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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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— Sautez ! hurla Maju Samlor. Plus haut ! Tendez les jambes ! Écarte ton organe sensoriel, espèce d’abruti !

Thu-kimnibol éclata de rire. Puis il tourna la tête et vit Chevkija Aim qui descendait les gradins en se dirigeant vers lui.

— Dumanka est arrivé, prince, annonça le capitaine de la garde en le saluant. Ainsi que Esperasagiot et son frère.

— Parfait. Amène-les-moi.

Les trois hommes sortirent du passage qui courait sous les tribunes. Dumanka ouvrait la marche, suivi des deux Beng. Ils saluèrent respectueusement Thu-kimnibol.

— Connaissez-vous mon frère, prince ? demanda Esperasagiot. C’est un bon conducteur de xlendis. Il s’appelle Thihaliminion.

Thu-kimnibol l’examina de la tête aux pieds. Il était un tout petit peu plus grand que Esperasagiot et avait l’éblouissante fourrure dorée du Beng de pure souche. Il semblait avoir deux ou trois ans de moins que son frère.

— Esperasagiot vous a fait le plus beau des compliments, dit-il. C’est la première fois qu’il reconnaît ne pas être le seul homme de la création à comprendre et à savoir manier ces animaux.

— Prince ! s’écria Esperasagiot.

— Ce que je sais, c’est lui qui me l’a enseigné, dit Thihaliminion en inclinant la tête. Il m’a appris à connaître les xlendis comme Dumanka m’a appris la soumission aux dieux.

— Vous êtes des Consentants ? Tous les trois ?

— Tous les trois, prince, dit Dumanka.

L’intendant frappa joyeusement dans ses mains.

— Et que de paix et de joie nous apporte notre foi, poursuivit-il. Je vous montrerai notre petit livre, seigneur. Je le tiens d’un certain Zechtior Lukin, équarrisseur à Yissou. Quand vous le lirez, vous atteindrez à la compréhension de la grande vérité de l’univers qui est que tout est comme il doit être, qu’il ne sert à rien de se plaindre de son sort, car notre sort est entre les mains des dieux et à quoi bon…

— Suffit, mon ami, dit Thu-kimnibol en devant la main. Tu me convertiras un autre jour. Nous avons d’abord une armée à entraîner. Et je pense que tu peux m’être utile.

— Je suis aux ordres de Votre Seigneurie, dit Dumanka.

— J’ai entendu parler de ce Zechtior Lukin quand nous étions à Yissou, poursuivit Thu-kimnibol. Ou, plus précisément, de ses préceptes. C’est le roi Salaman qui m’en a parlé. L’idée générale est qu’il ne faut ni craindre la mort ni la déplorer, car tout cela fait partie d’un dessein divin. Il nous faut donc l’accepter sans hésitation, quelle que soit la forme sous laquelle elle vient à nous. Ai-je bien compris ?

— Vous avez parfaitement résumé notre doctrine, dit Esperasagiot.

— Parfait. Parfait Et combien d’habitants de Dawinno, à votre avis, suivent maintenant les préceptes des Consentants ?

— Je dirais, prince, que nous sommes à peu près deux cents et que ce nombre augmente de jour en jour. Je vois d’ailleurs quelques-uns des nôtres sur ce stade, ajouta le maître d’équipage en regardant par-dessus son épaule.

— Et vous êtes les trois principaux dirigeants de ce mouvement ?

— C’est moi qui ai découvert cette doctrine à Yissou, répondit Dumanka, et je l’ai transmise à Esperasagiot et Thihaliminion qui la répandent de leur mieux.

— Répandez-la encore plus vite. Je compte sur vous. Je veux que lorsque nous nous mettrons en route vers le nord, tous mes hommes soient devenus des Consentants. Je veux avoir autour de moi des soldats qui n’ont pas peur de mourir.

Sur ces mots, il les congédia.

