La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Nouveau printemps #2
- Год: 1990
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-06701-0
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
Salaman était dans son pavillon. Son organe sensoriel se balançait de part et d’autre de son corps en décrivant de larges arcs de cercle et il projetait son esprit dans les immensités désertes qui entouraient Yissou, il balayait les contrées méridionales en quête d’informations. Dans la direction opposée, de l’autre côté de la cité, son fils Biterulve, installé lui aussi au sommet du rempart, attendait des nouvelles du nord.
Le nouveau réseau de communications fonctionnait enfin. Il avait fallu tout l’hiver pour le mettre sur pied : trouver des volontaires, les former, les envoyer loin de la cité pour établir les postes avancés qui seraient camouflés en formes. Et maintenant ses agents étaient échelonnés comme les perles d’un collier s’étirant vers le sud, presque jusqu’aux portes de la Cité de Dawinno, et vers le nord, aussi loin dans la direction du territoire hjjk qu’il leur avait paru possible de s’enfoncer sans courir de péril.
De tous côtés lui parvenaient les bourdonnements et les grésillements des visions obtenues par la seconde vue qui convergeaient vers lui. Le roi concentrait toute la force de son esprit puissant sur ces messages. Il venait tous les jours à l’aube pour écouter, pour attendre.
Ces transmissions mentales n’étaient pas faciles à réaliser. Les messages étaient toujours brouillés, souvent ambigus et malaisés à interpréter. Mais il n’y avait pas d’autre moyen, à moins d’obliger des courriers à faire des allers et retours continuels. Et les nouvelles qu’ils apporteraient auraient au mieux plusieurs semaines de retard. C’était impensable ; les événements se précipitaient beaucoup trop. Si seulement il avait comme Hresh une Pierre des Miracles, il pourrait peut-être laisser son esprit errer de-ci de-là et scruter la surface de la planète. Mais il n’existait qu’une seule Pierre des Miracles, et c’est Hresh qui la détenait.
Rien ne marchait ce jour-là. Les messages qui lui parvenaient ne valaient rien. Obscurs et nébuleux, confus et brumeux ; rien de clair là-dedans. Une perte de temps et d’énergie.
Tant pis, songea Salaman en laissant retomber son organe sensoriel endolori par la fatigue. Cela ira peut-être mieux demain. Et il se dirigea vers l’escalier.
Mais soudain, il eut l’impression qu’une voix excitée l’appelait du ciel et il perçut la présence de son fils.
— Père ! Père !
— Biterulve ?
— M’entends-tu, père ? C’est Biterulve !
— Oui, je t’entends.
— Père ?
— Parle-moi, mon garçon ! Parle-moi !
Puis, de nouveau, le silence. Salaman sentit la fureur monter en lui. Son fils avait à l’évidence quelque chose d’important à lui dire, mais il était tout aussi évident que les messages de Biterulve et ses propres réponses n’étaient pas coordonnés.
Salaman pivota sur lui-même et inclina son organe sensoriel dans la direction d’où il avait reçu l’émission de Biterulve. C’était exaspérant ! Tout était imprécis, inexact, approximatif, des images et des sensations à la place des mots, et qu’il fallait déchiffrer, qu’il fallait interpréter ! Mais il devait y avoir des nouvelles du nord. Salaman en avait la conviction ; il avait perçu d’une manière indiscutable l’excitation de son fils.
— Biterulve ?
— Père ! Père !
— Je t’entends. Dis-moi ce qui se passe.
Il sentit les efforts que faisait le jeune prince. Biterulve était doté d’une grande sensibilité, mais assez particulière, car elle devenait plus aiguë à mesure que la distance augmentait. Salaman martela du poing les briques du chemin de ronde, puis il dressa son organe sensoriel aussi haut qu’il le put et battit l’air de ses bras écartés comme si cela pouvait lui permettre de recevoir plus distinctement le message de son fils.
Et il reçut une image d’une indiscutable netteté.
Des corps ensanglantés gisaient dans une plaine entre deux cours d’eau. Des centaines de corps. Ceux des fidèles de Zechtior Lukin.
De hautes silhouettes émaciées se déplaçaient au milieu du charnier, se baissant de temps en temps comme pour ramasser des trophées.
Des hjjk.
— Ils sont morts, père. Les Consentants. Tous, jusqu’au dernier. M’entends-tu ?
— Oui, mon garçon, je t’entends.
— Père ? Père ? Cela m’est parvenu avec une telle netteté, retransmis par nos relais du nord. Ils ont tous été massacrés, en territoire hjjk, à un endroit où une rivière se divise en plusieurs bras. Les Consentants ont été exterminés.
Salaman hocha la tête, comme si Biterulve s’était tenu juste devant lui. En faisant appel à toute sa force mentale, il projeta violemment vers le jeune prince un message si véhément qu’il était certain qu’il arriverait à destination, pour lui dire qu’il avait bien capté l’information. Quelques instants plus tard, il reçut la confirmation de Biterulve, soulagé de savoir qu’il avait réussi à se faire comprendre.
Enfin, se dit Salaman.
Enfin la roue commence à tourner.
Les Consentants avaient enduré le martyre auquel ils aspiraient. Le moment était venu d’envoyer les troupes composant l’armée de la vengeance, qui connaîtraient sans doute le même sort, mais sans faire montre de la même résignation. Puis il faudrait se préparer à la guerre totale qui ne pouvait manquer de s’ensuivre.
Le roi se retourna de nouveau vers le sud. Pendant quelques instants, il demeura immobile, prenant de longues inspirations, rassemblant ses forces. Il ne devait y avoir cette fois ni mystère ni ambiguïté. Le message devait être transmis et relayé sans la moindre distorsion et parvenir à Thu-kimnibol dans la lointaine Dawinno sans être entaché d’erreur.
Il rassembla les images. Les corps gisant près de la rivière. Les formes sombres et anguleuses parcourant le champ de bataille. La nouvelle armée franchissant les portes de Yissou et s’enfonçant courageusement en territoire ennemi pour venger le massacre de Zechtior Lukin et de ses fidèles. L’affrontement violent et inévitable. Les hjjk rendus furieux, proférant des menaces.
Puis les portes de Dawinno qui s’ouvrent et une armée considérable de guerriers qui sort de la cité. Thu-kimnibol à la tête de ses troupes.
Salaman sourit. Il leva son organe sensoriel et le raidit. L’énergie accumulée à la base de la colonne vertébrale se propageait jusqu’à l’extrémité de l’appendice. Il ferma les yeux et projeta avec violence le message qui fusa vers le sud, retransmis de relais en relais, se propageant comme un trait de feu et franchissant avec la rapidité de l’éclair les immensités désertes qui s’étendaient entre les deux cités.
— J’invoque les termes de notre alliance. Nous sommes en guerre.
Il se passe quelque chose de grave. Seule dans sa chambre de la Maison de Nakhaba, Nialli Apuilana perçoit un brusque tremblement, un soulèvement, un déchirement, comme si la planète venait d’être arrachée et tournoyait follement dans l’espace. Elle se dirige vers la fenêtre. Tout semble calme dans les rues. Mais sa seconde vue lui montre le soleil, suspendu dans les airs, juste au-dessus de sa tête, devenu une boule énorme d’où coulent des fleuves de sang. Dans les ténèbres de la voûte céleste tournoient des traînées vertes et glacées qui suivent les comètes.