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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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— J’ai senti le bouc du vieux Tom par-derrière une fois ou deux, Susan. Si fait, et par-devant itou.

— Mais est-ce qu’un seul de vos amants avait soixante ans, mauvaise haleine et des jointures qui craquaient quand il vous pelotait les seins, ma tante ? Est-ce que l’un d’eux a failli vous faire passer à travers le mur quand le bouc du vieux Tom s’est mis à frétiller de la barbichette en faisant bêe-bêe-bêe ?

L’explosion de colère qu’elle attendait ne vint pas. Ce qui vint par contre fut pire — elle surprit sur le visage de sa tante la même expression vide que sur celui de Thorin entrevu dans le miroir.

— Ce qui est fait est fait, Susan.

Un sourire atroce voltigea le temps d’un battement de cils sur l’étroit visage de sa tante.

— Pour sûr, ce qui est fait est fait.

Susan s’écria presque de terreur :

— Mon père aurait détesté tout ceci ! Oui, détesté ! Et vous aurait détestée pour avoir laissé la chose arriver ! Pour l’avoir encouragée à se produire !

— Ça se pourrait, fit Tante Cord, et l’atroce sourire clignota une fois encore. S’pourrait bien qu’oui. Et la seule chose qu’il détesterait encore plus ? Le déshonneur attaché à une promesse non tenue, la honte d’une fille sans foi. Il voudrait que tu ailles jusqu’au bout, Susan. Si tu veux te rappeler son visage, tu dois aller jusqu’au bout.

Susan la regarda, sa bouche réduite à une moue tremblante, ses yeux à nouveau pleins de larmes. J’ai rencontré quelqu’un que j’aime ! Voilà ce qu’elle lui aurait dit si elle l’avait pu. Vous ne comprenez pas que ça change tout ? J’ai rencontré quelqu’un que j’aime ! Mais si Tante Cord avait été le genre de personne à laquelle elle aurait pu dire une chose pareille, Susan ne se serait probablement jamais retrouvée épinglée dans un tel guêpier pour commencer. Aussi se détourna-t-elle et sortit-elle de la maison d’un pas chancelant, sans un mot, la vision brouillée par les larmes qui teintaient les couleurs de cette fin d’été d’une nuance lugubre.

6

Elle chevauchait sans trop savoir où elle allait, cependant une part d’elle-même devait avoir une destination très précise en tête, car quarante minutes après avoir quitté la maison, elle se retrouva à proximité de la saulaie qui avait servi de décor à son rêve éveillé quand Thorin s’était faufilé derrière elle comme le méchant lutin d’un conte de bonne femme.

Il régnait une fraîcheur bienfaisante parmi les saules. Susan attacha Félicia (qu’elle avait montée à cru) à une branche, puis traversa lentement la petite clairière qui se trouvait au cœur de la saulaie. Ici coulait le ruisseau et elle s’assit sur la mousse élastique qui tapissait la clairière. Qu’elle se soit rendue ici était l’évidence même, c’était dans cette clairière qu’elle s’était réfugiée avec ses joies et ses chagrins secrets depuis qu’elle l’avait découverte à l’âge de huit ou neuf ans. C’était ici qu’elle était venue, encore et encore, pendant les journées interminables qui avaient suivi la mort de son père, quand il lui avait semblé que le monde même — la vision qu’elle en avait, du moins — avait disparu avec Pat Delgado. Seule cette clairière avait entendu la pleine et douloureuse mesure de son chagrin ; elle l’avait confié au ruisseau et le ruisseau l’avait emporté dans son flux.

Elle fut bientôt prise d’une nouvelle et abondante crise de larmes. La tête posée sur les genoux, elle pleura à chaudes larmes — à gros sanglots sonores, peu dignes d’une « gente dame » et fort proches des croassements d’une chamaillerie de corbeaux. À ce moment, elle songeait qu’elle aurait donné n’importe quoi — tout — pour que son père soit de retour une seule minute pour lui demander si elle devait aller jusqu’au bout.

Elle pleurait au-dessus du ruisseau quand elle entendit une branche casser avec un bruit sec ; elle sursauta et regarda par-dessus son épaule, pleine de terreur et de chagrin. C’était son jardin secret et elle ne voulait pas qu’on la découvrît là, en particulier pas quand elle braillait comme une gosse qui avait fait poum sur la tête. Nouveau craquement de branche. Décidément, il y avait quelqu’un ici et qui envahissait son sanctuaire au pire moment qui fût.

