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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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— Je vous ai effrayée. J’implore votre pardon, Cordélia.

— Nenni, dit-elle, le souffle un peu oppressé à son sentiment. C’est juste le soleil — il brille si fort à ce moment de la journée…

— Si vous permettez, je vais vous aider un petit bout de chemin. Je remonte la Grand-Rue jusqu’au coin, avant de prendre Hill Street, mais je peux vous donner un coup de main jusque-là ?

— Mille mercis, dit-elle.

Ils descendirent le perron et remontèrent le trottoir en planches ; Cordélia jetait de droite à gauche de petits coups d’œil furtifs pour voir qui les observait — elle qu’escortait le beau sai Jonas, lui portant ses commissions. Les badauds étaient en nombre satisfaisant. Elle repéra, entre autres, Millicent Ortega, la guettant depuis la boutique Les Robes d’Anne, un O de surprise jouissif sur sa face de vache stupide.

— J’espère que cela ne vous ennuie pas que je vous appelle Cordélia.

Jonas fit passer négligemment la caisse — qu’elle avait dû porter à deux mains — sous l’un de ses bras.

— Depuis le banquet de bienvenue à la maison du Maire Thorin, j’ai l’impression de vous avoir toujours connue.

— Va pour Cordélia.

— Et vous voulez bien m’appeler Eldred ?

— Je crois que je vais m’en tenir à Messire Jonas encore quelque temps, répondit-elle avant de le gratifier d’un sourire de coquette — du moins l’espéra-t-elle. Le tempo de son cœur s’accéléra de plus belle. (Il ne lui traversa pas l’esprit que Susan n’était peut-être pas la seule petite oie de la famille Delgado.)

— Comme vous voudrez, dit Jonas, avec un air de déception tellement comique qu’elle éclata de rire. Et votre nièce ? Comment se porte-t-elle ? Bien ?

— Très bien, je vous remercie de vous en soucier. Un peu pénible à supporter, parfois…

— Quelle fille de seize ans ne l’est pas ?

— Vous avez raison, je suppose.

— Cependant, en ce qui la concerne, elle représente un fardeau supplémentaire, cet automne. Je doute qu’elle s’en rende compte.

Cordélia se tut — elle se serait montrée indiscrète, autrement —, mais lui lança un regard des plus éloquents.

— Transmettez-lui mon meilleur souvenir, je vous prie.

— Je n’y manquerai point.

Mais elle s’en garderait bien. Susan avait conçu une grande (et irrationnelle, de l’avis de Cordélia) aversion pour les « régulateurs » du Maire Thorin. Tenter de lui faire changer d’opinion en la raisonnant ne servirait probablement à rien ; les jeunes filles étaient persuadées de tout savoir. Cordélia jeta un coup d’œil à l’étoile qui dépassait discrètement du revers du gilet de Jonas.

— À ce que j’ai cru comprendre, sai Jonas, vous avez accepté des responsabilités additionnelles dans notre ville si peu méritante.

— Si fait, je donne un coup de main au Shérif Avery, convint-il.

Sa voix était affectée d’un léger tremblement flûté que Cordélia trouvait tout à fait sympathique, à sa manière.

— L’un de ses adjoints qui s’appelle Claypool…

— Frank Claypool, si fait.

— … est tombé de son bateau et s’est cassé la jambe. Voulez-vous m’expliquer comment on fait pour se casser la jambe en tombant de bateau, Cordélia ?

Elle eut un rire de gorge plein de gaieté (l’idée que tout le monde à Hambry avait les yeux braqués sur eux était sûrement fausse… mais elle avait l’impression du contraire et cette impression était tout sauf déplaisante) et répondit qu’elle ne savait pas.

Il s’arrêta au coin de la Grand-Rue et du Camino Vega, comme à regret.

— C’est ici que je vous abandonne.

Il lui rendit la caisse.

— Vous êtes sûre de pouvoir la porter ? Je suppose que je pourrais vous raccompagner jusqu’à votre logis…

— Inutile, inutile. Merci. Merci, Eldred.

Le fard qui colora son cou et ses joues brûlait comme du feu, mais le sourire qu’il lui décocha valait bien ça. Il lui fit un petit salut avec deux doigts et attaqua la pente en direction du bureau de Shérif au pas de promenade.

Cordélia poursuivit sa route. La caisse, qui lui avait paru un vrai fardeau à sa sortie du magasin général, semblait maintenant peser trois fois rien. Elle conserva ce sentiment un bon quart de lieue, mais quand sa maison fut en vue, elle reprit conscience de la sueur qui lui dégoulinait le long des flancs et de ses bras douloureux. Dieux merci, l’été tirait à sa fin… mais n’était-ce point Susan, qui faisait franchir le portail à sa jument ?

— Susan ! s’écria-t-elle, ramenée suffisamment sur terre pour que son irritation première contre la jeune fille sonne clair dans sa voix. Venez m’aider, avant que je laisse tout tomber et que je casse les œufs !

Susan la rejoignit, laissant Félicia tondre l’herbe de la cour de devant. Dix minutes plus tôt, Cordélia n’aurait rien remarqué dans l’apparence de la jeune fille — ses pensées étant bien trop absorbées par Eldred Jonas pour s’occuper d’autre chose. Mais la canicule lui avait ôté ses idées romantiques de la tête et remis les pieds sur terre. Et, au moment où Susan lui prenait la caisse des mains (avec la même facilité que Jonas), Cordélia songea que l’apparence de sa nièce lui importait peu. En revanche, son humeur avait changé — elle avait troqué son état de confusion hystérique de tantôt pour une plaisante quiétude à l’œil béat. C’était la Susan des années d’avant au détail près… et non plus celle qui se frappait la poitrine en gémissant, la maussade perpétuelle de cette année. Cordélia ne pouvait toucher rien d’autre du doigt, sauf…

Si, une chose, pourtant. Tendant la main, elle s’empara de la tresse de la jeune fille, qui lui parut d’un négligé fort peu caractéristique, cet après-midi. Bien sûr, Susan était montée à cheval ; cela pouvait expliquer sa chevelure en désordre, mais pas sa couleur foncée comme si l’or brillant de sa masse s’était terni. Puis, elle avait eu un sursaut presque coupable au contact de la main de Cordélia. Pourquoi cela, plaît-il ?

— Vos cheveux sont humides, Susan, dit-elle. Êtes-vous allée vous baigner ?

— Nenni ! Je me suis arrêtée à la pompe devant l’écurie d’Hookey où je me suis arrosé la tête. Il n’y voit point d’inconvénient, car son puits est profond. Il fait tellement chaud. Peut-être qu’il va faire averse plus tard. Je l’espère. J’ai donné à boire à Félicia par la même occasion.

La jeune fille avait le regard aussi franc et candide que d’habitude, mais Cordélia le trouvait néanmoins un rien dissimulé. Elle n’aurait su dire exactement en quoi. L’idée que Susan pouvait lui cacher quelque chose d’énorme et de grave ne vint pas immédiatement à l’esprit de Cordélia ; elle aurait plutôt décrit sa nièce comme étant incapable de garder un secret plus important qu’un cadeau d’anniversaire ou une fête surprise… et même pour des secrets de cette nature, pas plus d’un jour ou deux. Cependant, quelque chose sonnait faux. Cordélia passa ses doigts sur le col de la casaque de Susan.

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