Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
– Ça ne se peut pas! interrompit Coyatier d’un air sombre.
– On est tenu par le cou! ajouta Coterie.
Et Landerneau s’écria:
– Autant se jeter par la fenêtre, la tête sur le pavé!
– Et aussi, poursuivit paisiblement Pistolet, en mettant le même Paul Labre à proximité de recueillir les restes mortels de son même frère, pour lui rendre enfin les derniers devoirs des pompes funèbres, marbrier et concession à perpétuité au Père-Lachaise: nous savons que le corps n’est pas sorti d’ici.
Les trois bandits se regardèrent.
– Sans quoi, conclut Pistolet, rendez-vous général au procureur du roi. J’ai tout dit. On vous donne trois minutes pour réfléchir mûrement.
Le marchef releva la tête, et sa prunelle rendit un fauve éclat.
– Bon! fit le gamin, tu as encore du sang dans les yeux, malgré ta profession paisible de faire téter du poison aux vieilles femmes! Je la connais, ta licherie. Sois calme. M. Badoît est en bas. À la besogne!
Les trois misérables hésitèrent encore un instant, puis le marchef dit:
– Allons! faut passer par là. Avant que Toulonnais sache la chose, on aura peut-être le temps de filer en Angleterre.
Landerneau, sans prononcer une parole, attaqua la boiserie.
Le panneau situé auprès de la fenêtre, du côté de l’ancienne mansarde de Paul Labre, fut désarticulé en un clin d’œil.
Pendant cela, Coterie versait de l’eau dans son auge et tenait le plâtre prêt.
Coyatier donna le premier coup de pic dans la muraille nue qui sonna creux.
En ce moment, on frappa à la porte du carré. Les trois bandits s’arrêtèrent et firent front comme des animaux féroces qu’on viendrait relancer dans leur cage.
Coyatier se ramassa sur ses vigoureux jarrets et gronda:
– Petit, si tu nous as vendus, ton compte est fait!
Pistolet se prit à rire et alla ouvrir la porte en disant:
– J’achète et je ne vends pas, butors que vous êtes. À bas les mains! c’est le frère de la victime qui vous accorde la permission d’aller vous faire guillotiner plus loin, à cause qu’il vous méprise comme de vils instruments, et moyennant des aveux complets, nécessaires à la punition du grand coupable en chef.
Il ouvrit. Paul Labre entra, suivi de Badoît qui portait une boîte de forme oblongue.
La chambre était si petite qu’une fois la porte refermée, les nouveaux arrivants touchaient presque les bandits.
La première fois que Coyatier avait attaqué le mur, trois ans auparavant, il avait eu à faire une besogne longue et difficile. Aujourd’hui, ce fut bien différent. Quelques coups de pic brisèrent la mince couche de plâtre et mirent à nu des ossements rongés par la chaux vive: ce n’était déjà plus un squelette.
Paul Labre, le front pâle et couvert d’une sueur froide, commença son interrogatoire.
À ses questions, les trois assassins répondirent nettement et avec une sorte de respect.
Le résumé de leurs déclarations se peut faire ainsi:
On attendait le général comte de Champmas; un homme vint qui fut égorgé à sa place. L’homme s’appelait Jean Labre; on avait appris cela par les papiers trouvés dans sa valise. Le lendemain, à l’aide de ces papiers, Landerneau, dit Trente-troisième, avait eu l’audace de se présenter chez maître Hébert, notaire rue Vieille-du-Temple, pour se faire délivrer un legs appartenant à la victime.
Le partage des valeurs contenues dans la valise avait permis aux trois bandits de se cacher et de pratiquer diverses industries.
Ils affirmaient avec conviction qu’ils étaient devenus «honnêtes gens».
Néanmoins, ils avouaient avoir levé mensuellement un tribut sur le véritable entrepreneur du crime, M. Nicolas, dit le prince, ou le duc de Bourbon.
C’était une scène étrange, car, pendant qu’ils parlaient, M. Badoît et Pistolet recueillaient avec soin les débris humains entassés dans le trou et les plaçaient dans la boîte oblongue.
Quand cette tâche fut terminée, Paul Labre prit lui-même la boîte et sortit sans prononcer une parole, M. Badoît le suivit.
Pistolet, avant de les imiter, dit:
– J’ai déjà fait pincer une fois le marchef, c’est assez, n’ayant jamais appartenu au gouvernement. J’ai fréquenté Mme Landerneau, honorablement, elle est belle femme. M. le baron n’irait peut-être pas jusqu’à se gêner de vous cueillir, si on avait besoin de votre témoignage en justice. C’est de vendre vos frusques et d’aller vers d’autres rivages, voir si le printemps s’avance. Je vas souper à trente francs par tête dans un cabinet particulier avec le bancroche et des dames de la première noblesse. J’ai besoin de ça pour me remettre, n’étant plus habitué à vos odeurs du peuple. Bonsoir. Si vous me rencontrez dans la rue, prière de ne pas me saluer.
Les trois assassins restèrent seuls et comme abasourdis. Le marchef se remit le premier; il redressa sa taille d’athlète, racornie par la terreur, et s’écria:
– Sont-ils bêtes!
Coterie et Landerneau échangèrent une poussée en témoignage de leur allégresse.
– En besogne! ordonna Coyatier, le Badoît pourrait revenir. Bouchons ça en deux temps, et à la baraque!
Le plâtre frémit aussitôt dans l’auge de Coterie, tandis que Coyatier et Landerneau préparaient le panneau.
Ils travaillaient déjà avec un entrain admirable, lorsque la porte s’ouvrit pour la troisième fois, donnant passage à deux hommes, un grand et un petit.
– Un instant, mes agneaux, dit le plus grand des deux hommes, dont le large visage disparaissait presque sous les bords de son feutre mou. Il fait jour!
Ce fut comme si la foudre fût tombée au milieu des trois assassins.
– Toulonnais! firent-ils tous à la fois avec un accent d’indicible terreur.
– Bonsoir, mes enfants, bonsoir, dit à son tour le plus petit des nouveaux arrivants.
– Le Père-à-tous! murmurèrent les bandits tremblants.
Ils avaient conscience de leur trahison, ils savaient que jamais le châtiment ne se faisait attendre. M. Lecoq ajouta:
– N’ayez pas peur. Vous allez trop vite à l’ouvrage, voilà tout. Puisque nous avons ici une armoire vide, nous allons y mettre quelque chose avant de la fermer, hé, pas vrai, papa?
XXVI Dernière scène du dernier tableau
En quittant la rue de Jérusalem, la voiture de Paul Labre se dirigea le long des quais vers le faubourg Saint-Honoré où était situé l’hôtel du général comte de Champmas.
Depuis quelques semaines, le général avait obtenu l’autorisation de résider à Paris.
Quant à Paul lui-même, son arrestation avait été suivie d’une mise en liberté immédiate.
L’intrigue si laborieusement ourdie contre lui se dénouait d’elle-même, parce que la main qui avait tendu le piège s’était retirée. Le fils de saint Louis, prisonnier, ne pouvait plus rien.