Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
– C’est ce qu’on veut! s’écria le fougueux chevalier, c’est tout ce qu’on veut! Ah! le gouvernement est habile.
– Résistons! opina le neveu du Molard, par les armes!
– Sachons mourir! clamèrent les Portier de La Grille.
Les dames de la conspiration pleuraient à chaudes larmes. L’ancien élève de l’école opéra sa retraite en disant avec dignité:
– Malheureux roi! malheureuse France!
Le général de Champmas semblait, depuis quelques instants, faire effort pour contenir Paul Labre.
– Colonel Bozzo, dit-il enfin, je crois sincèrement que vous avez été trompé comme beaucoup d’autres par cet homme. Votre erreur doit avoir cessé. Je ne puis, posé comme je le suis en adversaire du gouvernement, exercer aucune influence sur ses employés. Je vous adjure de vous prononcer.
– Général! ah! général! répliqua le vieillard en gémissant, je suis navré… écrasé! Ne me demandez rien, vous parlez à un mort! Je suis sûr que je ne m’en relèverai pas!
Paul Labre se dégagea de l’étreinte de M. de Champmas, et fit un pas vers les fonctionnaires.
– Messieurs, dit-il, tous ceux qui ont été accusés ici doivent rester sous la main de la justice. J’offre de me constituer prisonnier sur l’heure.
– Pourvu qu’on coffre Son Altesse royale, bien entendu, acheva Pistolet.
L’embarras des autorités était au comble. Elles se consultaient et se disputaient.
Le commissaire de police mit fin au débat en déclarant sèchement au juge de paix:
– Vous n’y entendez rien, et j’ai mes instructions formelles! Les intrigues des Habits Noirs étaient bâties à chaux et à sable.
Nul ne saurait dire où s’arrêtaient leurs aboutissants. M. Lecoq lui-même avait puissamment contribué à dresser autour de «l’affaire» le rempart qu’il lui plaisait de saper maintenant, au prix d’une perte immense.
M. Lecoq était un terrible assiégeant, mais son effort s’émoussait contre son propre ouvrage: les instructions venues de haut et de loin.
Les gens de Paris, qui avaient attentivement interrogé la physionomie des fonctionnaires, marquèrent un point au fils de saint Louis. L’abbé X… et le docteur Samuel se rapprochèrent de lui, disant tout bas:
– Nous sommes avec vous; prince, tenez ferme.
Il y avait, en faveur de Nicolas, les millions de Mathurine Goret.
En même temps, la conspiration, dont les membres étaient tous armés et s’enhardissaient jusqu’à l’héroïsme, à voir l’attitude gênée de l’autorité, prenait corps et se massait autour de son roi comme une garde fidèle.
Le colonel restait entre deux, fort abattu en apparence, mais gardant parmi les rides de ses vieilles joues son sourire sceptique et matois.
Il s’ébranla pourtant quand il vit Lecoq lui-même aller vers le prince et lui dire, avec sa brusque rondeur:
– Prince, il n’est plus besoin de cacher votre titre, puisque c’est ici le secret de la comédie. Mon avis est qu’un gouvernement s’honore en donnant à ses agents ces consignes de noble et large tolérance. Personne ici ne vous soupçonne; d’ailleurs on connaît votre demeure. Ceux qui voudront vous trouver vous trouveront; éloignons-nous.
– C’est cela! s’écria le bon vieux colonel. Nous n’avons plus rien à faire ici. Venez, mes bons petits enfants.
Les Habits Noirs étaient groupés comme au début de la scène. Lecoq tenait le centre du groupe.
Il ajouta très bas, mais d’un accent qui mit du froid dans toutes les veines:
– Papa! laissez-moi conduire la chose. Que personne ne bouge: Il fait toujours nuit!
Son regard et celui du prince se choquèrent. Ce dernier gronda entre ses dents serrées:
– Ne me pousse pas à bout, Toulonnais-l’Amitié!
Lecoq se mit à rire, et son rire déchirait comme une morsure.
– Parce que tu vaux des millions, pour nous, n’est-ce pas? dit-il. Nicolas, pauvre Nicolas, tu ne vaux plus une pièce de six liards ni pour toi ni pour nous; hé, bonhomme! Tes millions sont à tous les diables. Mathurine Goret est tombée d’apoplexie ce matin.
– Et morte? firent ensemble tous les Habits Noirs.
– Et morte, répéta Lecoq. C’est pour cela qu’il fait nuit pour toi en plein midi, Nicolas.
Le prince avait reculé comme s’il eût senti le froid d’une vipère à ses pieds.
– Il fait nuit, dit-il à son tour, d’un ton de résolution désespérée. À Dieu vat! Coupez la branche!
Il porta son mouchoir blanc à son front comme pour en essuyer la sueur.
Un coup de feu éclata aussitôt sous bois.
Lecoq chancela en étouffant un cri de douleur.
– Je savais bien qu’il y avait plus d’un loup dans le fourré, dit Pistolet. Allons, Chamoiseau! à nous deux! en chasse!
– Que personne ne bouge! cria Lecoq impérieusement. C’est une égratignure.
Une ligne sanglante balafrait sa joue que la balle avait effleurée.
Il avait fait un signe au vicomte Annibal Gioja qui s’inclina jusqu’à terre en présentant un pli ouvert à Paul Labre.
Paul jeta les yeux sur le contenu du pli et changea de couleur.
Sans prononcer une parole, il marcha vers le groupe des Habits Noirs.
Nicolas, en le voyant approcher, se prit à trembler.
Comme les gens de Paris s’écartaient, au commandement de Lecoq, pour laisser passer Paul Labre, le faux prince recula jusqu’au milieu des membres de la conspiration en balbutiant:
– Défendez-moi, on en veut à ma vie!
Les hobereaux se formèrent bravement en ligne et les gendarmes, en vérité, arrivèrent à la rescousse, soutenus par l’autorité. Les instructions étaient bonnes.
Paul était sans armes.
Il ne leva même pas la main, et pourtant il passa entre les deux fils Portier de La Grille, écartés à droite et à gauche comme si le choc d’un bélier les eût séparés.
Il saisit le prince au collet, au moment même où celui-ci mettait le pistolet à la main, et dit:
– Moi, Paul Labre, baron d’Arcis, inspecteur de police, je vous arrête au nom du roi!
Et se tournant vers les gendarmes qui approchaient, précédant l’autorité, il ajouta:
– Voici ma carte d’agent. Je vous somme de prêter main-forte à la loi.
Après quoi il chancela et tomba entre les bras du général comte de Champmas qui l’avait suivi. En tombant, il murmura:
– J’avais juré de mourir avant d’en revenir là. Mais j’avais juré aussi que, s’il le fallait, j’irais jusque-là pour venger mon frère. Je n’ai pas menti, j’en mourrai!
La carte portait les signatures voulues et le timbre de la sûreté. Elle déléguait P. Labre, «inspecteur de police», pour exercer dans le département de l’Orne.
C’était «la chose» apportée par le courrier du matin, et dont M. Lecoq s’était enquis auprès de Mme la comtesse de Clare.