Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
C’est alors qu’il se rappela Miriam. La vieille dame avait été trop malade pour être séquestrée avec les autres. Sa petite caravane était encore intacte. Matt força la porte légèrement bloquée par la chaleur ambiante.
Mais Miriam n’était plus là. Sur sa couchette, ne restait plus, indifférente, que sa peau vide.
Entre-temps, le soleil s’était levé.
L’horizon, au sud, disparaissait sous un écran de fumée opaque plus large que ne l’avait été le vaisseau. Le ciel devenait plus gris à chaque seconde et une cendre noirâtre, comme une neige sale, commençait à tomber.
Beth respirait toujours. Mais chaque inspiration relevait du miracle ; et chaque expiration était une victoire arrachée au destin.
Sans trop savoir comment, il réussit à hisser Beth et Kindle sur les couchettes d’un motor-home intact.
Alors débuta pour lui le plus long voyage de sa vie.
38
L’œil de Dieu
Il faisait froid, à l’ombre du nuage volcanique.
Le soleil n’était qu’une pâle tache de lumière dans le ciel sombre. Matt roulait en pleins phares.
Il se dirigeait vers Cheyenne, sur la I-80. L’endroit où le vaisseau avait été ancré à la Terre lui apparaissait de temps à autre sur sa droite. Pas le cratère lui-même, mais la lueur de distants incendies et de coulées de lave. Périodiquement, le sol tremblait sous ses roues.
La route n’était pas aisée à suivre. La cendre tombait en pluie persistante, drue. Elle s’écartait au passage du camping-car et se redéposait sur les bas-côtés en congères charbonneuses. Par moments, la route semblait tout bonnement disparaître. Matt devait se repérer aux panneaux, aux bornes kilométriques transformées en petites pierres tombales grises. Les roues dérapaient, crissaient sur le mâchefer, sur les scories rejetées par le volcan. La progression était laborieuse.
Il traversa Laramie, paysage désolé de ruines et de décombres. Aux environs de midi, il s’arrêta dans une station-service qui, en dehors de ses vitres brisées, paraissait avoir échappé au désastre. Il sortit dans le brouillard cendré, un cache-col noué sur le nez et la bouche. L’odeur de la cendre volcanique, fine poussière qui se glissait partout, évoquait vaguement celle des œufs pourris. Dans le local battu par le vent, il trouva une carte du Colorado et du Wyoming.
Le motor-home aurait eu besoin d’essence, mais les pompes ne fonctionnaient pas.
Matt frissonna ; l’air était glacé. De l’autre côté de la route, la carcasse d’un bâtiment exhalait une fumée âcre. Tout n’était que cendre, partout où son regard se portait. Cendres et brouillard.
Il était temps de voir où en était Kindle. Où en était Beth.
Il les avait laissés dans le motor-home, enveloppés dans des couvertures. Sa réserve pharmaceutique, soigneusement stockée, avait été intégralement détruite par le feu. Par chance, il avait pu leur administrer les antibiotiques qu’il transportait dans sa sacoche.
Kindle, par instants, reprenait conscience. Pas Beth ; sa respiration devenait terriblement, désespérément faible, son pouls de plus en plus rapide. Elle souffrait manifestement d’une hémorragie interne.
Il vérifia son pansement ; il n’avait pas besoin d’être changé. Matt se sentait impuissant. À part prendre garde qu’elle ne se refroidisse pas, et s’assurer qu’elle reste en position mi-assise afin de ralentir l’hémorragie, il ne pouvait lui être d’un grand secours.
Il travaillait à la lueur d’une lampe-torche. La lumière du jour, trop faible, perçait difficilement les vitres couvertes de cendre.
Il se tourna ensuite vers Kindle. Celui-ci ouvrit les yeux alors que Matt se penchait sur sa jambe blessée.
La blessure ne présentait aucun caractère de gravité, mais la balle avait peut-être touché le péroné. Or, il s’agissait de la jambe que Kindle s’était déjà brisée l’automne précédent. Il faudrait l’immobiliser avant de pouvoir procéder à un examen minutieux.
Relevant la tête, il rencontra le regard de Kindle.
— Matthew ! Vos mains…
Ses mains ?
Il les exposa à la lumière. Ah oui. Les brûlures. Il s’était brûlé en essayant de sortir Abby de la caravane en feu. Les paumes rouges, couvertes d’ampoules, pelaient, suintaient, saignaient. Il déchira deux lanières d’une des serviettes qu’il avait emportées et les enroula autour de ses mains.
— Ça doit faire un mal de chien, dit Kindle.
— J’ai des analgésiques.
— Vous avez roulé toute la nuit ?
— Mmmh mmh.
— Et vous tenez uniquement avec des analgésiques ?
— Et des amphétamines.
— Du speed ?
Matt confirma.
— Vous transportez du speed dans votre sacoche ?
— Je l’ai trouvé dans les affaires de Joey.
— Je comprends pourquoi vous avez cette mine épouvantable.
Il marmonna en tentant de changer de position sous sa couverture.
— Beth est vivante ?
— Oui.
— Où sommes-nous ?
— À quelques kilomètres de Cheyenne.
Kindle tourna la tête vers la vitre.
— Il fait toujours nuit ?
— On est en plein jour.
— Alors pourquoi… il neige ?
— C’est de la cendre.
— De la cendre ! soupira Kindle, incrédule.
Kindle avait raison. Matt veillait depuis trop longtemps. Il progressait avec une lenteur désespérante. Et cette cendre qui n’arrêtait pas de tomber. Difficile de croire que la terre pouvait en produire autant.
Il avait lu quelque part que la cendre volcanique était riche en phosphore et en oligo-éléments. La terre serait fertilisée pour les années à venir. Il se demanda ce qui pousserait, dans ces contrées abandonnées.
Le compteur plafonnait à moins de vingt kilomètres-heure.
Une pensée vint le hanter alors que l’après-midi semblait glisser à son insu dans le crépuscule : Beth allait peut-être mourir.
Depuis des heures, il repoussait cette idée. Il en avait peur. Par une sorte de superstition, il redoutait d’influencer le destin en la laissant prendre forme dans son esprit. Songer à la mort ne risquait-il pas de lui ouvrir toute grande la porte ?
Mais l’idée, patiemment, attendait. Telle une invitée sans-gêne, elle sut profiter de sa faiblesse pour s’installer.
Oui, Beth pouvait très bien mourir. C’était une éventualité qu’il ne pouvait ignorer plus longtemps. Elle pouvait mourir même s’il trouvait tout le sang nécessaire pour le lui transfuser, même s’il trouvait un hôpital encore debout et fonctionnel – ce qui lui apparaissait de plus en plus improbable.
Il devait se familiariser avec cette idée.
Après tout, il avait choisi de vivre dans ce monde. Un monde où la mort n’était pas seulement un risque mais une certitude. Le monde mortel.
Il se rappela Contact. La mémoire s’ouvrait aisément, dans ce crépuscule blafard. Il aurait pu choisir cet autre monde, celui de l’immortalité, de l’infinie connaissance… le Monde supérieur, comme ils l’appelaient.
Le monde sans crime, sans vieillesse, sans mal. Il se souvenait d’un poème que Celeste avait beaucoup aimé. Le Pays du cœur. Impossible, en revanche, de se rappeler l’auteur. Sans doute quelque romantique de l’époque victorienne. La voix de Celeste en train de lire les vers fut soudain presque tangible, comme si elle se trouvait assise à côté de lui.