Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Quand il la toucha, son inexpressivité lisse se colora d’un faible sourire maussade ; sa bouche frémit comme si elle ressentait une douleur vague et émit un son de protestation à peine formé : Nnnnnnnnnn…
La masse de cheveux qu’elle avait coupée gisait en partie sur ses genoux tels des épis d’or ; le reste était tombé dans le ruisseau qui l’avait emporté. Susan se débattit sous la poigne de Roland, cherchant à continuer son coiffage de folie avec la pierre coupante. Tous les deux luttaient comme des adeptes du bras de fer lors d’un concours dans un saloon. Et Susan l’emportait. Même si Roland était physiquement le plus fort, l’enchantement qui tenait Susan sous son emprise l’était bien davantage. Petit à petit, le triangle de quartz blanc se rapprochait des cheveux d’or. Et les lèvres de Susan laissaient échapper sans discontinuer cet effrayant Nnnnnnnnnn.
— Arrête, Susan ! Réveille-toi !
— Nnnnnnnnnn…
Le bras nu de Susan vibrait visiblement dans l’air, les muscles bandés ayant la dureté du roc. Et le quartz frôlait toujours de plus près ses cheveux, sa joue, son arcade sourcilière.
Sans réfléchir — c’était ainsi qu’il agissait toujours avec le plus de succès —, Roland approcha son visage du sien à le toucher, abandonnant dans la partie quelques pouces au poing qui serrait le quartz. Il porta ses lèvres à son oreille, puis fit claquer sa langue contre le voile du palais. En tordant la bouche, en fait.
Susan se projeta violemment en arrière en entendant ce son, qui avait dû lui transpercer la tête tel un coup de lance. Ses paupières papillotèrent et la tension qu’elle opposait à la poigne de Roland se relâcha un peu. Profitant de l’occasion, il lui tordit le poignet.
— Ouille ! Ou-ille-lle !
La pierre, s’échappant des doigts de Susan, tomba avec un plouf dans l’eau. Susan le dévisageait, complètement éveillée à présent, les yeux pleins de larmes, abasourdie. Elle se frottait le poignet… qui, songea Roland, ne tarderait pas à enfler.
— Tu m’as fait mal, Roland ! Pourquoi tu m’as fait m…
Sa voix se perdit, alors qu’elle regardait autour d’elle. À présent, non seulement son visage, mais son corps tout entier exprimait l’ahurissement. Elle fit mine de couvrir sa nudité de ses mains, puis prit conscience qu’ils étaient toujours seuls et les laissa retomber. Elle jeta un coup d’œil par-dessus son épaule aux traces de pas — de pieds nus, uniquement — qui dévalaient le talus.
— Comment suis-je descendue jusqu’ici ? demanda-t-elle. C’est toi qui m’as portée quand je me suis endormie ? Et pourquoi tu m’as fait mal ? Oh, Roland, je t’aime… pourquoi tu m’as fait mal ?
Il ramassa les mèches qu’elle avait encore sur les cuisses et les lui brandit au visage.
— Tu tenais une pierre coupante et tu cherchais à te tailler les cheveux sans faire mine de vouloir t’arrêter. Je t’ai fait mal parce que j’ai eu peur. Je suis content de ne pas t’avoir cassé le poignet… du moins, je ne crois pas.
Roland le prit doucement et lui fit effectuer une rotation dans tous les sens, guettant un léger craquement d’os éventuel.
Il n’entendit rien et le poignet pivota sans la moindre gêne. Susan le regardait faire, confuse et abasourdie ; puis il le porta à ses lèvres et l’embrassa délicatement sur la saignée.
Roland avait attaché Flash au plus profond de la saulaie pour qu’on ne puisse apercevoir le grand hongre en chevauchant le long de l’Aplomb.
— Du calme, lui dit Roland en approchant. Encore un peu de calme, mon bon.