— Allez-vous-en ! cria-t-elle d’une voix enchifrenée par les larmes qu’elle eut du mal à reconnaître. Allez-vous-en, qui que vous soyez, n’insistez point, soyez aimable et laissez-moi tranquille !

Mais la silhouette de l’intrus — elle la distinguait maintenant — continuait d’avancer. Quand elle reconnut de qui il s’agissait, elle songea d’abord que Will Dearborn (Roland, se dit-elle, son vrai nom, c’est Roland) devait être une création de son imagination survoltée. Elle n’eut la pleine certitude de sa présence en chair et en os que lorsqu’il s’agenouilla et la prit dans ses bras. Alors elle l’étreignit avec panique.

— Comment avez-vous su…

— Je vous ai vue passer à cheval sur l’Aplomb. Je me trouvais à l’endroit où je vais parfois pour réfléchir et je vous ai aperçue. Je ne vous aurais pas suivie si je n’avais pas remarqué que vous montiez à cru. J’ai pensé que quelque chose n’allait pas.

— Rien ne va.

Les yeux grands ouverts et graves, il commença délibérément à l’embrasser. Il avait couvert plusieurs fois de baisers ses deux joues avant qu’elle comprenne que c’était sa façon à lui de sécher ses larmes. Puis, la prenant par les épaules, il la tint à distance pour la fixer bien au fond des yeux.

— Redites-le-moi, Susan, et je le ferai. J’ignore si c’est une promesse que je vous fais ou un avertissement que je vous donne, ou bien les deux en même temps, mais… si vous me le redites, je le ferai.

Inutile de lui demander ce qu’il entendait par là. Il lui sembla que le sol se dérobait sous elle, et, plus tard, elle songerait que c’était la première et unique fois de sa vie où elle avait vraiment senti le ka, ce vent qui ne soufflait pas du ciel, mais de la terre. Il est venu à moi, après tout, se dit-elle. Mon ka, pour le meilleur ou pour le pire.

— Roland !

— Oui, Susan.

Elle porta sa main sous la boucle de la ceinture du garçon et s’empara de ce qui s’y trouvait, sans le quitter des yeux.

— Si vous m’aimez, alors aimez-moi jusqu’au bout.

— Si fait, gente dame. Ainsi ferai-je.

Il déboutonna sa chemise, tissée dans une partie de l’Entre-Deux-Mondes qu’elle ne verrait jamais, et la prit dans ses bras.

7

Ka :

Ils s’aidèrent mutuellement à se dévêtir, puis s’étendirent, nu à nue, dans les bras l’un de l’autre, sur la mousse d’été aussi moelleuse que le plus fin duvet. Leurs fronts se touchaient, comme dans son rêve éveillé, et quand il trouva passage en elle, Susan ressentit une douleur qui se fondit en une douceur d’herbe sauvage et exotique que l’on ne peut goûter qu’une seule fois dans son existence. Elle retint ce goût aussi longtemps qu’elle le put, mais la douceur finit par tout envahir et elle lui céda, avec de profonds gémissements de gorge et en frottant ses avant-bras contre le cou de Roland. Ils firent l’amour dans la saulaie, toute question d’honneur mise de côté, promesses non tenues sans un regard en arrière, et à la toute fin, Susan découvrit autre chose encore, outre la douceur : une sorte de délire débutant en tension nerveuse dans cette partie d’elle qui s’était ouverte devant lui comme une fleur, avant de gagner tout son corps qu’elle emplit. Elle cria encore et encore, songeant qu’il ne pouvait y avoir de plaisir plus grand en ce monde mortel ; elle en mourrait. Roland ajouta sa voix à la sienne et le gazouillis de l’eau sur les cailloux se lova autour d’eux. Comme elle l’attirait plus près encore, lui emprisonnant les genoux de ses chevilles et lui couvrant le visage de baisers ardents, l’émission libérée par Roland courut après la sienne, comme pour ne pas être en reste. Ainsi amants furent-ils dans la Baronnie de Mejis, à la toute fin de la dernière grande ère. Et la verte mousse à l’endroit où leurs corps s’unirent vira à un joli vermeil, avec sa virginité en allée. Ainsi ils s’épousèrent et ainsi se condamnèrent.

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