprit.

— Faudra faire tout spécialement attention à Jonas et aux deux autres, dit-il.

— Je m’en méfierai. Encore un baiser, tu veux bien ?

Il l’embrassa de bon cœur et l’aurait descendue d’aussi bon cœur du dos de sa jument pour un quatrième tour de manège… mais le temps du délire était passé, celui de la prudence devait lui succéder.

— Porte-toi bien, Susan. Je…

Il s’arrêta là pour mieux sourire.

— Je t’aime.

— Je t’aime aussi, Roland. Tout mon cœur est à toi.

Elle avait le cœur grand, songea-t-il tandis qu’elle se faufilait entre les saules, et déjà il sentait son fardeau peser sur le sien. Il attendit d’être certain qu’elle fût loin. Alors il alla chercher Flash et partit dans la direction opposée. Il savait qu’une nouvelle — et dangereuse — phase de jeu avait commencé.

14

Peu après la séparation de Susan et de Roland, Cordélia Delgado sortait du magasin général d’Hambry, avec une caisse de provisions et l’esprit troublé. C’était bien entendu Susan, comme toujours, qui lui troublait l’esprit, tout comme la crainte de Cordélia que la jeune fille ne fasse une bêtise avant la Moisson ne fût finalement confirmée.

Elle fut arrachée de ces pensées par des mains — robustes, ces mains — qui arrachèrent la caisse de provisions des siennes. Cordélia eut un croassement de surprise et, mettant sa main en visière contre le soleil, aperçut Eldred Jonas qui lui souriait, planté entre les totems de l’Ours et de la Tortue. Ses longs cheveux blancs (si beaux, aux yeux de Cordélia) lui tombaient sur les épaules. Cordélia sentit son cœur battre un peu plus vite. Elle avait toujours eu un faible pour les hommes tels que Jonas, qui pouvaient sourire et pousser le badinage jusqu’aux extrêmes limites de l’osé… tandis que leur corps restait au garde-à-vous comme une lame dans son fourreau.

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