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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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— Tu n’as absolument rien compris, Thu-kimnibol ! lança-t-elle avec une étincelle de défi dans le regard. Si je suis venue te voir, c’est pour t’offrir mon aide et mon soutien.

— Quoi ?

— Je veux t’accompagner. Je veux partir vers le nord avec toi.

— Afin de nous espionner pour le compte de la Reine ?

Elle le foudroya du regard et il la vit ravaler une riposte furieuse.

— Tu ne sais absolument rien de ceux que tu vas combattre, dit-elle d’un ton glacial. Moi, je les connais autant qu’il est possible de les connaître. Je peux te guider. Je peux t’expliquer certaines choses quand tu approcheras du Nid. Je peux t’aider à éviter des dangers dont tu ne peux pas avoir la moindre idée.

— Je t’inspire bien peu de confiance, si tu me crois assez bête pour faire cela, Nialli.

— Et moi, je ne dois pas t’en inspirer du tout, si tu t’imagines que je trahirais quelqu’un de mon sang !

— Quelles raisons aurais-je de croire que tu ne le feras pas ?

Les narines dilatées, la fourrure gonflée, elle le fixait d’un regard noir en mordant sa lèvre inférieure.

Puis, à sa profonde stupéfaction, il la vit tendre son organe sensoriel vers le sien.

— Si tu doutes de ma loyauté, Thu-kimnibol, dit-elle d’une voix affreusement calme, je t’invite à accomplir sur-le-champ un couplage avec moi. Tu seras ainsi en mesure de juger par toi-même si je suis une traîtresse.

C’était une étrange contrée qu’il découvrait après cinq jours de route plein nord et trois autres jours dans la direction du nord-est. Hresh n’était jamais venu par-là et il doutait que cette région ait vu passer de nombreux voyageurs. Il n’y avait pas une seule exploitation agricole de ce côté-ci des collines et la route principale reliant Dawinno à Yissou passait bien à l’ouest.

Le terrain était accidenté, sillonné de gorges et de ravines, et balayé par un vent froid et sec soufflant du cœur du continent De nombreux séismes avaient déformé l’écorce terrestre et les passages incessants des anciens glaciers avaient provoqué une érosion mettant à nu la carcasse de la planète. De longues stries sombres se détachaient sur la pierre d’un brun rougeâtre des collines.

Sa voiture était tirée par un seul xlendi. Il eût sans doute été plus prudent d’en avoir emmené deux, mais il connaissait si peu ces bêtes de trait qu’il avait préféré éviter les difficultés qui se seraient posées si deux animaux attelés en paire ne s’entendaient pas. Il laissait donc son xlendi régler l’allure et se reposer quand il en éprouvait le besoin.

Hresh n’avait rien emporté de la Maison du Savoir. Pas un seul livre, pas une carte, pas le moindre objet de la Grande Planète. Tout cela ne comptait plus maintenant et il avait tenu à tout laisser derrière lui. Ce voyage, ce pèlerinage devait être la dernière aventure de sa longue existence et il avait estimé préférable de ne pas s’embarrasser de tout ce barda du passé.

Il avait toutefois fait une exception. Le Barak Dayir, dans sa petite bourse de velours, était attaché à sa ceinture, sous son écharpe. Hresh n’avait pas pu se résoudre à s’en séparer.

Il avançait ainsi tranquillement depuis plusieurs jours, suivant un itinéraire qui se traçait de lui-même, et il scrutait l’horizon sans relâche, dans l’espoir de découvrir une bande errante de hjjk.

Où êtes-vous, enfants de la Reine ? C’est Hresh-le-questionneur qui vient vous parler !

Mais il n’avait pas encore aperçu un seul hjjk.

Il supposait qu’il ne devait plus être très loin du Nid secondaire où Nialli avait été conduite quelques années auparavant. Mais, s’il y avait des hjjk dans les environs, ils ne se montraient pas. À moins que la population des insectes ne fût si clairsemée dans la région qu’il n’était pas passé à proximité de leur campement.

Aucune importance. Il finirait bien par trouver des hjjk, ou ce seraient eux qui le trouveraient, en temps et lieu. Pour l’instant, il lui suffisait de poursuivre sa route en zigzaguant dans la campagne accidentée.

