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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Abby était la seule encore debout.

Elle vit le vaisseau s’élever. L’horizon avait jusque-là occulté sa partie inférieure, mais un trou, immense, véritable cratère, semblait à présent se dessiner.

Le vaisseau montait avec la légèreté inimaginable d’un ballon gonflé à l’hélium.

Une gerbe de gaz volcaniques explosa dans son sillage.

Et le tir d’artillerie, devint un grondement plus sourd, plus effrayant. Et le sol s’affaissa sous la caravane, et se souleva de nouveau, et s’effondra…

Abby, à son tour, fut projetée à terre.

Le Vaisseau-Home avait plongé ses racines au plus profond de la lithosphère. Son artère centrale, véritable cordon ombilical le reliant à la Terre, descendait sous la croûte basaltique jusqu’au magma liquide.

Le départ du vaisseau fractura le substrat sous le magma, le morcela en monolithes flottant dans la masse pâteuse en fusion, et exposa le roc liquide à l’air froid de la nuit.

Le manteau protestait par de violentes secousses. Une onde de choc tectonique se propagea par des vagues centrifuges depuis son épicentre dans le Colorado du Nord, suivie d’une seconde et, immédiatement, d’une troisième.

La cavité creusée dans le sol vomit un nuage de gaz lumineux – magnifique « nuée ardente ». Le nuage, expulsé à une vitesse incroyable et sous l’effet d’une pression intense, éclaboussa la base du vaisseau de déjections volcaniques. Il se déploya autour du cratère et incendia la prairie sur un cercle de plusieurs kilomètres de diamètre.

Le vaisseau, qui s’élevait à la crête du maelström, accéléra vers les couches supérieures de l’atmosphère, vers les étoiles.

De haut, l’éruption ressemblait à une fleur, avec ses étamines de lave en fusion et ses pétales de fumée grise bordés de flammes incandescentes.

Le Vaisseau-Home montait sans bruit au-dessus d’une nuée tourbillonnante. Sa force motrice, silencieuse, transformait ses quelques gigawatts d’énergie perdue en un sillage de photons blanc bleuté.

À l’intérieur, les déserts frissonnaient sous la chaleur rouge du soleil, les prés alpins embaumaient les fleurs sauvages printanières. Les nouveaux océans léchaient les côtes des nouveaux continents.

Au-dessous, dans l’obscurité de la nuit, le volcan exhalait de gros soupirs de cendres et le feu se répandait sur les froids plateaux du Colorado.

Le premier choc projeta Matt par terre, près de Kindle.

Sans en avoir jamais vécu, il sut avec certitude qu’il s’agissait d’un tremblement de terre. Il chercha à s’agripper quelque part. En vain. Il se sentait aussi démuni qu’une souris dans son tambour. Après avoir été chahuté pendant d’interminables minutes, il parvint enfin à s’accrocher à la poignée d’une porte et à relever la tête pour regarder autour de lui.

Le couloir était envahi de poussière. Le séisme semblait la dénicher dans les moindres recoins où elle se tapissait. Et puis, outre le grondement de la terre, Matt distingua le bruit sec des solives qui se brisaient. Combien de temps encore la maison resterait-elle debout ?

Kindle se tordait sur le sol, une main crispée sur sa jambe blessée.

Matt se traîna jusqu’à la pièce où le colonel était mort. Les secousses paraissaient diminuer de violence, bien qu’elles n’aient pas encore tout à fait cessé. Il chercha Beth des yeux. Le corps de Tyler avait roulé jusqu’à celui de Joey ; les deux cadavres semblaient unis dans une macabre étreinte. Beth était pratiquement là où il l’avait laissée ; elle avait toutefois glissé de son appui et gisait par terre, légèrement sur le côté. Sa respiration était toujours aussi laborieuse, sinon plus.

