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Sodoma: Enquête au cœur du Vatican

Электронная книга - «Sodoma: Enquête au cœur du Vatican». Краткое содержание книги:

« L’homosexualité dans le clergé est une question très sérieuse qui me préoccupe. »
Pape François
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S’il y a bien, en effet, un « scandale » Azevedo, il n’est pas là où on pourrait le croire : non pas tant dans l’homosexualité éventuelle d’un archevêque, que dans le chantage dont il a été l’objet et son lâchage par plusieurs prélats qui partageaient ses inclinations.

— Azevedo a été victime d’un chantage ou d’une vengeance. Mais il n’a pas été défendu par l’épiscopat comme on aurait pu l’imaginer, me confirme Jorge Wemans, le fondateur du quotidien Público.

J’ai interrogé à plusieurs reprises, à Rome, l’archevêque portugais qui m’a raconté sa vie, ses erreurs et son exil malheureux. Il passe aujourd’hui ses journées au Conseil pontifical pour la culture et deux après-midi par semaine à la bibliothèque du Vatican où il fait des recherches historiques sur des figures religieuses portugaises du Moyen Âge. L’homme est modéré, tolérant, expert en œcuménisme : c’est un intellectuel◦– il y en a si peu au Vatican.

Et en écrivant ces lignes, je pense à cet évêque intelligent dont la carrière a été brisée. Il n’a pas pu se défendre ou porter plainte◦– car c’eût été avouer davantage. Il n’a pas pu plaider sa cause devant le nonce italien en poste à Lisbonne, un rigide conservateur esthétisant, dont l’hypocrisie sur le dossier dépasse l’imagination. Très digne, Azevedo n’a jamais parlé publiquement de son drame et ce d’autant plus qu’il était, me dit-il, le « directeur spirituel » de celui qui l’a accusé « injustement », ajoutant que « le garçon était majeur et qu’il n’y a jamais eu d’abus sexuels ». Plus récemment, l’accusateur est, me dit-il, venu s’agenouiller devant lui dans la cathédrale de Porto, sous tous les regards, pour demander pardon.

En fin de compte, l’Église de Rome n’aurait-elle pas dû défendre l’évêque victime ? Et finalement, s’il y avait une morale dans l’Église du pape François, Carlos Azevedo ne devrait-il pas être nommé aujourd’hui patriarche de Lisbonne et cardinal, comme le pensent la plupart des prêtres et des journalistes catholiques que j’ai rencontrés au Portugal ? Un pays où le mariage gay a été définitivement adopté en 2010.

TROISIÈME EXEMPLE de la bataille contre le mariage : la Colombie. Nous connaissons déjà un peu ce pays à travers la figure du cardinal Alfonso López Trujillo. À Bogotá, l’obsession anti-gay de l’Église catholique ne s’est pas tarie avec la disparition de son cardinal homosexuel le plus homophobe. Ce qui a provoqué un couac inattendu qui a choqué et mis en difficulté le pape François.

On est en 2015-2016. À cette époque, le Vatican est au centre d’un ballet diplomatique de grande ampleur pour mettre fin au conflit armé avec les guérilleros des FARC, qui durait depuis plus de cinquante ans. Sept millions de personnes ont été déplacées et au moins 250 000 assassinées durant ce qu’il faut bien appeler une guerre civile.

Avec le Venezuela et la Norvège, le Vatican participe aux longs pourparlers de paix colombiens qui se déroulent à Cuba. Les FARC sont hébergées dans un séminaire jésuite. Le cardinal Ortega à La Havane et l’épiscopat cubain, les nonces en poste en Colombie, au Venezuela et à Cuba, ainsi que les diplomates de la secrétairerie d’État participent aux négociations entre le gouvernement et les guérilleros. Le pape François s’active en coulisse et reçoit à Rome les principaux acteurs du processus de paix, signé à Carthagène, en septembre 2016.

Pourtant, quelques jours plus tard, le référendum populaire qui doit confirmer l’accord de paix est rejeté. Et on découvre que l’épiscopat colombien, cardinaux et évêques en tête, s’est rallié au camp du « non » et à l’ancien président Uribe, ultra-catholique et anticommuniste virulent qui a fait campagne avec le slogan : « Nous voulons la paix, mais pas cette paix-là. »

Les raisons du courroux des autorités catholiques n’ont rien à voir avec le processus de paix qu’elles contribuent pourtant à faire dérailler : il s’agit pour elles de dénoncer le mariage gay et l’avortement. En effet, la Cour suprême colombienne ayant légalisé quelques mois plus tôt l’adoption et le mariage entre personnes du même sexe, l’Église catholique prétend que le référendum en faveur du processus de paix, s’il était favorable au pouvoir en place, légitimerait définitivement cette politique. Par pur opportunisme électoral, l’Église sabote donc le référendum pour défendre ses positions conservatrices.

Cerise sur le gâteau, la ministre de l’Éducation de Colombie, Gina Parody, ouvertement lesbienne, propose au même moment de mettre en place des politiques antidiscriminatoires à l’égard des personnes LGBT dans les écoles. Cette annonce est interprétée par l’Église colombienne comme une tentative de faire entrer la « théorie du genre » dans les classes. Si le référendum pour la paix est adopté, la défense de l’homosexualité le sera aussi, disent en substance ses représentants, qui appellent à s’abstenir ou à voter « non ».

— L’Église colombienne a toujours été l’alliée des forces les plus sombres du pays, notamment les paramilitaires. C’était vrai à l’époque du cardinal Alfonso López Trujillo et cela reste vrai aujourd’hui. Le mariage et la théorie du genre n’étaient qu’un prétexte. Ils ont appelé à voter « non » car ni les paramilitaires, ni l’Église colombienne ne voulaient véritablement la paix. Et ils sont allés jusqu’à désavouer le pape pour cette raison, fulmine un prêtre jésuite, interrogé à Bogotá.

Un double discours et un double jeu qui vont atteindre des profondeurs abyssales dans trois pays européens décisifs, l’Espagne, la France et l’Italie, sur lesquels il nous faut maintenant nous attarder.

16.

Rouco

LA BATAILLE CONTRE LE MARIAGE GAY ne se joue pas seulement dans des territoires lointains comme l’Afrique du Sud ou l’Amérique latine. Elle n’est pas cantonnée aux pays d’Europe du Nord qui sont souvent – maigre consolation pour le Vatican – à domination protestante. Ce qui est plus inquiétant pour Rome, c’est que le débat atteint, à la fin du pontificat de Jean-Paul II, le noyau dur du catholicisme : l’Espagne, si importante dans l’histoire chrétienne ; la France, « fille aînée de l’Église » ; enfin l’Italie elle-même, le cœur de la papauté, son nombril, son centre.

À la fin de son interminable pontificat, Jean-Paul II, malade, assiste impuissant au basculement des opinions publiques et au débat qui va ouvrir, en Espagne, le mariage aux couples de même sexe. À la fin de son propre pontificat, en 2013, Benoît XVI ne pourra que constater, plus impuissant encore, que la France s’apprête à adopter la loi sur le mariage avant que l’Italie ne fasse de même pour les unions civiles, peu après son départ. Le mariage viendra en Italie aussi, à son heure.

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