Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
— Jusqu’à nouvel ordre.
— Allez-y, Abby, dit Matt. Tout se passera bien. Je vous le promets.
Il la regarda qui rejoignait les derniers survivants de Buchanan – Ganish, Makepeace, Jacopetti –, et refermait la porte de la caravane après y être montée derrière eux. Matt se sentit soudain plus seul que jamais.
Sur le point de se détourner de la fenêtre, il surprit un fugace éclair de lumière au coin de la caravane. Il se trompait peut-être, mais… il lui avait semblé distinguer le canon du Remington de Kindle.
Tyler l’avait-il vu, lui aussi ?
Apparemment non.
L’uniforme du colonel était trempé de sang. Il devait être considérablement affaibli, songea Matt. Et en état de choc. Son attitude calme n’en apparaissait que plus effrayante. Surnaturelle.
— J’ai besoin de bandes, dit Matt.
— Je ne veux pas que vous alliez retrouver ces gens.
— Je ne fais pas de miracles, colonel. Ces blessures nécessitent des bandages. La vôtre, par exemple. Il me faut au moins des linges propres.
— Vous devriez trouver ce qu’il vous faut dans la maison. Il y a un placard à linge dans le couloir de l’étage.
— Vous me faites confiance ?
— Ne soyez pas stupide. Si vous n’êtes pas de retour dans dix minutes, ou si je vous vois dehors, j’achèverai la fille. Allez chercher ce qu’il vous faut. Mais faites vite.
Le visage de Tyler était pâle et brillant de sueur.
Matt ne resta pas absent plus de cinq minutes. Il revint avec une pile de serviettes et de torchons propres, un paquet de coton hydrophile trouvé dans la salle de bains de Rosa Connor, et un plan.
Un plan dangereux, aisé à détecter, mais qui représentait le seul espoir pour lui-même et, peut-être, pour Beth.
L’ex-bureau de Vince Connor était baigné de la luminosité bleutée provenant de l’extérieur. Matt, toujours conscient de cette lumière, ne pouvait cependant perdre une seule seconde à s’interroger sur son origine. Il était totalement concentré sur sa tâche. Comme à l’époque de son internat. Parfois, à la fin d’un long service, alors qu’il dormait pratiquement debout, une urgence se présentait. Il était arrivé que son état de fatigue mette la vie du patient en danger ; mais le plus souvent, Matt parvenait à faire face par son pouvoir de concentration.
Il fixa son attention sur Tyler et Beth, sur la meilleure façon d’aborder le problème, sur la mort qui rôdait dans la pièce.
Il s’avançait vers Beth quand Tyler s’interposa :
— Pas encore. Je saigne énormément. Il n’est pas question que je perde connaissance.
— Son état est plus grave que le vôtre, colonel.
— Je le sais, répondit-il avec humeur. Je veux que vous arrêtiez cette hémorragie. Ensuite, vous pourrez vous occuper d’elle.
Matt n’argumenta pas. Concentre-toi. La moindre distraction pouvait lui être fatale.
Tyler maintint le revolver dirigé vers Beth mais laissa Matt l’approcher suffisamment pour étudier sa blessure. La clarté, plus intense semblait-il, permit à Matt de voir que la balle avait proprement traversé l’épaule de part en part.
— C’est Joey qui vous a blessé ?
— Oui. Il m’a trouvé avec la fille.
Il guetta la réaction de Matt.
— Ça vous choque ?
— Pas vraiment.
— Elle était… quel est le terme poli pour ce genre de chose ? Légère ?
Matt garda ses réflexions pour lui. Il prit le pouls du colonel. Rapide mais régulier.
— Avez-vous des nausées ? Des vertiges ?
— Non, pas particulièrement.
— La blessure est moins grave qu’elle n’y paraît.
— Je ne sens plus mon bras.
— La balle a vraisemblablement touché un nerf. Étant donné les circonstances, je ne peux rien faire. Vous comprenez ?
