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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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Gresham descendit, mit un sac en toile à l’épaule. Il dégaina sa machette incurvée et se mit à tailler des branches. « Les avions sont plus dangereux la nuit, expliqua-t-il. Ils se servent d’infrarouges. Si jamais ils nous tirent dessus, ils détecteront sans doute le scoot. » Il se mit à camoufler le buggy sous les branchages. « Alors, on va dormir un peu plus loin. Avec les bagages.

— Très bien », dit Laura. Elle descendit de l’arrière en rampant, moulue, crasseuse, rompue jusqu’à la moelle. « Qu’est-ce que je peux faire pour vous aider ?

— Vous pouvez vous mettre en tenue de désert. Regardez voir dans le sac à dos. »

Elle alla le chercher de l’autre côté du buggy et l’ouvrit à tâtons. Des chemises. Des sandales de rechange. Une longue tunique rembourrée en toile rêche bleu délavé, fripée, tachée. Elle se tortilla pour quitter sa veste de prison.

Dieu, comme elle se trouvait maigre. Elle voyait toute ses côtes. Maigre, vieille et épuisée, comme une bête à abattre. Elle se faufila dans la tunique – les coutures des épaules lui descendaient à mi-biceps et les manches lui arrivaient aux phalanges. Elle était toutefois épaisse et adoucie par l’usure. Elle était imprégnée de l’odeur de Gresham, comme s’il venait de l’étreindre.

Pensée étrange, qui lui donna le vertige. Elle était embarrassée. Elle offrait un sacré spectacle, pathétique. Gresham ne pouvait désirer une folle…

Le sol monta vers elle, la heurta. Elle resta allongée comme une masse, bras et jambes inertes, perplexe. Un passage de temps s’écoula, en vrac, douleur vague et déferlement de vertiges.

Gresham l’avait saisie par les bras.

Elle le regarda, ahurie. Il lui donna de l’eau. L’eau la ranima suffisamment pour qu’elle sente à nouveau sa propre détresse. « Vous vous êtes évanouie. » Elle hocha la tête, comprenant enfin. Gresham la souleva. Il l’emporta comme un amas de ballons ; elle se sentait légère, creuse, squelette d’oiseau.

Il y avait un abri accroché à la paroi de l’arroyo. Un coupe-vent avec un petit toit incurvé, en toile de tente mouchetée beige. Sous le toit, une forme sombre était penchée sur la silhouette en pyjama à rayures de Katje – un autre brigand targui, avec sa longue carabine en travers du dos. Gresham déposa Laura, échangea quelques mots avec l’homme qui hocha la tête sombrement. Laura rampa sous la tente, sentit de la laine rêche sous ses doigts – un tapis.

Elle se pelotonna dessus. Le Targui fredonnait vaguement pour lui-même, sous une rampe d’étoiles flamboyantes.

Elle fut réveillée par l’odeur du thé bouillant. L’aube se levait à peine, rougissant le ciel oriental. Quelqu’un avait jeté sur elle une couverture chaude durant la nuit. Elle avait aussi un oreiller, un sac en toile marqué d’une étrange écriture anguleuse. Elle s’assit, courbatue.

Le Targui lui tendit une tasse, délicatement, courtoisement, comme s’il s’agissait de quelque objet précieux. Le thé brûlant était brun foncé, mousseux et sucré, avec une forte odeur de menthe. Laura en but une gorgée. Il avait été bouilli, pas infusé, et le breuvage lui fit l’effet d’un puissant narcotique, astringent et fort. Il était infect, mais elle le sentit lui tapisser la gorge comme du cuir tanné, la blindant pour une nouvelle journée de survie.

Le Targui se détourna à moitié, timidement, et, d’un geste discret, souleva son voile. Il but bruyamment, avec plaisir. Puis il ouvrit un sac élastique qu’il lui présenta : des espèces de petites pastilles brunes – comme des cacahuètes. Une sorte de prom séchée. Ça avait un goût de sciure. Le petit déjeuner. Elle en mangea deux poignées.

Gresham émergea de la pénombre qui s’éclaircissait, silhouette énorme drapée jusqu’aux yeux, un nouveau sac passé à l’épaule. Il jetait par poignées quelque chose sur le sable, à petits gestes vifs, rituels. De la poudre traçante, peut-être ? Elle n’aurait su dire.

