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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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— Qu’est-ce qui vous amène si tard ? demanda-t-il.

— Je me sentais seule, c’est tout, dit-elle. Je pensais qu’il ferait plus chaud, ici.

Matt et Kindle s’approchèrent furtivement du motor-home d’Abby, s’attendant à un « Qui va là ? » réglementaire de Joey. Le véhicule était plongé dans l’obscurité, porte fermée. Mais pas de Joey.

— Il en a peut-être eu assez ; il est allé dormir quelque part, suggéra Matt. Ou il a eu besoin d’aller aux toilettes.

Kindle secoua la tête.

— Joey ne dort pas, et il va pisser dans les buissons à côté pour ne pas s’éloigner. Non, il y a quelque chose de pas normal.

Il donna deux coups discrets à la porte.

La voix d’Abby, ensommeillée, leur parvint au bout de quelques secondes.

— Qui est-ce ?

— Moi, dit Kindle. Moi et Matt. Il faut qu’on parle.

La porte s’ouvrit sur une Abby en chemise de nuit bleue, les yeux encore bouffis de sommeil et brillants d’émotion.

— Sale vieux lâcheur…

— Le vieux lâcheur est revenu, la coupa Kindle. Abby, j’ignorais qu’il allait vous mettre aux arrêts.

— Où est Joey ? s’enquit-elle.

C’est à ce moment que claqua le premier coup de feu.

— Arrêtez ! cria Kindle. Surtout, attendez !

Il empêcha Matt et Abby de se précipiter vers la maison d’où semblait provenir la détonation.

— Réfléchissez une minute. Qui est dans la maison ?

— Tyler, sans doute, dit Matt. Autrement, je ne sais pas.

— Dans quelle pièce est-il ?

— Sur le côté.

— Montrez-moi. Mais ne vous approchez pas de la baraque.

Ils contournèrent les véhicules qui s’allumaient un à un.

— C’est là.

Il indiquait une petite fenêtre sur laquelle était tiré un store vénitien.

Ils virent nettement l’éclair lumineux du second coup de feu. La troisième détonation suivit à quelques secondes.

Rosa Perry Connor n’entendit pas les coups. Elle volait loin, bien loin de là, et répondait à d’autres impératifs.

Elle était à des kilomètres du ranch. Plus portée par le vent que par sa volonté propre, elle avait dépassé le vaisseau, vers le sud, pour survoler la tache grisâtre de Denver, ville abandonnée, puis les montagnes poudreuses et les plaines. Extase silencieuse.

La durée de vie de ce corps métamorphosé n’était guère plus longue que celle d’un éphémère. La nuit tombait. Elle se rapprochait des étoiles, poussée par des courants d’air froid. Elle se sentait devenir plus légère à mesure que s’épuisaient ses ressources physiques.

Il était temps de rejoindre le vaisseau. Les appels se répercutaient dans le monde entier. Tous ces retardataires de l’air, de l’océan, de la terre. Il était temps de rentrer, à présent. Temps de partir pour le grand voyage. Mais, telle une enfant sommée d’aller se coucher, Rosa grappillait quelques minutes de sursis.

La lune se leva sur l’immensité des plaines. Un dernier battement d’ailes, songea Rosa, encore un. Fermant les yeux, elle accueillit sur son visage la caresse du vent qui éparpillerait la poussière de son corps.

35

Blessures

Joey jouait les sentinelles tous les soirs depuis qu’ils avaient traversé le Snake, et il avait appris à écouter le silence.

Chaque nuit, il faisait un feu pour se tenir chaud. Au printemps, les journées étaient souvent chaudes, mais la chaleur s’effaçait très vite devant le crépuscule naissant et le vent sec et glacial figeait les traits, engourdissait les mains.

