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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Il y avait encore de la lumière. Le store était baissé, mais Joey, le nez pratiquement collé à la vitre, put apercevoir un angle de la pièce. Le colonel Tyler était assis dans le fauteuil, le revolver posé sur l’accoudoir.

Joey, machinalement, effleura la crosse de son propre revolver, glissé dans sa ceinture. Il savait que le colonel ne pouvait pas le voir, que la vitre était un miroir sur la nuit opaque, mais il n’en devint pas moins rouge de honte. Suspecter le colonel ! Un homme justement au-dessus de tout soupçon.

Soudain, il le vit qui relevait les yeux vers la porte, vit ses lèvres bouger sans toutefois pouvoir entendre les mots.

La porte était de l’autre côté de la pièce et Joey ne pouvait voir le visiteur… mais il n’eut aucun mal à l’imaginer.

Sa respiration devint courte, saccadée.

Le colonel parla. Une pause. Il reprit la parole.

Joey enregistra les images, mais sans les interpréter. Les rouages de son esprit s’étaient comme enrayés. Il ne pouvait plus que regarder, sans penser. Spectateur passif.

Beth arriva dans son angle de vision. Habillée bien trop légèrement pour la fraîcheur de la nuit. Ses joues roses trahissaient son émotion. Elle avait l’air nerveuse et émoustillée ; ses cheveux flottaient librement sur ses épaules.

Elle s’approcha tout près du fauteuil. Tout près du colonel. Il ne bougea pas. Beth parlait. Mots inaudibles. Elle se pencha pour prendre la grande main du colonel dans la sienne et la posa sur son chemisier, sur son sein ; elle la faisait glisser sur son ventre d’une manière que Joey jugea intolérablement indécente.

Il tira son revolver de sous sa ceinture et courut jusqu’à l’entrée de la maison.

Dès que les intentions de Beth furent clairement établies, Tyler se sentit tout à fait maître de la situation.

Beth n’était somme toute pas différente des centaines de filles dont il avait, à un moment ou un autre de sa vie, loué les services, et tout bien pesé, il ne s’étonnait pas de sa présence ici ce soir. Apparemment, Matt Wheeler ne s’était pas contenté de lui léguer son marteau de président.

Elle lui avait pris la main pour la poser sur sa poitrine et il sentit dans sa paume le mamelon dur de son sein. Il prit plaisir à voir sa propre peau brune et crevassée sur le tissu clair, soyeux.

Il se leva et l’attira contre lui. Elle n’était pas très grande. La tête rejetée en arrière, les yeux mi-clos, elle attendait un baiser. Mais Tyler n’embrassait pas. Jamais. C’était une sale habitude. Il enfouit sa main dans les cheveux de Beth et tira.

Elle ouvrit grands les yeux, sa bouche s’entrouvrit. Mais il lui fit signe de se taire. Il n’aimait pas les filles bavardes.

Il pressa ses hanches contre elle et, de sa main libre, explora les dessous de son chemisier. Il tira encore sur les cheveux, jusqu’à ce que sa gorge fût totalement exposée. Une gorge blanche, lisse. Beth ne savait trop comment accepter la douleur, semblait hésiter entre l’excitation et la peur.

Une rangée de boutons fermait son jean. Tyler en avait ouvert deux quand Joey poussa la porte d’un coup de pied.

Le colonel Tyler n’avait jamais été blessé au combat – pour la bonne raison qu’il ne s’était jamais trouvé en première ligne –, et la balle qui l’atteignit le prit totalement au dépourvu.

Il éprouva une douleur, de la colère, aussi, mais, avant tout, une énorme surprise. Comme s’il s’agissait d’un acte de Dieu, une force venue d’il ne savait où qui le projetait en arrière.

Il se rattrapa au fauteuil de sa main droite. L’autre, tout le bras, en fait, ne répondait plus. Comme s’il avait à son insu été remplacé par une prothèse en caoutchouc. Du sang inondait son épaule.

