Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Mais pas de tirer.
« Elle avait pris le revolver ! »
Elle ne s’en serait pas servi.
Tyler s’apprêtait à répondre quand la porte s’ouvrit.
Matthew Wheeler resta planté là, sa sacoche à la main, l’air hagard, cherchant de toute évidence à comprendre ce qui avait pu se passer. Ses yeux passèrent d’un corps à l’autre – Joey, Beth – pour revenir à Tyler.
Le colonel leva son arme, un geste réflexe, et la braqua sur le médecin.
Maintenant écoute-moi bien, dit Sissy. Si tu ne fais pas exactement ce qu’il faut, tout le monde va rappliquer ici. Ils vont venir fouiller et voir ce que tu as fait. Et nous serons perdus. Alors écoute. Écoute bien.
— Colonel Tyler, dit Wheeler, je ne peux soigner personne sous la menace d’une arme. Laissez-moi entrer.
Son attention était manifestement centrée sur Beth. La respiration mouillée de la fille envahissait la pièce. Tyler avait l’impression d’entendre une baignoire qui se vidait.
Le revolver bien assuré dans sa main, il écoutait les conseils murmurés de Sissy. Puis il répondit au médecin :
— Entrez. Refermez la porte derrière vous.
— J’entrerai si vous reposez cette arme.
— Vous entrez ou je vous tue, docteur Wheeler. C’est aussi simple que ça.
Wheeler hésita, mais se décida enfin à franchir le seuil après un long regard appuyé sur Beth.
— Maintenant, fermez la porte, ordonna Tyler.
Wheeler s’exécuta. Il s’avança aussitôt vers la fille et ouvrit sa sacoche, mais Tyler l’arrêta.
— Non. Pas encore.
Wheeler ne put cacher son irritation.
— Elle a besoin de soins. Cette jeune femme est gravement blessée.
— Je le sais, c’est moi qui ai tiré. À présent, allez jusqu’à la fenêtre.
Wheeler regarda l’arme, sceptique.
— Je n’hésiterai pas à m’en servir. Vous en doutez encore ? Nous avons déjà deux cadavres, ici.
— Un seul, objecta Wheeler. Elle est en vie.
Tyler acquiesça avec impatience et suivit le nouveau conseil de Sissy : il se pencha, bien que son bras le fît souffrir, et pointa le revolver vers Beth.
— Pour l’instant. Et je suppose que vous tenez à ce qu’elle le reste. Alors allez jusqu’à la fenêtre.
Wheeler hésita encore, puis se résigna à suivre l’ordre du colonel.
— Relevez le store. Jusqu’en haut. Bien. Maintenant ouvrez la fenêtre. Parfait. Et éteignez la lampe.
— Je ne pourrai pas travailler sans lumière.
— Vous ne travaillez pas encore, docteur Wheeler. Éteignez, je vous prie.
Wheeler, une fois de plus, n’eut d’autre choix que d’obtempérer. La pièce fut plongée dans l’obscurité. Plus de lumière, sinon le clair de lune. Sinon la faible luminosité bleutée du vaisseau. Tyler se tourna vers la fenêtre ouverte. Le dernier véhicule du convoi, la grosse caravane de Bob Ganish, était garée à quelques mètres de là.
— Je veux que tout le monde vienne se mettre là où je pourrai les voir.
— Et comment suis-je censé organiser ça, colonel ?
— Avec vos dons de persuasion, docteur. Dites-leur que vous avez un revolver braqué sur vous.
Wheeler se pencha par la fenêtre et fit signe à Abby, qui attendait non loin de là, d’approcher.
Sissy fut un instant distraite par la lumière du vaisseau qui parut s’intensifier sous le regard de Tyler.
Cette montagne est peut-être bien prête à s’envoler.
Parfait, songea Tyler. Alors on pourra se mettre en route pour l’Ohio.
Et personne ne saura qui nous sommes.
Sauf ceux-là.
Qui ne doivent pas venir avec nous.
Comment les en empêcher ?
