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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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— Il y a des témoins ?

— Aucun.

— Et vous croyez à des conneries pareilles ?

— Le colonel est un homme intelligent, Tom. Il a complètement embobiné le comité. Et du coup, je passais pour un paranoïaque.

— Un petit peu de parano n’a jamais fait de mal à personne. J’ai été prudent, pour revenir. Je me suis garé à cinq cents mètres d’ici et je me suis caché tout l’après-midi derrière la petite colline, là-bas. Je vous ai observés. J’ai rêvé ou Joey monte la garde devant le motor-home d’Abby ?

Matt lui parla de la femme-insecte, de la mort de William et de l’altercation d’Abby avec le colonel.

Kindle écoutait avec attention, les yeux écarquillés.

— Elle avait des ailes ?

— Je l’ai vue voler, Tom. Oui, elle avait des ailes. On aurait dit un immense papillon.

— Oh, Matt… dans quel monde on vit, bon sang ?

Tous deux observèrent un instant de silence songeur.

Kindle tenait toujours son fusil sur ses genoux.

— Et qu’est-ce que vous envisagez de faire ? demanda-t-il.

— Il ne peut pas garder Abby prisonnière éternellement. Tempête ou pas tempête, il va bien falloir qu’on se remette en route.

— S’il est encore temps. Je sais pas pourquoi Tyler rechigne à bouger d’ici, mais, à la limite, ça n’entre même pas en ligne de compte. Cette montagne sur l’horizon, là-bas, ne va pas nous attendre. Et c’est pas seulement sa vie, que Tyler met en jeu. Il y a Abby, et cette vieille femme, Miriam…

Et Beth, songea Matt.

— Mais Tyler tient le comité sous sa coupe.

— Il n’est plus question de voter, Matthew, mais de partir. De décamper en vitesse. Là, tout de suite. Tous ceux qui ne bouffent pas dans la main de ce colonel de mes deux. J’ai vu Belanger qui se tirait vers l’est, cet après-midi. C’est sûrement ce qu’il a fait de plus intelligent dans sa vie. Alors on va aller chercher Abby, Miriam…

— Beth…

— Et Beth, et on va foutre le camp avant que l’état-major ait le temps de comprendre ce qui se passe.

— Il faudra qu’on prenne mon camping-car, alors. Je veux avoir les médicaments avec moi.

— O.K. Il y a assez de place pour tout le monde jusqu’à ce qu’on trouve autre chose. On n’est qu’à deux jours de l’Ohio si on roule sans arrêt.

— Je croyais que vous ne vouliez pas y aller. Que vous vouliez rester dans le coin…

— Peut-être que j’ai envie de voir la chute du colonel. Et que je n’aime pas le fait qu’il ait enfermé Abby.

Kindle passa distraitement la main sur le canon de son Remington.

— Ou peut-être qu’un emmerdeur de toubib a fini par me faire renoncer à ma sacro-sainte solitude…

Beth était contente d’elle. Joey l’avait blessée, elle avait répondu. Tel qu’elle le connaissait, il devait être en train de ruminer sa colère.

Elle avait toujours aimé sa capacité à le provoquer. Tirer sur les moustaches du tigre pour voir s’il mord. Même si c’est sur elle qu’il doit se faire les dents. Surtout si c’est sur elle.

L’idée de Joey en train de macérer dans sa rogne l’excitait. Elle n’arrivait pas à trouver le sommeil.

Tu veux savoir où je passe la nuit, Joey ?

La seule évocation de ce qu’elle avait insinué lui faisait une drôle de sensation au creux du ventre.

Si elle sortait maintenant… le remarquerait-il ?

Il était de garde devant la caravane d’Abby. La joue pressée contre la vitre de sa petite fenêtre, Beth pouvait apercevoir la lueur du feu qu’il avait fait pour se tenir chaud. Joey prenait son rôle de sentinelle très au sérieux. Il ne dormait pratiquement plus. Et il ne semblait même pas en avoir besoin, en plus.

Il était accroupi, appuyé contre la porte de la caravane, en train de souffler sur ses doigts.