Le feu était très important. Trop gros, il étouffait les bruits. Au début, Joey brûlait les branches, les détritus, les planches qu’il trouvait dans des granges. Mais les nœuds, dans le vieux bois, explosaient comme des coups de feu dans les flammes, et les étincelles menaçaient d’embraser les feuilles de sauge sèches qui tapissaient les sous-bois. C’est le colonel qui lui avait montré comment se servir de la tourbe, et Joey, au fil des villes qu’ils avaient traversées, s’était constitué un stock de sacs trouvés dans les jardineries. La tourbe brûlait pratiquement sans bruit, un simple murmure quand le vent agitait les flammes, mais elle offrait une source de chaleur précieuse – suffisante, en tout cas, pour dégourdir les mains. Par chance, Joey n’était pas frileux. Son blouson de cuir était un rempart efficace contre le froid.

Les véhicules étaient garés en demi-cercle devant le ranch, et Joey, accroupi devant son feu, écoutait.

Son sens auditif s’était très vite aiguisé. Le monde semblait peut-être désert, plongé dans le sommeil, mais Joey savait qu’il n’en était rien. D’abord, il y avait les animaux. Des chiens domestiques, devenus sauvages depuis le départ de leurs maîtres. Ou des loups – il en avait entendu plusieurs hurler, quelques jours plus tôt. C’était étonnant, la variété des bruits qui se manifestaient dans le calme de la nuit. Il lui arrivait même de surprendre des voix, derrière les fines cloisons des caravanes. Les gens parlaient dans leur sommeil ; ou bien ils se retournaient dans leur lit, faisant grincer les amortisseurs des véhicules. Quelqu’un se levait de temps à autre pour utiliser les toilettes de la maison, ou bien sortait simplement pour contempler les étoiles.

Ce soir, il s’efforçait d’apaiser son esprit pour être plus attentif. Mais sa rencontre avec Beth l’avait salement perturbé.

Le reproche qu’elle lui avait lancé ne tenait pas debout. Il savait parfaitement ce qui se tramait dans le campement, surtout la nuit. Et il n’ignorait rien de la façon dont Beth les passait, ces nuits : seule dans son lit, le plus souvent ; dans celui du toubib, parfois.

C’était déjà assez exaspérant comme ça. Le plus bizarre, avec Beth, c’est qu’elle pouvait autant l’exciter que le laisser froid comme un cadavre. Quelquefois, rien que de la regarder passer, moulée dans son jean, il lui prenait des envies de la culbuter sur place ; mais à d’autres moments, elle était aussi attirante qu’une tranche de jambon périmée. Des fois, il ne supportait pas de penser à elle ; des fois, il ne supportait pas de penser que quelqu’un d’autre pense à elle.

Elle devait baiser avec le toubib ; il ne pouvait pas dire que ça le laissait indifférent, ça non. Mais il commençait à se faire à cette idée.

Par contre, ce qu’elle lui avait dit ce soir… cette insinuation malveillante sur le colonel Tyler. Alors là, non. Impossible. Le colonel Tyler, aux yeux de Joey, était un ange vengeur, une force pure et puissante bien supérieure à ce minable convoi. C’est lui, le colonel Tyler, qui était arrivé dans Buchanan en ruine revêtu de son uniforme propre, un revolver sur la hanche, et qui avait demandé à parler à M. Joseph Commoner. C’est lui aussi qui avait eu suffisamment confiance en Joey pour lui confier une arme et la surveillance du campement.

L’idée que le colonel pourrait s’abaisser à sauter une moins que rien comme Beth… Non, franchement, c’était obscène. Il ne voulait pas le croire.

Mais la nuit s’étirait, et la lune se levait, et la lueur du nouveau vaisseau palpitait dans l’obscurité, et Joey entendit la porte de la caravane de Beth s’ouvrir furtivement, et il se redressa pour s’avancer sans bruit au coin de celle d’Abby, rongé de curiosité, et il vit Beth, ombre silencieuse, se diriger jusqu’à la maison, et y entrer.

Elle devait aller aux toilettes, rien de plus. Mais le poison était là, bien présent dans ses veines, et, malgré lui, il contourna la maison jusqu’à la fenêtre du bureau, là où le colonel s’était installé.

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