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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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On dit que là-bas, dans les jungles de l’Inde, les bêtes féroces se livrent entre elles d’effrayants et magnifiques combats. Sans cela, les brahmanes l’affirment, il n’y aurait plus une créature humaine entre l’Indus et le Gange.

En Europe, nous n’avons pas de tigres, et je sais un proverbe qui déclare que les loups ne se mangent pas entre eux.

Il ne faut pas croire aveuglément aux proverbes: cette sagesse des nations est sujette à radoter quelquefois.

Les chacals de nos savanes civilisées se mordent, Dieu merci, souvent, se déchirent et s’étouffent. Les gens bien informés prétendent que les meilleurs ennemis de nos loups sont des loups.

M. Lecoq était vainqueur.

La mort subite de Mathurine Goret, qui anéantissait tout d’un coup le crédit du beau Nicolas, arrivait trop bien à point pour ne pas exciter les soupçons des Habits Noirs; mais, dans cette terrible boutique de crime, tout point marqué compte. C’est là que règne surtout la religion du fait accompli.

À quoi bon aller au fond des choses quand le résultat tient lieu de loi?

En réalité, personne ne prit la peine d’éclaircir par une enquête la question de savoir si l’apoplexie foudroyante de la reine Goret était de bon aloi ou non. À part l’opportunité un peu exagérée de la catastrophe, il est certain que l’ancienne mendiante buvait de l’eau-de-vie deux fois plus qu’il n’en fallait pour crever comme une chienne brûlée.

On trouva dans la ruelle de son lit trois bouteilles de «remède» au lieu d’une; elles étaient vides.

On ne trouva absolument rien dans le bahut qui lui servait de coffre-fort.

Elle eut l’enterrement des pauvres. Personne n’y assista, sinon ce pauvre bon garçon de vicaire qu’elle appelait Fanfan.

On parla un peu dans les champs et autour du foyer du méchant petit couteau de l’éclopé Vincent, mais on se gaussa surtout, pendant toute une semaine, de cette richesse fantasmagorique qui avait un instant ému tout le pays.

Les gens de Paris partirent le lendemain; ils emportaient, par le fait, un butin respectable. Le Château-Neuf fut mis en vente.

Mais tout n’était pas fini.

Un mois après, une véritable nuée de gens de loi s’abattit sur le pays.

Gars, filles, métayers et métayères furent bien forcés de croire à l’invraisemblable opulence de l’ancienne mendiante.

Malgré la brèche faite par les Habits Noirs, malgré le ravage des hommes d’affaires, malgré la mauvaise foi des prête-noms et la trahison de la plupart des fidéicommissaires, malgré les frais de toute sorte, le pillage judiciaire et le sac procédurier, une fortune territoriale sortit de là, haute, large, solide, monumentale, on peut le dire, une fortune qui est encore, à l’heure où nous sommes, la plus considérable de toute la France de l’Ouest.

Le maître de ces richesses était Vincent Goret, le mutilé aux trente-cinq sous de casse.

Pas n’est besoin d’ajouter que, depuis lors, de très illustres rats sont entrés dans ce fromage.

On l’a timbré d’un titre ducal. – Et ainsi va le monde.

En même temps que les Habits Noirs roulaient vers Paris, en poste, dans une bonne berline, dont l’intérieur présentait le modèle de la plus parfaite concorde, le malheureux fils de saint Louis était dirigé sur la prison d’Alençon, en compagnie de Paul Labre et de Clampin, dit Pistolet.

Louveau avait été remis à la garde de Chamoiseau, son destin.

Paul, usant de sa carte seulement pour forcer l’arrestation du prince, s’était volontairement constitué prisonnier.

À moitié chemin d’Alençon, Pistolet lui dit tout bas:

– Monsieur le baron, les affaires avant tout, pas vrai? J’ai fait un héritage dans la personne d’un bancroche millionnaire qui m’attend, laissé en gage à l’auberge de La Ferté-Macé. Faut surveiller ça. Au prochain relais, je vas vous tirer ma révérence, à cette fin que mon autre protégé ait quelqu’un qui sait la manière de s’en servir dans les conjectures délicates où va le plonger son quine à la loterie. Il y a des années que je suis porté vers vous par ma sympathie, avec le regret de n’avoir pas eu plus d’occasions de vous fréquenter. Ça va se présenter dorénavant, à cause de l’héritage du bancroche, déjà cité, non content que l’entrée des premiers salons de la capitale en découle. On ne peut pas vous garder en prison, c’est clair; mais le Nicolas n’aurait qu’à se réconcilier avec son Lecoq, hein? En voilà un troisième rôle pour le théâtre de la Gaîté!… M. Badoît, que j’estime, quoique supérieur à lui par l’intelligence, vous dira que j’ai tous les aboutissants de l’épisode Gautron à la craie jaune. Quand ça sera mûr, faites-moi signe, par ce même Badoît qui saura mon adresse, et je perdrai encore volontiers un jour ou deux pour faire un cinquième acte à ce drame-là et astiquer le dénouement imprévu du dernier tableau.

La carriole qui contenait les prisonniers s’arrêta. On changea de chevaux.

Deux heures après, Pistolet éveillait Vincent Goret, à l’auberge du Cygne-de-la-Croix et disait, après lui avoir annoncé la mort de sa mère:

– Bêta, si tu veux me nommer ton tuteur, jure-moi obéissance. Je te donnerai tout à cuire et à bouillir, pris sur ta légitime, et de l’éducation, lavage en grand, linge propre, souliers cirés, cinq repas par jour, avec le gloria. C’est à toi d’accepter ton bonheur, sans quoi, je t’abandonne, incapable de dépenser plus de 75 centimes par jour, à l’état naturel de ton ignorance.

XXV Dernier tableau, scène première

Trois mois se sont écoulés, nous sommes au mois de décembre de cette même année 1838 et nous trouvons Paris fort occupé, comme il l’est souvent, d’une affaire de cour d’assises.

Une cause appétissante, une cause célèbre; «l’emmurement» de la rue de Jérusalem.

L’accusé était par lui-même un personnage suffisamment romanesque; un beau jeune homme, doué de manières douces et distinguées, qui avait eu, pendant assez longtemps, accès dans un monde difficile et qui, dans ce monde, avait produit une certaine sensation.

Un prince, un prétendant, un imposteur sans doute; mais, en France, le faux Démétrius sera toujours beaucoup plus intéressant que le vrai.

Outre ce crime d’espèce hyperdramatique, l’assassinat de M. Jean Labre, emmuré dans la vieille tour faisant le coin du quai des Orfèvres et de la rue de Jérusalem, il y avait à la charge de Louis-Joseph-Nicolas, dit le prince ou le duc de Bourbon, plusieurs autres méfaits, parmi lesquels on distinguait le meurtre de la veuve Thérèse Soûlas, si bien connue dans le quartier de la préfecture.

Ce meurtre avait eu lieu au loin, en Normandie, où le prétendu fils de Louis XVII avait été le héros d’un roman très original.

Nous avons dû le dire déjà: Mathurine Goret et sa légende ne sont pas à la portée des imaginations parisiennes. Les cancans badauds avaient transformé la sordide Maintenon de l’Orne en une intrigante à trois poils, jolie, spirituelle, ambitieuse: une manière de Diana Vernon normande qui ne faisait pas mal du tout dans l’histoire.

Les uns lui donnaient vingt ans, les autres quarante; c’était une ingénue ou une grande coquette; l’ingénue était morte d’amour, la grande coquette avait été poignardée.

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