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La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]

Электронная книга - «La reine du printemps [The Queen of Springtime - fr]». Краткое содержание книги:

Pendant plus de sept cent mille ans, le Peuple avait vécu dans une caverne profonde, un Nid. Au dehors, la Terre avait été bombardée tout ce temps par une pluie de comètes et d’astéroïdes : un phénomène qui se reproduit sur Terre tous les vingt-six millions d’années et qui est responsable de l’extermination en masse d’espèces, comme jadis les dinosaures.
Mais le Peuple avait survécu, grâce à la prévoyance de ceux qui l’avaient précédé : les vrais humains. Et cela avait été un choc pour Hresh, l’enfant curieux devenu homme-mémoire et chef de sa tribu, de découvrir que le Peuple n’était pas humain, tout au plus les descendants améliorés de singes disparus. Mais le Peuple représentait désormais l’humanité sur Terre et il lui fallait redécouvrir l’héritage que les grandes races avaient laissé, et trouver sa propre voie. A peine l’avait-il entrepris qu’il se heurtait à l’expansionnisme d’une autre espèce qui avait, elle aussi, franchi le Long Hiver, les hijks, une espèce intelligente, constituée sur le mode de la fourmilière, et qui proposait à tous les peuples l’adoration de sa reine, la Reine du Printemps.
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Et il revit Harruel, fou de rage, levant un bras énorme pour le gifler et rugissant :

— Petit misérable ! Sale petit sournois !

Il parvint à esquiver le coup, mais Harruel atteignit sa joue du bout des doigts et la violence de la gifle était telle qu’elle envoya Hresh dinguer à plusieurs mètres et qu’il se retrouva assis sur le derrière, tremblant et tout étourdi. Il demeura dans cette position jusqu’à ce que Torlyri l’aide à se relever et le serre tendrement dans ses bras.

— Réfléchis bien, répéta le fils de Torlyri. Est-ce ton frère Thu-kimnibol qui est en train de faire faire l’exercice à son armée sur le stade, ou bien est-ce le roi Harruel ?

Husathirn Mueri lui lança un regard pénétrant, puis il se retourna et disparut en un instant.

Au moment où Hresh, troublé par tout ce que Husathirn Mueri venait de lui dire et plongé dans de sombres réflexions sur le passé douloureux et l’avenir menaçant, traversait le hall de la Maison du Savoir, Chupitain Stuld sortit de l’un des bureaux.

— Dois-je faire monter maintenant dans votre bureau les objets découverts à Tangok Seip ? demanda-t-elle.

— Les objets de Tangok Seip ?

— Ceux qu’un fermier a découverts dans une grotte, après l’affaissement de terrain. Vous avez dit que vous y jetteriez un coup d’œil aujourd’hui.

— Ah ! oui. Tu parles de ces instruments.

Il s’efforça de se débarrasser du brouillard qui avait envahi son esprit. Il avait l’impression que ses idées étaient éparpillées d’un bout à l’autre de la planète.

Oui, cette cachette d’objets de la Grande Planète. Cela faisait plusieurs jours que Chupitain Stuld le harcelait pour qu’il examine ces vestiges. Et elle devait avoir raison. Leur découverte remontait déjà à plusieurs semaines et il ne s’était même pas donné la peine de les regarder. D’autres préoccupations l’en avaient détourné. Mais Plor Killivash affirmait que la découverte était d’importance. La moindre des choses était quand même d’y jeter un coup d’œil.

Chupitain Stuld attendait sa réponse.

— Oui, dit-il, tu peux les monter. Dans une demi-heure. J’ai deux ou trois choses à faire d’abord.

Sur ce, il commença de gravir la rampe en spirale pour monter dans son bureau.

Sans savoir comment, il se retrouve sur la terrasse. Puis, sans même se donner la peine de sortir le Barak Dayir de sa bourse, il sent qu’il prend son essor, qu’il s’élève dans l’air et qu’il survole la cité, qu’il monte sans effort de plus en plus haut, au-delà de la couche des nuages, dans le ciel au-dessus du ciel. Tout est noir, avec des traînées écarlates. Des souffles d’air glacé le frôlent avec l’impétuosité d’un torrent. Des grains de glace cinglent sa fourrure. Des cristaux de glace se déposent sur le bout de ses doigts. Il vogue sur le néant.

En regardant en bas, il voit tout, comme à travers la vitre de la fenêtre d’une pièce plongée dans l’obscurité. La cité tout entière s’offre à son regard.

Il voit le stade et les troupes de l’Épée de Dawinno qui défilent tandis qu’à leur tête la silhouette imposante de Thu-kimnibol parade et plastronne en gesticulant et en aboyant des ordres.