Le sol trembla encore, et Matt s’accrocha à la porte jusqu’à la fin de la secousse. Il entendit ce qui devait être l’effondrement de la grange, derrière la maison : une série de craquements, de déchirures de bois. La vitre explosa, projetant une pluie de verre sur la pelouse.

Dès qu’il le put, Matt se précipita devant le trou béant de la fenêtre et regarda dehors.

Il ne pouvait voir le vaisseau, mais le devinait qui s’élevait, de l’autre côté de la maison. Il produisait toujours cette même luminosité bleutée et projetait des ombres qui devenaient plus courtes au fil de son ascension.

La porte de la caravane s’ouvrit, et Abby s’encadra sur le seuil, apparemment meurtrie et hébétée. Elle leva la main pour protéger ses yeux de la lumière trop vive. Matt entendit quelqu’un crier à l’intérieur – Jacopetti, peut-être. Il voulut avertir Abby de ne pas s’approcher de la maison qui risquait de s’effondrer d’une minute à l’autre ; les murs se lézardaient et il était miraculeux que seule la grange se soit pour l’instant écroulée. Il lui fallait d’urgence sortir Beth et Kindle, avant la prochaine secousse.

Mais il n’eut pas le temps de faire le moindre geste. Abby ouvrit soudain la bouche en un cri d’étonnement muet et se cramponna à la porte de la caravane.

Matt supposa – bien plus tard – que la caravane avait dû être garée au-dessus d’une grotte ou d’une rivière souterraine, un couloir naturel creusé dans la croûte terrestre qui se serait ouvert sous la violence du séisme. Sous ses yeux horrifiés, la caravane bascula sur le flanc, ainsi que le camping-car voisin – le sien. Les deux véhicules se télescopèrent et versèrent dans une cuvette de deux ou trois mètres de profondeur.

Abby retomba en arrière, dans l’intérieur sombre de la caravane. Les hurlements affolés de Jacopetti se turent abruptement.

Des étincelles fusèrent de la collision des deux véhicules.

— Mon Dieu, non… murmura Matt, atterré.

L’idée ne s’était pas plus tôt formée dans son esprit que l’essence, provenant sans doute du réservoir éventré du camping-car, s’enflamma.

Les flammes, soudain, jaillirent de partout. L’incendie, inexistant quelques secondes plus tôt, se propagea à une vitesse fulgurante.

Matt enjamba le rebord de la fenêtre et courut à travers la pelouse jusqu’à la caravane. Une bouteille de gaz explosa quelque part ; des morceaux de métal sifflèrent à ses oreilles.

La cuvette était moins profonde qu’il ne le redoutait. Mais au moment où il tentait de s’approcher de la caravane, un rideau de flammes se dressa devant la porte, le forçant à reculer.

Il appela Abby. Aucune réponse ne lui parvint. Il courut à l’arrière du véhicule. Les flammes ne l’avaient pas encore atteint, mais la chaleur écaillait la peinture sur l’aluminium ; quand il essaya de s’accrocher à la fenêtre, ses paumes se meurtrirent au métal brûlant.

Matt s’éloigna en rampant jusqu’à ce que la fournaise des véhicules incendiés ne fût plus aussi douloureuse.

Le vaisseau, rétréci par l’altitude, se coucha derrière l’horizon. Sa lumière déclina.

Il laissait derrière lui la lueur des véhicules en feu, et celle, funeste, du lointain volcan, incommensurable colonne de fumée déployée en éventail à l’endroit où il s’était élevé dans le ciel nocturne.

La prairie continuait à ondoyer, parcourue par des vagues de moindre vigueur. Comme celles d’un lac sous la brise.

Matt sortit de son état de stupeur. Ce n’était pas le moment de s’endormir. Beth et Kindle l’attendaient.

Il parvint à traîner Beth hors de la maison. Après l’avoir mise en sécurité, il revint chercher Kindle, qui était parvenu à ramper jusqu’à la porte avant de perdre connaissance.

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