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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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— Joey !

Il haussa les épaules, content de son effet.

— C’est la vie, qu’est-ce que tu veux…

— Et Abby ? Elle est toujours enfermée ?

— Jacopetti est devant sa porte. Ça l’a pas empêchée de sortir, remarque. Je vais le relayer dès que j’aurai fini ici. De toute façon, elle peut pas aller bien loin.

— Elle pourrait s’en aller, comme Tom Kindle ou Tim Belanger.

— Non. J’ai débranché sa tête de delco.

— Le colonel est au courant ?

— Il m’a dit que je faisais preuve d’initiative.

Sourire jusqu’aux oreilles.

Beth désapprouvait l’entente qui existait entre le colonel et Joey. C’était l’influence de Joey, elle n’en doutait pas, qui occasionnait tous les problèmes. Elle se rappela la main de Tyler sur son épaule, ce matin. Une main familière. Une sensation agréable.

Le geste du colonel appartenait à sa nouvelle vie. Et Joey, lui, représentait tout ce qu’elle voulait oublier. Les deux ensemble… un amalgame difficile à supporter.

— Bam, répéta Joey, revivant la scène. Je vais te dire une bonne chose. C’est qu’il y a beaucoup moins de bordel, maintenant.

La suffisance et la bêtise de Joey lui firent voir rouge.

— La fin du monde est une bonne chose parce qu’elle t’a permis de porter un revolver pour la première fois, c’est ça ? Quelle connerie !

— Si le monde s’était pas écroulé, je porterais pas d’arme, c’est vrai. Et toi tu baiserais pas avec un toubib.

Elle se sentit devenir pivoine sous le coup de la colère.

— Tu ne sais pas avec qui je couche. T’en as pas la moindre idée.

— En tout cas, quand on se trimbale avec un écriteau « À louer » entre les jambes, on prend pas des grands airs. On s’écrase.

Elle eut l’impression d’être giflée. Les larmes montèrent à ses yeux. Après une journée aussi éprouvante, où quelqu’un était mort, se faire traiter de putain, se faire prendre de haut, tourner en dérision… tout ce qu’elle avait cru accomplir, ce personnage nouveau qu’elle pensait devenir – réduits à néant par le mépris cruel de ce petit con. Elle le haït férocement.

Joey la regardait refouler ses larmes avec difficulté. Il l’observait avec intérêt, calme et détendu, et soudain Beth se rappela un de ses vieux fantasmes…

Joey est un cheval sauvage. Elle le chevauche. Elle le mène tout en haut d’une haute falaise. Il se cabre, elle l’éperonne. Et il saute.

Tais-toi, Beth. Tiens ta langue. N’envenime pas les choses.

Elle se sentait étourdie, curieusement légère.

Cette falaise, songea-t-elle. Ce désert.

— Salaud, dit-elle. Tu ne sais pas tout ce qui se passe dans ce camp.

— Tu veux parier ?

— À ta place, je ne fanfaronnerais pas.

Elle marqua une pause, hésitant à cracher son venin. Mais l’air arrogant de Joey l’aiguillonna.

— Tu sais ce qu’il fait de ses nuits, ton colonel ?

Joey marqua le coup. Son air un instant décontenancé récompensa largement Beth qui, sans rien ajouter, lui tourna le dos et s’éloigna.

34

Précipice

Matt n’avait pas tout à fait encore basculé dans le sommeil quand on frappa discrètement à la porte de son camping-car.

Il se redressa sur sa couchette et regarda par la fenêtre. Le halo laiteux de la lune apparaissait derrière un nuage.

Beth ? Non. Il était trop tard, même pour elle.

Alors, qui ? Quel nouveau drame se préparait encore ?

Il enfila un T-shirt, son jean.

Nouveaux coups.

— Oui, c’est bon, j’arrive !

Il ouvrit la porte et resta interdit un instant.

— Matthew, dit Tom Kindle, laissez-moi entrer avant que je me gèle le cul.

Kindle n’avait pas bonne mine. Son visage trahissait l’épuisement, les tourments. Matt essaya de se souvenir quand et où il avait déjà vu ce masque sur les traits de Kindle.

Oui, bien sûr : l’hôpital, quand Tom y était arrivé avec une jambe cassée, en plein délire, avec ses histoires de monstres. Quand était-ce ? Il y avait au moins dix siècles.

Matt lui versa une tasse de café tiède de la Thermos.

— Vous n’êtes pas allé bien loin, apparemment. Pas plus loin que Laramie, je parie.

Kindle posa son fusil et haussa les épaules. Ses yeux étaient perdus dans une marée de rides grosses comme des crevasses.

— Je suis allé me balader vers le sud. Vers cette chose, là…

— Le nouveau vaisseau.

— J’avoue qu’il m’intriguait. Pas vous ? Même posé sur l’horizon, il est assez gros pour remplir la moitié du ciel.

Il avala bruyamment une longue gorgée de café.

— C’est vraiment une chose bizarre, Matthew. Fascinante, vous voyez ce que je veux dire ? Vous êtes déjà allé à Moab ? Dans la vallée des canyons ? C’est le même genre de paysage hallucinant. Le roc rouge, le ciel bleu, et tout a une dimension gigantesque. J’imagine qu’on peut facilement sombrer dans la folie, dans ce genre de démesure. J’ai regardé cette chose-là longtemps, et j’ai commencé à me demander si je pouvais m’en approcher plus près.

— Et alors ?

Kindle secoua la tête.

— Je ne suis pas allé très loin. L’air devient vite irrespirable. Ça empeste le soufre ; j’ai cru que mes poumons allaient y passer. Et puis le sol n’est pas très stable, non plus. Cette chose est ancrée à la Terre, Matthew ! Enracinée, plus exactement. On dirait qu’elle a des racines de pierre. Du grès noir ou… ou peut-être de la pierre ponce. Des racines qui auraient des kilomètres de long et larges comme des… je ne sais pas, moi… des bras de mer. Et dans l’ombre de ces racines, on voit des choses qui bougent…

— Des choses ?

— Des machines, je suppose. Ou des animaux. Ou les deux, peut-être bien. En tout cas, des trucs assez gros pour être vus à des kilomètres de là. Je les voyais flous, vous savez, comme quand il y a de la chaleur. Ils devaient être aussi gros que des dinosaures et plus hauts que larges, avec des formes différentes, comme des girafes monstrueuses, ou des araignées, ou… des grues.

Il frissonna, resserra les mains sur son café froid.

— Ils ont dû construire cet engin depuis août. Vous vous rendez compte ? Une chose grosse comme une montagne en six mois ? Crénom… Et vous savez ce que j’ai pensé, en regardant ça ? Qu’ils ne doivent pas être loin d’avoir fini leur boulot ; c’est l’impression que ça donne, en tout cas. Et c’est un vaisseau, non ? Dès qu’il sera prêt, il va se mettre en orbite. Un vaisseau de la taille d’une ville comme Delaware. Vous imaginez ? Et on est là, en train de pique-niquer juste à côté. En roulant vers le nord, ce matin, je vous ai vus encore garés là, et je ne pense pas que ce soit trop intelligent.

— Ordre de Tyler, expliqua Matt. Il prétend avoir reçu un message radio. Il y aurait paraît-il des tempêtes dans l’est. Alors on reste plantés ici.

— Tout le monde est d’accord ?

— Il y a eu un vote – à la mode du colonel…

— Il a encore couillonné tout le monde, si je comprends bien.

— En quelque sorte.

— Et d’après lui, ce serait un message radio ?

— Oui, enfin… la radio a explosé.

— Pendant qu’il l’utilisait ?

— Paraît-il.

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