Si je quitte le campement par l’autre côté et que je reviens vers la maison…

Ce devait être possible.

Elle enfila son vieux jean et un chemisier, prit une longue inspiration et ouvrit la porte sur la nuit froide. Elle sortit sans bruit, pieds nus, les cheveux libres sur les épaules.

Il y avait plus de lumière qu’elle ne l’aurait souhaité. La lune venait juste de se lever. Et puis il y avait la luminosité du vaisseau. Une pulsation blême, comme s’il accumulait une sorte d’énergie particulière.

Beth se déplaçait lentement, aussi légère qu’un chat, dans la faible clarté phosphorescente.

Miriam, dans sa Travelaire, comprenait cette lueur. Allongée sur son lit, elle la sentait qui se glissait sous ses paupières closes.

Miriam était partagée entre deux endroits, désormais : le campement et le Vaisseau-Home. Les néocytes avaient brûlé les étapes. Il y avait la Miriam de là-bas, celle qui vivait sans corps, sans chair, et la Miriam d’ici – la vieille dame percluse d’arthrite, un pied dans la tombe – qui devenait plus légère, plus fragile à chaque seconde.

Tournant la tête vers la fenêtre, elle vit le vaisseau baigné dans son brouillard luminescent, aspirant les énergies qui lui permettraient de se détacher de la Terre.

Les énergies qui l’emporteraient vers les étoiles, épistémè humain palpitant dans la conscience de l’univers.

Bientôt, songea Miriam. Très bientôt.

Le colonel Tyler s’était installé dans une pièce du rez-de-chaussée de la maison. Pièce qui, quelques mois auparavant, avait été le bureau de Vince Connor. On y trouvait une grande table en bois de palissandre, des placards pleins de dossiers et un canapé assez large pour s’y étendre à son aise.

Le colonel s’assit dans le fauteuil préféré de Vince, un siège au dossier haut et droit, au rembourrage de cuir olive. Bien qu’il fût très tard, il ne dormait pas. Il n’avait pas fermé l’œil depuis trois nuits – un très mauvais signe.

Il haïssait l’obscurité. La nuit, Sissy avait tendance à disparaître. Or sa présence, pour détestable qu’elle fût, était souvent préférable à la solitude. Il voyait toujours se lever le jour avec soulagement. Le jour était le royaume du soleil, de la lumière. La nuit, les doutes revenaient le hanter.

Les doutes… et parfois la folie.

Le colonel avait la sensation que cette folie, qu’il maintenait à une époque dans une boîte bien fermée, s’était désormais infiltrée dans sa vie quotidienne. Elle se manifestait partout : avec Sissy, dont la quasi-omniprésence devenait suspecte ; dans le dérangement du monde ; dans l’envol de cette femme-insecte et dans la mort de ce pseudo-garçon, William.

Et aujourd’hui, Tim Belanger s’était enfui, et le colonel considérait cette échappée comme de très mauvais augure. C’était le symptôme d’une déliquescence qui avait tout d’abord atteint Tom Kindle pour contaminer Tim Belanger et qui s’attaquerait finalement à ses plus proches partisans : Ganish, Jacopetti, Joey. Et pourquoi pas lui-même…

— Colonel Tyler ?

Il releva la tête, surpris.

Beth Porter se tenait sur le seuil. Il ne l’avait pas entendue frapper.

Il s’éclaircit la gorge.

— Beth ?

Avec effort, il se reglissa dans la peau du colonel diurne.

Le regard de Beth s’arrêta sur le revolver qu’il avait placé sur l’accoudoir du fauteuil.

— Vous ne vous sentez pas bien ?

Quand lui avait-on demandé cela, la dernière fois ? A. W. Murdoch. Dans cette petite ville de Géorgie. Loftus.

— Mais si, bien sûr.

— Je peux entrer ?

Il l’y invita d’un signe de tête. Elle s’avança dans la lueur pâlichonne de la lampe et referma la porte derrière elle. Ce n’était plus une enfant, songea Tyler, et pas tout à fait une femme. Elle avait encore les gestes et l’inexpérience de l’adolescence.

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