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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Elle détourne la tête en tremblant et lève le bras pour se protéger les yeux. Au bout d’un moment, elle commence à prier. Elle s’adresse d’abord aux Cinq, puis à l’esprit de Kundalimon et enfin, sans savoir pourquoi, elle essaie également de se faire entendre de la Reine.

Nialli Apuilana décroche l’étoile hjjk du mur et elle la lève devant ses yeux en la tenant par les côtés. Elle fixe son regard sur le centre évidé de l’étoile, réduisant lentement le champ de sa vision à la petite ouverture.

Tout est sombre. Peut-être perçoit-elle une sorte d’image au plus profond de l’obscurité, mais elle n’en est pas sûre et, s’il y en a vraiment une, elle est vague, floue, avec des contours fondus, l’ombre d’une ombre. L’étoile avait autrefois le pouvoir de lui montrer le Nid, du moins le croyait-elle, mais maintenant…

Rien. Rien d’autre que des ombres fuyantes qui se dérobent à son regard malgré tous les efforts qu’elle fait pour les discerner. Aucune trace du Nid. Qu’est-il devenu ? se demande Nialli Apuilana. L’a-t-elle jamais vu dans l’étoile ?

— Veux-tu voir ? interroge une voix intérieure.

— Oui.

— Ce que tu verras peut te changer.

— J’ai déjà connu tant de changements. Un de plus ne pourra pas me faire de mal.

— Très bien. Vois donc ce qu’il y a à voir.

Elle a alors l’impression que les ténèbres se dissipent, que l’obscurité qui règne au centre de l’étoile s’éclaire et elle distingue de nouveau les galeries familières où elle a vécu pendant un certain temps. Des formes les parcourent. Elle resserre son étreinte sur l’étoile et accroît l’intensité de son regard.

Oui, des formes.

Elle les voit maintenant très distinctement.

Monstrueuses, étranges, déformées. Des têtes en forme de hache, des bras comme des sabres. Des yeux énormes et froids, brillant comme des miroirs de verre noir qui renvoient en même temps mille images maléfiques. Des becs luisants qui claquent et se tendent vers elle comme des poignards, à travers l’ouverture de l’étoile. Nialli Apuilana entend les sifflements âpres de leur rire moqueur. L’étoile, cet objet tout simple, fait d’herbe tressée, se couvre de poils noirs et piquants. Son centre évidé devient une bouche obscure et velue, luisante, béante, une ouverture humide et glissante qui émet de petits bruits de succion insinuants.

Elle se sent tirée par quelque chose qui essaie de l’entraîner vers le cœur de la petite étoile d’herbe tressée.

L’envie de s’abandonner est forte. Retourne dans le Nid, laisse le lien se reformer, va t’asseoir aux pieds du penseur du Nid et laisse sa sagesse te pénétrer. Laisse-toi conduire auprès de la Reine pour sentir Son contact. N’était-ce pas ce qu’elle voulait ? N’était-ce pas ce qu’elle avait toujours voulu ? Et Kundalimon. La plus forte de toutes les tentations. On lui rendrait Kundalimon. Viens à nous et Kundalimon sera de nouveau à toi. Est-ce possible ? Comme c’est tentant. Comme il serait facile de s’abandonner. Comme il serait bon de retrouver le Nid, ce sentiment de paix… de sécurité…

Non. Non. Comment cela serait-il possible ? Nialli Apuilana résiste de toute la force de son âme. Elle se sent toujours attirée vers le cœur de l’étoile. Mais, petit à petit, tandis qu’elle continue de résister, l’attraction perd de sa force. Elle jette l’étoile en frissonnant et la regarde rouler jusqu’au fond de la pièce où elle s’arrête contre le mur, dressée sur une de ses branches. Mais même de cette distance, elle continue de l’appeler.

Viens à nous. Viens. Viens.

Les images cauchemardesques refusent de la quitter. Les becs et les griffes, les bouches velues, les myriades d’yeux froids et brillants. Elles flamboient dans son esprit malgré les efforts qu’elle fait pour les chasser. Elle croyait avoir déjà livré et remporté cette bataille quelques semaines plus tôt. Mais non, elle n’a pas encore réussi à s’arracher totalement à l’étreinte de la Reine.