« Elle a passé la nuit », lui annonça Gresham en s’époussetant les mains. « Elle a même parlé un peu ce matin. Solides, ces Boers. »

Laura se leva, douloureusement. Elle se sentait honteuse. « Je ne suis pas très utile, hein ?

— Vous n’êtes pas dans votre univers, n’est-ce pas ? » Gresham aida le Targui à décrocher et plier la tente. « La poursuite n’a pas duré, ce coup-ci… On a planté quelques leurres thermiques, ça a dû détourner les avions. Ou ils nous prennent peut-être pour un commando azanien… C’est ce que j’espère. On pourrait provoquer quelque chose d’intéressant. »

Sa délectation la terrifiait. « Mais si le FAIT a la bombe… vous ne pouvez pas provoquer des gens qui peuvent anéantir des cités entières ! »

Il n’était pas impressionné. « Le monde est plein de cités. » Il consulta sa montre au bracelet de cuir tressé. « On a encore une longue journée devant nous, allons-y. »

Il avait rechargé le buggy – en transférant une partie des bagages sur un autre véhicule. Katje était allongée dans un nid de tapis, à l’ombre d’une bâche ; elle avait les yeux ouverts.

« Bonjour », murmura-t-elle.

Laura s’assit près d’elle, calant son dos et ses jambes. Graham mit le buggy en route. L’engin prit de la vitesse en gémissant à contrecœur – la batterie faiblissait…

Elle prit le poignet de Katje. Pouls irrégulier, presque imperceptible. « On va vous reconduire auprès de vos compatriotes, Katje. »

Katje cligna des yeux, paupières pâles et marquées de veines. Elle se força à parler. « C’est un sauvage, un anarchiste.

— Essayez de vous reposer. Vous et moi, on va s’en sortir. Survivre pour tout raconter. » Le soleil apparut au-dessus de l’horizon, ampoule de chaleur jaune vif.

Le temps passa et la chaleur monta obstinément à mesure que défilaient les kilomètres. Ils quittaient le Sahara profond pour traverser à présent un terrain qui ressemblait un peu plus à du vrai sol. Ç’avait été jadis des pâturages – ils passèrent devant les cadavres de bétail momifié, comme d’antiques marionnettes de chiffon, étiques sous leur gaine de cuir craquelé.

Jamais elle n’avait réalisé l’ampleur du désastre africain. Il était à l’échelle d’un continent, planétaire. Ils avaient parcouru des centaines de kilomètres sans rencontrer âme qui vive, sans voir autre chose que quelques oiseaux tournoyants ou des traces de lézards. Elle avait cru Gresham cavalier, délibérément brutal, mais elle comprenait à présent à quel point le FAIT avec tout son arsenal était le cadet de ses soucis. Ils vivaient ici, ils étaient ici chez eux. Les bombardements nucléaires pouvaient difficilement faire empirer la situation. L’étendre, tout au plus.

En milieu d’après-midi, un avion du FAIT attaqua l’un des buggies des Touaregs et y mit le feu. Laura n’eut même pas l’occasion d’apercevoir l’appareil, d’assister à la rencontre mortelle, sinon par une lointaine colonne de fumée. Ils stoppèrent et s’abritèrent pendant une demi-heure, jusqu’à ce que l’engin-robot eût épuisé son carburant ou ses munitions.

Des mouches les avaient repérés sitôt qu’ils s’étaient arrêtés. D’énormes mouches sahariennes, agressives, qui se posaient sur les vêtements ensanglantés de Katje, comme attirées par un aimant. Il fallait les détacher, les balayer de la main, avant qu’elles daignent s’en aller. Même ainsi, elles se contentaient de décrire un petit cercle vrombissant avant d’atterrir à nouveau. Laura les chassait avec obstination, grimaçant chaque fois qu’elles se posaient sur ses lunettes, cherchant à aspirer l’humidité autour de son nez, de ses lèvres.

Enfin, la caravane éparpillée leur transmit un message optique. Le chauffeur avait survécu, indemne ; un compagnon l’avait ramassé puis avait remballé ce qui était récupérable de la cargaison.

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