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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– Derrière Nicolas, il n’y a rien du tout. La Goret avait le cou trop court. Gare aux attaques! D’ailleurs, ajouta-t-il, je prends tout sur moi. L’association est en péril; je la sauve.

Le vieillard remit ses lunettes dans leur étui, et se rapprocha du prince qui lui dit tout bas:

– Je savais que Toulonnais trahissait: il est perdu. Je l’ai condamné.

Le colonel, au lieu de répondre, interrogea d’un regard aigu les visages des Habits Noirs. Tous étaient impassibles. Pendant cela, le commissaire de police demandait à Pistolet:

– Qui êtes-vous, l’ami?

– Un jeune homme de Paris, répondit notre gamin, formé par de nombreux voyages à l’étranger, sans position officielle, mais ayant été plusieurs fois mélangé à l’autorité par occasion. N’ayant pas sur moi de passeport, je ne demande pas mieux que d’aller au violon, pourvu qu’on procède régulièrement et qu’on arrête aussi Troubadour et son cornac, M. Nicolas, à cette fin que la cause se présente devant une justice plus centrale et moins villageoise que vous.

– Assurez-vous de cet homme, ordonna le commissaire qui fit en même temps à Chamoiseau signe d’approcher avec son prisonnier.

Pistolet alla de lui-même se mettre entre deux gendarmes.

Le commissaire de police, s’adressant à Louveau qui tenait les yeux baissés d’un air stupide, lui enjoignit de renouveler ses aveux.

Louveau garda le silence.

En ce moment, une voix sourde que chacun put entendre, sans que personne sût d’où elle partait, prononça ses étranges paroles:

– Il fait nuit!

Les assistants se regardèrent étonnés, car le soleil du matin inondait le paysage.

Le prince était devenu plus pâle qu’un mort.

Les gens de Paris, d’un mouvement instinctif, s’éloignèrent de lui, à l’exception de M. Lecoq, qui, seul, au milieu de tous ces visages inquiets, gardait une contenance tranquille.

XXIV «Coupez la branche»

Nous savons qu’il faisait jour parfois à minuit pour les Habits Noirs. Il faisait jour chaque fois que la ténébreuse association appelait ses membres à l’œuvre.

Il faisait nuit, au contraire, dès que la retraite était sonnée.

Et quand ce commandement sinistre était lancé, comme aujourd’hui, au beau milieu d’une dangereuse opération, il signifiait, la plupart du temps, que l’association abandonnait un ou plusieurs de ses membres à la grâce du hasard et à leurs propres ressources.

Ainsi voit-on parfois, en temps de guerre, la raison supérieure du salut de tous forcer un vaillant général d’armée à laisser sans secours des bataillons entourés par l’ennemi.

C’est souvent la douloureuse condamnation de ces témérités, dont le succès eût fait des actes d’héroïsme immortel.

Il fait nuit, dans la langue sacramentelle des Frères de la Merci et de leur successeurs, les Habits Noirs, impliquait aussi expressément la condamnation des troupes trop engagées.

C’était la peine passive, infligée, au nom de l’intérêt général, à l’imprudence ou au malheur.

La peine active, celle qui nécessitait un exécuteur des hautes œuvres de la confrérie, s’exprimait par une autre locution métaphorique dont nous avons parlé déjà.

On disait, en ce cas: Coupez la branche.

Cette explication suffit pour donner à penser au lecteur combien étaient différentes les impressions de ceux qui avaient entendu prononcer les bizarres paroles: Il fait nuit.

Il y avait parmi les fonctionnaires un étonnement sans arrière-pensée, les membres de la conspiration se demandaient la signification de ce mystérieux mot d’ordre, les gens de Paris, sachant qu’ils étaient tout près d’une solennelle péripétie, attendaient, inquiets et frappés.

C’était une heure solennelle et dangereuse pour tous.

Les plus haut placés dans le conseil ne savaient pas bien eux-mêmes le secret de la puissance cachée qui menait la confrérie.

Le colonel était le chef nominal, mais d’autres influences dominaient la sienne. Lecoq et Nicolas, jeunes tous deux et tous deux forts, avaient tour à tour emporté la balance, et l’opulente affaire, à la tête de laquelle se trouvait en ce moment Nicolas, lui donnait un réel avantage dans la circonstance actuelle.

Mais, d’un autre côté, jusqu’à présent, tous ceux qui avaient fait ombrage à Lecoq étaient morts.

Le trouble du prince fut profond, mais vivement réprimé.

Il ne s’attendait pas à ce coup en même temps perfide et audacieux qui établissait un duel privé sur le terrain même où se livrait une bataille générale.

Il promena un regard assuré sur l’assemblée et dit, essayant de faire tomber sur autrui l’anathème mystérieux:

– Je ne connais pas cet homme et je demande que justice soit faite.

Sa main étendue montrait Louveau.

Le regard de celui-ci glissa entre ses paupières demi-fermées.

– Messieurs, prononça Lecoq froidement et en s’adressant aux gens de Paris, le colonel et moi, nous sommes les témoins de M. Nicolas. L’accusation dont il semble devenir l’objet est tellement inattendue…

– Tellement invraisemblable! interrompit le colonel.

– Tellement invraisemblable, répéta Lecoq, et nous sommes si intéressés à la voir tomber devant la vérité que j’adjure monsieur le commissaire de police de continuer publiquement l’interrogatoire. Pour ma part, je ne puis croire que notre ami ait des relations avec un pareil homme.

– À la bonne heure! fit le chevalier. Moi, j’en mettrais ma main au feu.

Le commissaire intima de nouveau au prisonnier l’ordre de répéter ses aveux.

– Quoi donc! répliqua cette fois Troubadour, la chance n’y est pas. Si j’avais trouvé M. Chamoiseau dans la forêt, entre quatre z’yeux, j’aurais eu sa peau, pas vrai? Mais il y a le petit bonhomme avec qui j’ai voyagé dans la patache d’Alençon, et ce petit-là est un malin singe. – S’il fait nuit, c’est bon, allumez la chandelle! Quoi donc, le prince! c’est prince comme moi, et duc comme ma savate! Ça paie mal. Je n’ai eu presque rien pour la femme Soûlas, hier, et aujourd’hui je n’aurais pas eu davantage pour M. le baron, là-bas. Mais il me tenait par le cou, et il me disait: Travaille ou je t’attache un boulet à la patte! Je m’en moque, maintenant, c’est fini de rire. J’en ai pour la perpétuité ou pour mieux que ça. Bonsoir, les voisins, tant pis pour moi, tant mieux pour ce gueux de Chamoiseau! Hé! Nicolas! M. le baron l’a échappé belle, mais te voilà dégommé!

– Je m’amuse! ponctua Pistolet. Vous en faut-il un quarteron de plus, monsieur le commissaire? Demandez, on va vous servir.

Son regard espiègle caressait M. Lecoq.

– Messieurs, prononça lentement le beau Nicolas, personne ici n’ignore ni ma position ni mes infortunes. La malédiction semble poursuivre en moi la dernière goutte d’un sang illustre. Je ne m’abaisserai pas à prononcer un seul mot pour repousser une pareille accusation. Que m’importait cette malheureuse femme, Thérèse Soulas? Qu’avais-je besoin d’accepter le cartel de M. le baron? Quoi de commun entre moi et ce rebut de l’humanité que mes cruels ennemis ont lâché contre moi comme un chien féroce? Je remercie ceux qui m’ont aimé, je pardonne à ceux qui me persécutent. Puisque la France n’a plus de toit où je puisse abriter ma tête je m’exilerai… C’est ce qu’on veut sans doute.

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