L’air lui manque. Les battements de son cœur s’accélèrent. Elle éprouve des picotements sur toute sa peau, une sensation de froid cuisant. Les mystères tourbillonnent dans sa tête. Les murs de sa petite chambre semblent se refermer sur elle. Des ruisseaux de sang courent sur le sol. Des membres tranchés se dressent et dansent frénétiquement autour d’elle. L’étoile appuyée contre le mur émet de sinistres pulsations de lumière verte. Des bras fluets et velus sortent de l’ouverture centrale et se tendent avidement vers elle. Des voix âpres, ténues mais aguichantes, murmurent son nom.

— Non, dit-elle. Je ne suis plus des vôtres.

Elle recule lentement sans quitter l’étoile des yeux. Elle atteint la porte, passe la main derrière son dos et l’ouvre en tâtonnant puis elle se glisse rapidement dans le couloir. Elle claque la porte derrière elle et la tient fermée. Elle s’appuie contre elle, emplit d’air ses poumons et attend que cesse le vertige qui l’a prise et que se calment les battements frénétiques de son cœur.

Elle est libre. Libre.

Et maintenant, que faire ?

Il n’y a qu’une seule personne dans la cité vers qui elle puisse se tourner.

Je vais aller voir mon père, se dit-elle.

— Ce qu’ils veulent, c’est détruire la Reine, si cela leur est possible, dit Husathirn Mueri. Je vous en donne ma parole.

Il se trouvait dans la chapelle de Kundalimon, au fond de l’impasse donnant sur la rue des Poissonniers. Il n’y avait pas d’office ce jour-là et les deux seules autres personnes présentes étaient Tikharein Tourb et Chhia Kreun, l’enfant-prêtre et la petite prêtresse.

Husathirn Mueri était devenu un pratiquant assidu de la nouvelle religion, ce qui n’allait pas sans l’étonner lui-même. Ce qui n’était au début qu’une enquête s’était transformé en… Était-ce une sorte de foi ? Ou bien encore une surveillance vigilante ? Il ne savait plus très bien. La chapelle, ce lieu sordide empestant le poisson séché et les odeurs de transpiration des ouvriers qui venaient quatre fois par semaine proclamer leur amour de la Reine, était devenue son meilleur refuge au plus fort de la tempête qui balayait Dawinno. Il affirmait à Chevkija Aim qu’il poursuivait son enquête, mais, au fond de lui-même, il n’en était pas si sûr.

— Mais sont-ils capables de faire cela ? demanda l’enfant-prêtre. Quelqu’un en est-il capable ? Cela semble si difficile à croire.

— Que la Reine puisse être détruite ?

— Qu’ils puissent être assez malveillants pour vouloir le faire.

— Ils la tueront, dit Husathirn Mueri, comme ils ont tué Kundalimon. Leur haine de la vérité du Nid est sans limites.

— C’est donc Thu-kimnibol qui a tué Kundalimon, dit la fillette, l’air très étonné.

— Je croyais que tu le savais, dit Husathirn Mueri en se tournant vers elle. C’est Thu-kimnibol qui a donné l’ordre de le tuer à Curabayn Bangkea, le capitaine de la garde, qui a lui-même été réduit au silence.

— C’est bien la vérité que vous nous dites ? demanda Tikharein Tourb.

— Bien sûr que c’est la vérité ! Par tous les dieux, c’est la vérité !

Les yeux plissés, Tikharein Tourb le considéra longuement, comme pour le jauger et le juger, et ses yeux verts étaient froids comme la glace qui remplit les entrailles de la planète. Il n’avait été donné qu’une seule fois à Husathirn Mueri de voir des yeux comme ceux-là : ceux de l’émissaire Kundalimon, si pâles et si froids. Mais le regard de Kundalimon, aussi implacable fût-il, avait toujours laissé transparaître une lueur de compassion alors que celui du gamin était totalement glaçant et absolument terrifiant.

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