Tyler confirma de la tête.
Matt découpa la chemise et appliqua un gros bouchon de coton de chaque côté de la blessure avant d’improviser un bandage avec des lanières de torchon autour de l’épaule. Tyler grimaçait. La douleur commençait à entamer ses forces.
Une fois le bandage en place, Matt ouvrit sa sacoche. Il en sortit une seringue dont il ôta l’étui de plastique.
Son regard ne cessait de revenir au revolver, braqué presque négligemment sur Beth. Quelle force fallait-il pour presser la gâchette ?
Il planta l’aiguille dans le bouchon de caoutchouc d’une petite bouteille brune et en tira quelques millilitres de liquide.
Tyler l’observait.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Un antibiotique. Les balles ne sont pas spécifiquement propres.
— Est-ce nécessaire ?
— Tout dépend. Si vous voulez prendre le risque de la gangrène…
Tyler le considéra un long moment en silence. Curieux, songea Matt. Il semblait écouter. Quelle voix intérieure lui parlait ? Quelle présence invisible lui dictait ses actions ?
— Pouvez-vous piquer le bras blessé ? Il n’est pas question que je pose cette arme. Je ne suis pas bête à ce point.
— Alors la jambe ? suggéra Matt. La cuisse.
— Je ne retirerai pas mon pantalon.
— L’aiguille est longue. Elle franchira le tissu sans problème.
Tyler, distrait par la douleur, acquiesça d’un battement de paupières.
Matt expulsa l’air de la seringue, planta l’aiguille dans la cuisse de Tyler et injecta le liquide.
— Puis-je m’occuper de Beth, maintenant ?
— Allez-y.
Sissy, se plaignit le colonel. Je suis trop faible.
Mais non. Surtout ne dors pas. Reste éveillé !
Elle flottait toujours dans le coin de la pièce, dégageant une odeur de sang froid – à moins que ce ne fût la pièce elle-même qui empestait.
Ta blessure n’est pas grave ! Le docteur l’a dit.
Tu as confiance en lui ?
Il a fait le serment d’Hippocrate. Comme tous les médecins.
Mais je suis tellement fatigué.
Tu as toutes les cartes en main, insista Sissy. Joey est mort, la fille est fichue, Tom Kindle est parti, Tim Belanger aussi. La vieille femme n’est pas une menace. Tu peux tuer le docteur quand tu veux. Et ils ne sont que quatre dans la caravane. Dont une femme et un homme âgé. Sans armes. Tu n’auras pas de mal à te débarrasser de ces quatre-là.
Tous ces crimes, songea Tyler. Il en avait la tête qui tournait.
Il le faut, persista Sissy. Sinon les gens sauront.
Tyler jugea la chose possible. Tuer Wheeler. Aller jusqu’à la caravane. Le plus dur serait de marcher jusque-là. Ouvrir la porte et tirer, supprimer jusqu’au dernier souffle de vie.
L’opération ne présentait aucune difficulté majeure, mais son épuisement la rendait presque insurmontable.
Il leva le revolver, qui avait piqué du nez, mais l’arme lui parut peser une tonne dans sa main. Une nouvelle suspicion germa dans l’esprit du colonel.
La lumière était de plus en plus vive.
Matt s’agenouilla au-dessus de Beth. Anxieux, il déboutonna le chemisier et en écarta les pans, exposant ses seins menus, sa peau pâle éclaboussée de sang.
La balle avait perforé la poitrine et l’air s’engouffrait dans la cage thoracique ; chaque fois que Beth exhalait, des bulles de sang se formaient sur la blessure. Ses inspirations étaient laborieuses, étouffées, liquides.
À priori, la balle était restée dans le corps, peut-être déviée par un os.
Il prit le pouls carotidien qu’il trouva faible et irrégulier. Couverte de sueur, Beth n’eut aucune réaction quand il souleva sa paupière.