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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Et les anciens complices de cet homme avaient intérêt à détruire son œuvre.

Il était environ dix heures du soir quand Paul se fit annoncer chez le général.

Il fut introduit sur-le-champ.

– Comme vous êtes pâle, ami, lui dit M. de Champmas en lui tendant la main.

– Monsieur le comte, répliqua Paul, je viens vous faire mes adieux. J’ai rempli aujourd’hui le dernier devoir qui put encore me retenir à Paris. Demain, je pars.

– Et où allez-vous, baron?

Tout en faisant cette question, le général, pesant sur la main de Paul, l’attirait vers le canapé placé au coin de la cheminée. Ils s’assirent tous les deux.

Paul Labre répondit:

– Je ne sais… loin, très loin.

– Et pour ne jamais revenir? prononça le général à voix basse.

Paul répéta d’une voix triste:

– Pour ne jamais revenir.

M. de Champmas lui serra la main de nouveau et se borna à dire:

– Baron! vous laissez ici de bons amis.

Il y eut un silence. Paul Labre avait les yeux baissés. Le général l’examinait à la dérobée.

– Voulez-vous me dire quel devoir vous avez accompli, baron? demanda tout à coup M. de Champmas.

Paul tressaillit comme si on l’eût arraché à un rêve.

Quand il prit la parole pour raconter ce qui venait de se passer dans la maison de la rue de Jérusalem, un peu de rouge monta à sa joue.

– J’avais besoin, dit-il en terminant, d’acquérir une certitude au sujet de la culpabilité de cet homme. C’est moi qui l’ai arrêté. Je suis vis-à-vis de lui comme un juré: son innocence m’eût condamné.

Pendant qu’il parlait, le général le regardait toujours.

– Paul, dit-il, mon pauvre Paul, vous êtes un malade d’esprit et de cœur.

Et comme le jeune homme relevait les yeux sur lui, il ajouta:

– J’ai bien un peu le droit de me mêler de cette affaire, puisque c’était moi que ces coquins voulaient frapper. Vous êtes allé chercher la vérité au fin fond de l’enfer, votre âme est digne et bonne… mais laisser vivre un assassin, c’est se rendre complice des meurtres qu’il peut commettre dans l’avenir.

Paul resta froid et murmura:

– Il se peut. Cette idée-là m’est venue.

– Et pensez-vous, poursuivit M. de Champmas, que le témoignage des trois instruments du crime ne soit point nécessaire au châtiment du vrai coupable?

Paul baissa la tête et ne répondit point.

– Vous partez, continua encore M. de Champmas, avant même de savoir si votre frère sera vengé.

Les deux mains de Paul couvrirent son visage.

– Je n’ai pas besoin qu’on me le dise, prononça-t-il d’une voix très altérée. J’ai souvent eu peur d’être fou. Mon frère me voit, sans doute; il aura pitié de moi. Le voilà qui va dormir en terre sainte, et moi, j’irai si loin, si loin…

– Cela s’appelle fuir, monsieur le baron, interrompit brusquement le général, et fuir est d’un lâche!

Le sourire de Paul exprima une mélancolie profondément découragée.

– Oh! fit-il, vous ne pouvez pas me blesser. Vous dites vrai: toute ma vie j’ai fui; le jour où j’ai sauvé Suavita, j’essayais de fuir jusque dans la mort!

– Et Suavita vous sauva, murmura M. de Champmas.

Le regard de Paul sembla chercher quelque chose au lambris.

Il y avait eu jadis trois portraits dans le salon de l’hôtel de Champmas: celui de feu la comtesse et ceux des deux sœurs, Ysole et Suavita.

La boiserie gardait une marque carrée qui indiquait la place où le portrait d’Ysole n’était plus. Les yeux de Paul se remplirent de larmes.

Le général fronça le sourcil.

Paul n’y prit point garde et murmura:

– Où est-elle, à présent? Que fait-elle?

C’était une très grande pièce, meublée de velours sombre. Le portrait de la mère et celui de la fille se faisaient face. Toutes les portes étaient closes, excepté une qui s’ouvrait vis-à-vis de la cheminée.

Le silence qui suivit laissa entendre un bruit au-delà de cette porte.

C’était comme la respiration d’un enfant endormi.

– Paul, dit le général, si vous aimez encore celle qui n’est pas digne de votre amour, je ne vous retiens plus. Adieu.

Il se leva dans un mouvement de colère. Paul l’imita.

– Adieu, murmura-t-il à son tour.

Et, tandis qu’il s’éloignait lentement, il ajouta:

– Soyez bien heureux… elle surtout, la chère, la douce enfant qui me rattacha un jour à la vie!

Paul avait la main sur le bouton de la porte.

Dans la chambre voisine, il y eut un cri faible et douloureux. Le général s’élança et disparut.

Paul ne lâcha point le bouton, mais il se prit à écouter.

On aurait pu entendre les battements de son cœur dans sa poitrine.

– Qu’as-tu, chérie? demanda le général dans la pièce voisine.

– Père, répondit une voix qui était mélodieuse comme un chant, tu as bien fait de mettre ainsi mon lit près de toi, et tu fais bien de ne me quitter jamais. Dès que je m’endors, j’ai ce rêve, ce rêve crueclass="underline" je les vois tous deux…

– Tais-toi! interrompit tout bas M. de Champmas.

La main de Paul quitta le bouton, et il fit un pas dans l’intérieur du salon.

– Pourquoi me taire? murmura la douce voix. Je me suis tue longtemps, bien longtemps… Et peut-être qu’il m’aimerait, si j’avais pu lui dire comme je l’aime!

Son père lui ferma la bouche d’un baiser. Paul étreignait son cœur à deux mains. Il entendit l’enfant qui disait encore:

– Père, écoute mon rêve; ce n’était pas celui de tous les jours: je rêvais qu’il partait et que j’étais encore muette. J’offrais à Dieu ma vie pour une parole. Tout à coup, il s’est élevé une voix en moi, une voix qui n’avait pas besoin de mes lèvres et qui lui disait tout au fond de mon cœur: J’ai vécu par vous, est-ce par vous que je vais mourir?

Paul, sans se rendre compte de son action, avait traversé le salon. Il était debout sur le seuil de la chambre à coucher.

– Sortez, monsieur! lui cria le général.

Au lieu d’obéir, Paul continua de marcher et vint s’agenouiller près du lit.

Suavita se pencha vers lui, souriante, et lui donna son front à baiser.

Il n’y eut pas une parole prononcée, mais le général les réunit tous deux, pressés sur sa poitrine.

Vers ce même moment, le brillant et courtois vicomte Annibal Gioja des marquis Pallante courait les rues de Paris dans un simple fiacre dont le cocher était notre ancienne connaissance, Piquepuce, un des écuyers de la pauvre reine Goret.

Le charmant vicomte avait un compagnon qui semblait en proie à une allégresse folle.

Il y avait de quoi, en vérité; le compagnon était un noyé, sauvé de l’eau au moment où il perdait le souffle, un damné sorti de l’enfer: le beau Nicolas, arraché à sa cellule de la Conciergerie par une de ces miraculeuses évasions dont les Habits Noirs seuls avaient le secret.

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