Tu le sais très bien.
Ça fait tout de même du monde à tuer, songea Tyler.
Nous ferons preuve d’intelligence, répondit Sissy. Nous trouverons bien une solution.
Matt demanda à Abby de rassembler tout le monde devant la caravane de Bob Ganish.
— Dites-leur de se mettre là où le colonel peut les voir, Abby.
Abby restait prudemment à distance, visiblement angoissée.
— Que se passe-t-il, Matt ? Il y a des blessés ?
— Je ne peux rien dire, Abby.
Elle s’avança d’un pas. Les verres de ses lunettes réfléchissaient le clair de lune. Elle avait l’air d’un hibou, songea Matt. Un hibou apeuré.
Il faillit enjamber la fenêtre et la rejoindre dehors, abandonnant le colonel à son hémorragie. Mais Beth avait besoin de lui. Chacune de ses respirations semblait un combat qu’elle menait contre la mort. Il avait hâte d’en terminer avec le jeu dangereux du colonel et d’aller lui prodiguer les soins appropriés.
Abby s’approcha suffisamment pour distinguer Tyler dans la pièce sombre et le revolver pointé vers Beth.
— Dieu du ciel, murmura-t-elle.
— Faites ce que je vous dis, Abby. Battez le rappel. Et essayez de ne pas trop vous inquiéter.
Le poing pressé contre la bouche, elle s’éloigna en toute hâte.
— Maintenant écartez-vous de la fenêtre, ordonna Tyler.
Matt obéit.
— Je peux soigner Beth ?
— Pas encore.
— Elle est peut-être en train de mourir.
— Sans doute. Mais je veux d’abord avoir tout le monde sous les yeux.
— Oh, bon sang, Tyler ! explosa Matt.
Le colonel, du canon de l’arme, indiqua le corps inerte de Beth.
— Si vous n’êtes pas plus coopératif que cela, docteur, il me sera très facile d’apporter une solution expéditive au problème.
Les yeux rivés à ceux de Tyler, Matt eut la sensation de plonger dans un cloaque. En l’espace d’une seule journée, le colonel avait tué deux personnes, et peut-être une troisième s’il persistait à retarder les soins. Matt n’eut plus de doute. Cet homme était fou.
Il était donc vital de prendre garde à ce qu’il répondait, à peser ses mots avant de les formuler.
— Ce que j’ai dans ma sacoche ne suffira pas, dit-il. Je vais avoir besoin de bandes…
— Au moment venu. Taisez-vous.
Le colonel concentra son attention sur ce qui se passait à l’extérieur. Abby avait commencé à rassembler les gens devant la caravane. Matt les compta avec impatience. Abby, Bob Ganish, Chuck Makepeace, Paul Jacopetti… il en manquait.
Kindle. Où était passé Tom Kindle ?
Mais non… Kindle n’était revenu au campement que depuis une heure. Tyler n’avait donc aucune raison de l’attendre.
La question n’en restait pas moins. Où était-il ?
— Retournez à la fenêtre, dit Tyler. Lentement. Bien. Maintenant, faites signe à Mme Cushman. Et signalez-lui qu’il manque quelqu’un.
Matt glissa un regard oblique vers Tyler. Comment avait-il su pour Kindle ?
— La vieille femme, ajouta Tyler. Miriam Flett.
Matt transmit le message à Abby.
— Je sais ! dit-elle.
Elle se tenait devant la fenêtre, les yeux fixés sur le revolver de Tyler. Pleins de haine – pour l’arme, pour Tyler.
— J’allais vous prévenir, dit-elle. Miriam est dans sa caravane, mais on ne peut pas la réveiller.
Il ne manquait plus que cela ! Comme s’il avait besoin d’un nouveau malade sur les bras… Et d’où venait cette lumière, bon sang ?
— Très bien, dit Tyler. Dites à Mme Cushman de faire monter tout le monde dans la caravane et d’en fermer la porte.
— Je vous entends très clairement, colonel Tyler, répondit Abby. Pour combien de temps ?