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Электронная книга - «Citadelle». Краткое содержание книги:

Citadelle est un livre particulier dans le sens où il n'a jamais été achevé ni retouché (ou très peu) par Saint-Exupéry. L'œuvre est restée à l'état de brouillon dactylographié imparfait avant d'être mis en forme, tant bien que mal, par l'éditeur. Saint-Exupéry aborde ici tous ses thèmes récurrents déjà visités dans ses précédents écrits: l'Amour, l'Apprentissage, la Création, Dieu, les Hommes, les Voyages, etc.
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M'importe donc d'abord que ton Dieu te soit plus r�el que le pain o� tu plantes les dents. Alors t'enivrera jusqu'� ton sacrifice, lequel sera mariage dans l'amour.

Mais tu as tout d�truit et tout dilapid�, ayant perdu le sens de la f�te, et croyant t'enrichir de distribuer tes provisions au jour le jour. Car tu te trompes sur le sens du temps. Sont venus tes historiens, tes logiciens et tes critiques. Ont consid�r� les mat�riaux et, de ne rien lire au travers, t'ont conseill� d'en jouir. Et tu as refus� le je�ne qui �tait condition du repas de f�te. Tu as refus� l'amputation de la part de bl� qui, d'�tre br�l� pour la f�te, cr�ait la lumi�re du bl�.

Et tu ne con�ois plus qu'il soit un instant qui vaille la vie, aveugl� que tu es par ta mis�rable arithm�tique.

CXCI

Me vint donc de m�diter sur l'acceptation de la mort. Car logiciens, historiens et critiques ont c�l�br� pour eux-m�mes les mat�riaux qui servent � tes basiliques (et tu as cru qu'il s'agissait d'eux, alors qu'une anse d'aigui�re d'argent, si la courbe s'en montre heureuse, vaut plus que l'aigui�re d'or tout enti�re et te caresse mieux l'esprit et le c�ur). Voici donc que, mal �clair� dans la direction de tes d�sirs, tu imagines tirer ton bonheur de la possession et t'essoufles � empiler en tas les pierres qui eussent �t� ailleurs pierres de basilique, et dont tu fais la condition de ton bonheur. Alors que d'une seule pierre tel autre se r�chauffe l'esprit et le c�ur s'il y taille le visage de son dieu.

Tu es semblable au joueur qui, d'ignorer le jeu des �checs, cherche son plaisir dans l'empilage de pi�ces d'or et d'ivoire, et n'y trouve que l'ennui, alors que l'autre, que la divinit� des r�gles a r�veill� au jeu subtil, fera sa lumi�re de simples copeaux d'un bois grossier. Car l'envie de tout d�nombrer te fait t'attacher aux mat�riaux et non au visage qu'ils composent et qu'il importe d'abord de reconna�tre. C'est pourquoi il s'ensuit n�cessairement que tu tiennes d'abord � la vie comme � l'empilage des jours, alors que si le temple est pur de lignes, tu serais bien fou de regretter qu'il n'ait pas assembl� plus de pierres.

Ne me d�compte donc pas, pour m'�blouir, le nombre des pierres de ta maison, des p�turages de ton domaine, des b�tes de tes troupeaux, des bijoux de ta femme, ni m�me des souvenirs de tes amours. Peu m'importe. Je veux conna�tre la qualit� de la maison b�tie, la ferveur de la religion de ton domaine, et si le repas s'y d�roule joyeux au soir du travail accompli. Et quel amour tu as construit, et contre quoi, de plus durable que toi-m�me, s'est �chang�e ton existence. Je te veux devenu. Je te veux lire � ta cr�ation, non aux mat�riaux inemploy�s dont tu fais ta vaine gloire.

Mais tu me viens avec ce litige sur l'instinct. Car il te pousse � fuir la mort et tu as observ� de tout animal qu'il cherche � vivre. �La vocation de survivre, me diras-tu, domine toute vocation. Le pr�sent de la vie est inestimable et je me dois d'en sauver en moi la lumi�re.� Et tu combattras avec h�ro�sme pour te sauver, certes. Tu montreras le courage du si�ge, ou de la conqu�te, ou du pillage. Tu t'enivreras de l'ivresse du fort qui accepte de tout jeter dans la balance afin de mesurer qu'il p�se. Mais tu n'iras point mourir en silence dans le secret du don consenti.