Le bruit mât des sabres de bois s’entrechoquant sur le terrain de manœuvre retentissait comme une joyeuse musique. Une vision flamboyante surgit dans l’esprit de Thu-kimnibol et il vit le Nid en feu, le sol jonché de milliers de corps de hjjk claquant du bec avec impuissance, la Reine se débattant dans les affres de la mort…

— Seigneur ? dit Chevkija Aim qui était revenu sans qu’il le voie. Nialli Apuilana demande à vous parler.

— Nialli ? Par tous les dieux, qu’est-elle venue faire ici…

Son visage s’éclaira d’un large sourire.

— Oui, je vois. Elle est sans doute venue me faire la leçon et me parler du fléau de la guerre. Dites-lui de revenir un autre jour, Chevkija Aim. La semaine prochaine. Ou mieux, l’année prochaine.

— Très bien, Votre Seigneurie.

Mais Nialli Apuilana apparut juste derrière le capitaine de la garde dont la fourrure se gonfla sous l’effet de l’irritation.

— Le prince Thu-kimnibol est occupé en ce moment à…

— Il va me parler.

— Il m’a demandé de vous dire…

— Et, moi, je vous demande de lui dire que sa nièce, la fille du chef, a une affaire urgente à traiter avec lui.

— C’est impossible, madame. Vous ne pouvez pas…

Cela pouvait durer toute la journée.

— Laissez-la passer, Chevkija Aim, dit Thu-kimnibol. Je vais lui parler.

— Merci, mon oncle, dit Nialli Apuilana, sans se montrer particulièrement gracieuse.

Thu-kimnibol ne l’avait pas vue depuis si longtemps – le jour de son départ pour Yissou – qu’il eut presque l’impression de se trouver devant une inconnue. Il fut stupéfait de constater à quel point elle avait changé, non pas tant dans son apparence physique que dans l’aura et les vibrations qui émanaient d’elle. Elle semblait plus forte, plus mûre, débarrassée des derniers lambeaux de l’enfance. La force, la passion et une maturité nouvelle irradiaient d’elle. Son âme brillait d’un éclat très vif. Elle était nimbée d’un rayonnement royal qui l’enveloppait comme un manteau de lumière et lui conférait une beauté ardente. Jamais encore il n’avait perçu cela en elle, et il en était bouleversé. Il avait l’impression de la voir pour la première fois.

Ils demeurèrent face à face en silence pendant un long moment.

— Alors, Nialli ? dit-il enfin. Si tu es venue pour m’attaquer, finissons-en tout de suite. J’ai tellement de choses à faire en ce moment.

— Tu crois que je suis venue en ennemie ?

— Je le sais.

— Pourquoi penses-tu cela ?

— Comment pourrait-il en être autrement ? demanda-t-il en riant. Je suis ici avec mes troupes qui se préparent à partir en guerre. Comme tu dois le savoir, nous allons marcher sur le Nid. Et je n’oublie pas que, devant le Praesidium, tu as essayé de nous convaincre que les hjjk étaient des créatures merveilleuses appartenant à une race sage et noble.

— C’était il y a bien longtemps, mon oncle.

— Tu as dit qu’il était impensable de leur déclarer la guerre, car ils formaient une grande civilisation.

— Oui, j’ai bien dit cela. Et, d’une certaine manière, c’est la vérité.

— Comment cela, d’une certaine manière ?

— Ce n’est pas entièrement vrai. J’ai un peu schématisé les choses devant le Praesidium. J’étais encore très jeune, à l’époque.

— Ah ! Oui ? Oui, bien sûr.

— Quand tu me regardes avec ce sourire condescendant, Thu-kimnibol, j’ai l’impression d’être redevenue une enfant.

— Ce n’est pas ce que je voulais faire. Et, crois-moi, tu n’as plus l’air d’une enfant. Mais il n’est pas besoin d’avoir la sagesse de Hresh pour comprendre que tu es venue aujourd’hui, à l’instigation, je suppose, de Puit Kjai, Simthala Honginda et autres pacifistes convaincus, pour m’accuser et pour dénoncer la guerre que je m’apprête à déclarer à tes hjjk bien-aimés. Soit. Porte tes accusations et fais vite, car j’ai beaucoup à faire.

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