Beth était toujours debout devant lui, et la balle avait dû frôler sa tête de très près. Tyler se rendit compte qu’elle hurlait, et que le son lui paraissait appartenir à un autre monde.

— Pousse-toi, ordonna Joey. Reste pas là, bordel !

Tyler se cala contre le fauteuil et tendit la main vers son arme.

Il l’avait rechargée dans la soirée. Avec la simple intention de sentir l’acier froid contre sa tempe, ou peut-être le goût du canon sur sa langue, comme il aimait à le faire. Mais pas d’appuyer sur la gâchette. Pas de danger. Sissy l’en avait toujours découragé. Mais à présent, quelqu’un d’autre avait tiré, quelqu’un d’autre l’avait pris pour cible. Joey l’avait blessé.

Ses doigts se resserrèrent sur le revolver ; il se retourna brusquement.

Cependant, son pied glissa sur le parquet verni ; il tomba par terre, assis, le dos contre le fauteuil. Joey, toujours concentré sur Beth, ne lui accorda même pas un regard. Aux yeux du colonel, Joey était grotesque, défiguré jusqu’à la caricature par la jalousie.

— Dégage, merde ! s’impatientait Joey.

Beth finit par comprendre. Elle se recula de deux pas vers la fenêtre et se tourna vers Tyler. Peut-être vit-elle le sang pour la première fois. Ses yeux s’arrondirent démesurément. Tyler se demanda si elle allait hurler, encore. Elle aussi frisait le ridicule, avec son ventre nu apparaissant entre les boutons ouverts de son pantalon.

Joey se tourna enfin vers le colonel qui lui logea une balle dans la tête.

Il n’y avait eu aucune précision, aucune élégance dans le geste. Rien que l’arme qu’on lève, le doigt qui se crispe sur la gâchette, la chute de Joey et ses mouvements convulsifs pendant trente ou quarante affreuses secondes avant qu’il s’immobilise enfin. Mort.

Beth se précipita sur Joey et s’agenouilla au-dessus de lui. Un son sourd monta de sa gorge quand elle vit sa blessure. Sa main se posa sur le revolver que Joey avait lâché près de lui. Le colonel regardait la main. Fais attention à cette main, l’avertit Sissy. Parce que Sissy venait d’apparaître, présence nébuleuse flottant au plafond, mais Tyler ne chercha même pas à la voir ; il écouta tout juste son conseil, et ne quitta pas des yeux la main de Beth sur l’arme.

Elle leva le revolver et le pointa vers Tyler.

Lui offrait-elle ? L’en menaçait-elle ? Difficile de déchiffrer l’expression de son visage que la douleur déformait. Impossible d’évaluer le danger.

Dans le doute, le colonel appuya de nouveau sur la gâchette.

Au son du troisième coup de feu, Matt courut dans son camping-car et en sortit sa sacoche.

Kindle essaya de le retenir.

— N’y allez pas, Matthew. On ne sait pas ce qui s’est passé. Matthew ! Attendez un peu, crénom de Dieu !

Matt l’ignora et se rua vers la maison aux fenêtres éteintes, soudain sinistre dans sa flaque de clarté lunaire.

36

Prophylaxie

La fille était une erreur, dit Sissy.

Le colonel Tyler, affaibli par la perte de sang, se hissa tant bien que mal sur le fauteuil et adressa un regard las au fantôme de sa mère.

Cette visite sortait de l’ordinaire à plus d’un égard. D’abord, il n’entrait pas dans les habitudes de Sissy d’apparaître la nuit. Et ensuite, sa présence était presque tangible. Ses vêtements s’empilaient sur son ventre replet ; ses yeux fous, vissés dans son visage crayeux, demeuraient fixes et attentifs. Tyler était certain de pouvoir la toucher s’il s’avançait jusqu’au coin de la pièce.

Tu n’aurais pas dû tirer sur la fille. Tu aurais pu expliquer, pour le garçon. Les autres auraient peut-être accepté. Mais pas pour la fille.

« Tu m’as dit de surveiller sa main. »

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