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La Bible amusante

Электронная книга - «La Bible amusante». Краткое содержание книги:

Donnant les citations textuelles de l’écriture sainte et reproduisant toutes les réfutations opposées par Voltaire, Fréret, lord Bolingbroke, Toland & autres critiques.
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Tel est, dans toute sa beauté, le fameux Schir-Haschidim (Cantiques des Cantiques) de l’Ancien Testament, sur lequel on a tant disputé. Aux esprits dégagés de la superstition, il apparaît assez clairement que cette licencieuse rapsodie, composée selon toute évidence pour exciter la chair, n’est rien autre qu’une romance de harem oriental, dans le goût de l’époque. Mais les théologiens, aussi bien les juifs que les catholiques, ne l’entendent point ainsi!

Les premiers soutiennent mordicus que le bien-aimé mis en scène par le poète est la personnification de Jéhovah, et que l’épouse, la grande amie, représente la nation d’Israël. Cette explication a été longuement développée par les commentateurs dans le Targum, recueil de traditions chaldaïques, où le Cantique des Cantiques est interprété comme étant une histoire allégorique du peuple juif depuis la sortie d’Egypte jusqu’au jour où se manifestera le Messie et où se construira le troisième temple. Pour justifier cette interprétation, on a mis à contribution toutes les complications que peut fournir le système exégétique du Talmud: la réduction des mots à leur valeur numérique, la substitution des termes homophones, etc. Les juifs du moyen-âge ont considérablement travaillé ces premiers essais, sans cependant s’écarter de la donnée primitive; ils ont même attribué à cette interprétation une valeur canonique et liturgique, en lui donnant une place dans leur rituel. Les nombreuses et terribles persécutions dont ils furent si souvent victimes ne contribuèrent pas peu à imprimer à cette croyance un caractère de nationalité et d’individualité très accentué; le poème de Salomon devint presque pour les persécutés le palladium intellectuel autour duquel ils groupèrent leurs espérances et leurs vœux.

Cependant, à côté de cette interprétation allégorique toute religieuse, nous en trouvons, chez les juifs, une autre métaphysique et philosophique. Ainsi, au treizième siècle, le Cantique des Cantiques était, pour Ibn Caspe, la représentation allégorique de l’union entre l’intellect actif, intellectus agens, et l’intellect passif ou matériel, intellectus materialis. Enfin, au dix-huitième siècle, Mendelssohn inaugura une nouvelle école juive d’interprétation, qui, sans rejeter absolument l’interprétation allégorique, tient cependant grand compte de l’interprétation littérale; avec lui, l’allégorie demeurait nationale et perdait son sens religieux.

Quant aux théologiens catholiques, ils modifient de fond en comble l’explication des docteurs juifs, et ils affirment avec le plus grand sérieux que ce poème érotique est le fruit d’une inspiration sacro-sainte, un livre prophétique, où l’amour de Jésus-Christ pour son Église et de l’Église pour son divin fondateur, qu’elle regarde comme son époux, est peint sous des figures hardies, mais dont l’obscénité, purifiée par son sens mystique, ne peut scandaliser que les esprits malveillants des incrédules.

La première interprétation mystique, dans ce sens, remonte à Origène, qui écrivit là-dessus un volumineux commentaire; aussi, il est amusant de constater que l’honneur de cette belle trouvaille revient à un Père de l’Église dont la castration est presque autant célèbre que celle d’Abeilard. A la suite de l’eunuque Origène se sont embarqués tous les exégètes chrétiens, toute la sainte prêtraille, heureuse — l’admirable fumiste Bossuet en tête — d’avoir un moyen peu banal de faire avaler aux naïfs fidèles le plus formidable crapaud biblique.

Et voilà, grâce à ce truc ingénieux, le Cantique des Cantiques donné, dans les couvents, en méditation aux religieuses contemplatives; on comprend l’effet produit sur ces malheureuses femmes cloîtrées, dont le mysticisme plus ou moins hystérique, se délecte à la pensée qu’elles sont les épouses de Jésus-Christ, chacune en particulier, comme l’Église est son épouse en général. Dans leur méditation, les pauvres folles n’ont qu’à se substituer à l’Église, grande amie du bien-aimé.

Afin de mieux fixer dans les esprits des crédules ouailles leur interprétation de haute fantaisie, les prêtres ont mis des titres aux huit chapitres du Cantique des Cantiques. Maintenant qu’on a lu le texte, on appréciera la valeur des titres ajoutés depuis Origène par la roublardise sacerdotale. C’est à se tordre!

Voici ces titres:

— Chap. 1. L’épouse exprime ici son amour pour son époux, et l’époux son amour pour son épouse. — Chap. 2. Discours de l’Eglise par rapport à Jésus-Christ. — Chap. 3. La recherche que l’Eglise fait de Jésus-Christ, et sa joie de l’avoir trouvé. — Chap. 4. Beauté de l’épouse, décrite mystiquement et par des expressions toutes figurées. — Chap. 5. Regrets de l’épouse de n’avoir pas répondu comme elle devait à la recherche de son époux; elle décrit la beauté de l’époux. — Chap. 6. Dialogue entre Jésus-Christ et l’Eglise. — Chap. 7. Autre description mystérieuse de la beauté de l’épouse; amour fidèle de l’Église pour Jésus Christ. — Chap. 8. Amour réciproque de l’Eglise pour Jésus Christ, et de Jésus-Christ pour l’Eglise.

Après cela, tirons l’échelle, et concluons sur ce point par cette appréciation de Voltaire: «Puisqu’on regarde le Cantique des Cantiques comme une allégorie perpétuelle du mariage de Jésus-Christ avec son Église, il faut avouer que l’allégorie est un peu forte, et qu’on ne voit guère ce que l’Église pourrait entendre quand l’auteur dit que sa petite sœur n’a pas de tétons.»

14. Les deux royaumes: Israël et Juda

L’héritier du trône était Roboam. Au premier abord, il semble que tout devait marcher comme sur des roulettes, puisque l’auteur sacré vient de nous dire tout à l’heure que jamais les Israélites ne furent si heureux que dans le règne de Salomon, que l’or circulait à profusion, que la prospérité publique était telle que l’on marchait sur l’argent dans les rues, tant il était en abondance… Mais le divin pigeon a la mémoire courte; ou bien il s’amuse de la crédulité des fidèles; car il nous représente maintenant le peuple juif assemblé à Sichem et tenant ce langage au fils de Salomon:

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