Cette contrée froide et venteuse semblait relativement fertile. Il y avait de grands arbres à l’épais tronc noir et au vaste feuillage jaune, extrêmement espacés, comme s’ils ne supportaient pas la concurrence, et qui étouffaient les jeunes pousses essayant de se faire une place dans leur zone d’influence.

Des arbustes accrochés au sol étalaient leurs feuilles blanches et pelucheuses pour recouvrir la terre comme un épais tapis. D’autres végétaux en forme de panier, dont les branches formaient un enchevêtrement impénétrable, roulaient et basculaient comme des animaux en liberté.

Mais si certains végétaux ressemblaient à des animaux, Hresh vit des animaux qui auraient fort bien pu être des végétaux. Il vit des troupes de créatures vertes et onduleuses dressées sur leur queue au fond d’un petit trou, qui donnaient l’impression d’être véritablement plantées dans le sol. Il les regarda se détendre brusquement pour happer de petits oiseaux ou des insectes sans méfiance et reprendre leur place à l’entrée de ce trou d’où elles ne sortaient jamais entièrement. Il en vit d’autres qui semblaient n’être que des bouches gigantesques au corps atrophié, immobiles contre des rochers, qui émettaient des grondements prolongés dont le pouvoir magnétique attirait leurs proies qui se laissaient dévorer. Hresh avait gardé le souvenir de ces créatures qu’il avait déjà rencontrées pendant le long voyage du cocon à Vengiboneeza, quand il n’était encore qu’un gamin. Il avait failli se laisser hypnotiser par les bouches géantes, mais maintenant il était devenu invulnérable à leur sinistre musique.

Hresh n’avait dit à personne qu’il quittait Dawinno. Il était allé voir une dernière fois tous ceux à qui il tenait vraiment : Thu-kimnibol, Boldirinthe et Staip, Chupitain Stuld et, bien entendu, Nialli Apuilana et Taniane. Mais il n’avait confié à aucun d’eux, pas même à Taniane, qu’il s’agissait en fait d’une visite d’adieu.

Cela lui avait été difficile de cacher la vérité, surtout à Taniane, mais Hresh savait que, s’ils apprenaient ce qu’il avait l’intention de faire, ils essaieraient de l’empêcher de partir. Il avait donc préféré quitter furtivement la cité au petit matin et se fondre dans les brumes de l’aube. Maintenant, ayant mis une distance suffisante entre Dawinno et lui, il n’éprouvait pas le moindre regret. Une longue phase de sa vie s’était achevée, une nouvelle commençait.

L’unique regret qu’il pouvait avoir était d’avoir si bien bâti la cité. Il commençait à avoir le sentiment qu’il avait guidé le Peuple sur la mauvaise voie, qu’il avait commis une erreur en construisant Dawinno à l’image de la glorieuse Vengiboneeza et en essayant de recréer la Grande Planète à l’ère du Printemps Nouveau. Les dieux avaient effacé la Grande Planète de la Terre, car cette civilisation était arrivée à son terme. La Grande Planète avait atteint le stade ultime de son développement et était arrivée au point mort. Si les étoiles de mort ne l’avaient pas anéantie, sa perfection se serait insensiblement altérée. Contrairement à une machine, une civilisation est une chose vivante pour qui la seule alternative est croître ou dépérir.

Hresh avait voulu que le Peuple parvienne d’un seul bond à la grandeur que cette civilisation de la Grande Planète avait mis plusieurs centaines de milliers d’années à atteindre. Mais ceux de sa race n’étaient pas prêts pour cela ; ils n’étaient sortis de leurs cocons que depuis une seule génération. Ce grand bond en avant les avait donc fait passer prématurément de la simplicité d’une société primitive à la décadence et à la corruption, sans leur laisser le temps de réaliser pleinement en eux la nature humaine. Cette guerre funeste en était l’exemple. Un crime contre les dieux, contre les lois de la cité, contre l’essence même de la civilisation. Mais il savait qu’il ne pourrait rien faire pour l’empêcher.

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