Flash frappa du sabot et hennit, comme pour dire qu’il pourrait faire preuve de calme jusqu’à la fin des temps, si c’était ce qu’on lui demandait.
Roland ouvrit la sacoche de selle et en sortit l’ustensile métallique qui lui servait tantôt de marmite, tantôt de poêle à frire, selon les besoins. Il s’éloignait déjà, puis revint. Son paquetage était fixé derrière la selle de Flash — il avait prévu de passer la nuit en campant sur l’Aplomb, pour mieux réfléchir. Il avait eu matière à réflexion et, à présent, il en avait encore plus.
Défaisant l’une des lanières de cuir, il pécha entre les couvertures une petite boîte métallique. Il l’ouvrit avec une minuscule clé qu’il portait autour du cou. La boîte contenait un médaillon carré au bout d’une jolie chaînette en argent (et l’intérieur du médaillon, un dessin au trait de sa mère), plus une poignée de coquillages — une dizaine environ. Il en prit un dans son poing et revint vers Susan. Elle le regardait avec de grands yeux pleins d’effroi.
— Je ne me souviens plus de rien après que nous avons fait l’amour la seconde fois, dit-elle. Sauf que je fixais le ciel en me sentant si bien que je me suis endormie. Oh, Roland, c’est très laid ce que je me suis fait ?
— Pas trop, à mon avis, mais tu sauras mieux que moi. Attends.
Il plongea son ustensile de cuisine dans le ruisseau et le reposa plein d’eau sur le bord. Susan se pencha avec appréhension : déployant le côté gauche de sa chevelure tressée sur son avant-bras, tel un brassard doré, elle repéra immédiatement la coupe claire. Après avoir soigneusement examiné les dégâts, elle poussa plus un soupir de soulagement que de tristesse.
— Je peux masquer ce trou, dit-elle. Une fois natté, on n’y verra que du feu. Ce ne sont que des cheveux, après tout — rien d’autre que la vanité d’une femme. Ma tante ne s’est guère privée de me le répéter. Mais, Roland, dis-moi pourquoi. Pourquoi j’ai fait ça ?
Roland avait sa petite idée. Si les cheveux étaient la vanité d’une femme, l’obliger à les coupailler révélait un brin de méchanceté chez une autre — une idée pareille ne viendrait jamais à l’esprit d’un homme. S’agissait-il de la femme du Maire ? Il se dit que non. Il était plus vraisemblable que Rhéa, là-haut sur son éminence, les yeux tournés vers le nord, vers la Mauvaise Herbe, la Roche Suspendue et Verrou Canyon, ait été l’instigatrice de ce mauvais tour. Le Maire Thorin était destiné à se réveiller le lendemain de la Moisson, nanti d’une gueule de bois et d’une gueuse chauve.
— Susan, je peux essayer quelque chose ?
Elle lui sourit en coin.
— Quelque chose que tu n’as point encore essayé ? Si fait, tout ce que tu voudras.
— Je ne parle pas de ça.
Il ouvrit la main qu’il tenait fermée et lui montra le coquillage.
— Je veux tenter de découvrir qui t’a fait ça et pourquoi.
Et accessoirement d’autres choses. Il ne savait pas encore lesquelles.
Elle regarda le coquillage. Roland se mit à le faire se mouvoir sur le dos de sa main, le faisant danser d’avant en arrière avec la dextérité d’un tisserand. Les jointures de ses phalanges se levaient et s’abaissaient comme les navettes d’un métier à tisser. Elle le regardait faire avec la fascination ravie d’une enfant.
— Où tu as appris ça ?
— Chez moi. Mais aucune importance.
— Tu vas m’hypnotiser ?
— Si fait… et je ne crois pas que ce sera la première fois.
Il activa la danse du coquillage — un coup à l’est le long de ses ondulantes phalanges, un coup à l’ouest.
— Je peux ?
— Si fait, dit-elle. Si tu y arrives.