Il voit Nialli Apuilana qui marche dans un parc, comme perdue dans un rêve. Son âme est enveloppée de mystères. Elle semble divisée en deux par une ligne d’un rouge éclatant symbolisant ses conflits internes.

Derrière elle, loin derrière, rôde Husathirn Mueri. Lui aussi est un mystère. Il est transparent en surface, avide de pouvoir et pathétiquement obsédé par Nialli Apuilana, mais qu’y a-t-il au fond de lui ? Hresh ne perçoit que le vide dans son âme. Comment se peut-il que le fils de Torlyri et de Trei Husathirn n’ait que du vide en lui ? Il doit y avoir autre chose. Mais quoi ? Et où ?

Hresh porte son regard un peu plus loin.

Il est maintenant dans son jardin zoologique. Il voit les énigmatiques stinchitoles à la longue fourrure, les doux thekmurs et les stanimandres. Les sisichils se mettent à folâtrer en gazouillant comme s’ils sentaient son regard peser sur eux. Les stumbains… les diswils… les catagraks… toute la multitude de merveilleuses créatures que Dawinno le Transformateur avait jetées sur la surface de la Terre pendant le dégel et que les chasseurs de Hresh avaient capturées pour les rassembler en ce jardin.

Il voit les caviandis. Les deux animaux doux et sveltes sont au bord de leur ruisseau. Que de beauté dans leur fourrure pourpre et luisante, dans leur épaisse crinière d’un jaune éclatant. Ils lèvent la tête, ils le voient dans le ciel et ils sourient.

Il sent la chaleur de leur esprit irradier vers lui. She-Kanzi et He-Lokim, ses amis. Ses amis caviandis.

Leur salut silencieux flotte jusqu’à lui et il le leur rend silencieusement. Ils s’adressent à lui et il leur répond ; puis il leur pose une question et ils répondent. Sans mots et même sans concepts. Une communion simple et silencieuse de l’être, un échange continu de l’esprit qui ne peut s’exprimer autrement.

Il sait maintenant qu’ils n’ont que faire des mots au sens où il l’entend, que « He-Lokim » et « She-Kanzi » ne sont pas des noms au sens où il l’entend. Ils n’en ont nullement besoin, de même qu’ils n’ont nullement besoin, eux et tous ceux de leur espèce, de bâtir des cités, de fabriquer des objets, ni de n’importe quelle autre activité « civilisée ». L’altérité est la caractéristique principale de leur nature, l’étrangeté, la non-appartenance au Peuple.

Leur Âme se fond dans la sienne et la sienne dans la leur, et il lui vient soudain une vision à l’intérieur de la vision qu’il est en train d’avoir. Il voit une seconde Grande Planète sur la Terre, différente de la première, mais non moins glorieuse, une civilisation réunissant non pas six races, mais des dizaines, des centaines, où sont rassemblés le Peuple et les caviandis, les stinchitoles et les thekmurs, les sisichils, les stanimandres et les catagraks, toutes les créatures vivantes… unies, vivant en parfaite intelligence, partageant tout, une civilisation plus profonde et plus riche dans sa plénitude que la Grande Planète elle-même, une civilisation englobant tout ce qui vit sur la Terre…

Une voix discordante s’élève brusquement en lui.

Même les hjjk ?

Et il répond immédiatement, sans prendre le temps de réfléchir.

Oui, même les hjjk. Même les hjjk, bien entendu.

Mais un doute lui vient et il se demande si, tout bien considéré, les hjjk se joindraient à une telle confédération de races. Ils avaient déjà appartenu à la précédente. Et le Transformateur avait disposé des centaines de siècles écoulés depuis la fin de la Grande Planète pour les modifier et les élever. Peut-être ont-ils maintenant tellement dépassé les autres races peuplant la Terre qu’ils sont incapables de s’associer à elles sur un pied d’égalité.

En va-t-il ainsi ? se demande Hresh. Sont-ils devenus des dieux ? Est-Elle un dieu, la grande Reine des hjjk ?

À cet instant, mais si fugitivement, son esprit se transporte vers le nord, au plus profond des terres froides et arides, là où l’horizon est éclairé par une lumière incandescente d’un éclat insoutenable. Et il aperçoit l’énorme et mystérieuse Reine, immobile en Sa chambre secrète, gouvernant le destin de ses millions de sujets et, qui sait, du reste de la planète. Il perçoit la force et la puissance de cet esprit gigantesque et de la grande machine vivante qu’est le Nid sur lequel Elle règne. Il observe les rouages de la mécanique géante, le va-et-vient des pistons luisants, le tissage de la trame de la vie.

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