Cependant je te montrerai le p�re qui vient de plonger dans la vocation du gouffre, � cause que son fils s'y d�bat et que son visage appara�t encore par intervalles, de plus en plus p�le, comme de l'apparition de la lune dans les d�chirures du nuage. Et je te dirai: �Le p�re, donc, n'est pas domin� par l'instinct de vivre�

��Oui, diras-tu. Mais l'instinct va plus loin. Il vaut pour le p�re et le fils. Il vaut pour la garnison qui d�l�gue ses membres. Le p�re est li� au fils��

Et plus souhaitable, et complexe, et lourde de mots est ta r�ponse. Mais je te dirai encore pour t'instruire:

�Certes, il est un instinct vers la vie. Mais il n'est qu'un aspect d'un instinct plus fort. L'instinct essentiel est l'instinct de la permanence. Et celui-l� qui a �t� b�ti vivant de chair, cherche sa permanence dans la permanence de sa chair. Et celui-l� qui a �t� b�ti dans l'amour de l'enfant, cherche sa permanence dans le sauvetage de l'enfant. Et celui-l� qui a �t� b�ti dans l'amour de Dieu cherche sa permanence dans son ascension en Dieu. Tu ne cherches point ce que tu ignores, tu cherches � sauver les conditions de ta grandeur dans la mesure o� tu la sens. De ton amour dans la mesure o� tu �prouves l'amour. Et je puis t'�changer ta vie contre plus haut qu'elle, sans que rien te soit enlev�.�

CXCII

Car tu n'as rien devin� de la joie si tu crois que l'arbre lui-m�me vit pour l'arbre qu'il est, enferm� dans sa gaine. Il est source de graines ail�es et se transforme et s'embellit de g�n�ration en g�n�ration. Il marche, non � ta fa�on, mais comme un incendie au gr� des vents. Tu plantes un c�dre sur la montagne et voil� ta for�t qui lentement, au long des si�cles, d�ambule.

Que croirait l'arbre de soi-m�me? Il se croirait racines, tronc et feuillages. Il croirait se servir en plantant ses racines, mais il n'est que voie et passage. La terre � travers lui se marie au miel du soleil, pousse des bourgeons, ouvre des fleurs, compose des graines, et la graine emporte la vie, comme un feu pr�par� mais invisible encore.

Si je s�me au vent j'incendie la terre. Mais tu regardes au ralenti. Tu vois ce feuillage immobile, ce poids de branches bien install�es, et tu crois l'arbre s�dentaire, vivant de soi, mur� en soi. Myope et le nez contre, tu vois de travers. Te suffit de te reculer et d'acc�l�rer le pendule des jours, pour voir de ta graine jaillir la flamme et de la flamme d'autres flammes et marcher ainsi l'incendie se d�v�tant de ses d�pouilles de bois consum�, car la for�t br�le en silence. Et tu ne vois plus cet arbre-ci ni l'autre. Et tu comprends bien, des racines, qu'elles ne servaient ni l'un ni l'autre, mais ce feu d�vorant en m�me temps que constructeur, et la masse de feuillage sombre qui habille ta montagne n'est plus que terre f�cond�e par le soleil. Et s'installent les li�vres dans la clairi�re, et dans les branches les oiseaux. Et tu ne sais plus, de tes racines, dire qui d'abord elles servent. Il n'est plus qu'�tapes et passages. Et pourquoi voudrais-tu croire de l'arbre ce que tu ne crois point de la semence? Tu ne dis point: �La semence vit pour soi. Elle est accomplie. La tige vit pour soi. Elle est accomplie. La fleur en quoi elle se change vit pour soi, elle est accomplie. La semence qu'elle a compos�e vit pour soi, elle est accomplie.� Et de m�me une fois encore du germe neuf qui pousse sa tige t�tue entre les pierres. Quelle �tape me vas-tu choisir pour la faire aboutissement? Moi, je ne connais rien qu'ascension de la terre dans le soleil.

Ainsi de l'homme et de mon peuple dont j'ignore o� il va. Closes sont les granges et mur�es les demeures quand vient la nuit. Dorment les enfants, dorment les vieilles et les vieux, que saurais-je dire de leur chemin? Si difficile � d�m�ler, si imparfaitement pr�cis� par la d�marche d'une saison, laquelle n'ajoute qu'une ride � la vieille, laquelle n'ajoute que quelques mots au langage de l'enfant, laquelle � peine change le sourire. Laquelle ne change rien de la perfection ni de l'imperfection de l'homme. Et cependant, mon peuple, je te vois, si j'embrasse des g�n�rations, t'�veiller � toi-m�me et te reconna�tre.

Mais certes nul ne pense hors de soi. Et cela est bien ainsi. Importe que le ciseleur cis�le l'argent sans se distraire. Que le g�om�tre songe g�om�trie. Que le roi r�gne. Car ils sont condition de la marche. De m�me que les forgeurs de clous chantent les cantiques des forgeurs de clous, et les scieurs de planches, les cantiques des scieurs de planches, bien qu'ils pr�sident � la naissance du navire. Mais salutaire leur est la connaissance du voilier par le po�me. N'en aimeront pas moins leurs planches et leurs clous, bien au contraire, ceux qui auront ainsi compris qu'ils se retrouvent et s'ach�vent dans ce long cygne ail� et nourri des vents de la mer.

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