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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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« Je suis journaliste, lui dit-il. Indépendant. Je couvre leurs activités.

— Quel est votre nom ?

— Gresham.

— Jonathan Gresham ? »

Gresham la considéra un long moment. Surpris, songeur. Il la jugeait à nouveau. Depuis le début, il donnait l’impression de la juger. « Autant pour la couverture imparable, dit-il enfin. Qu’est-ce qui se passe ? Je suis devenu célèbre ou quoi ?

— Vous êtes le colonel Jonathan Gresham, auteur de La Doctrine de Lawrence et l’insurrection postindustrielle ? »

Gresham avait l’air embarrassé. « Écoutez, je me suis gouré du tout au tout dans ce bouquin. Je ne savais rien à l’époque, c’est de la théorie, un tissu de conneries mal digérées. Me dites pas que vous l’avez lu !

— Non, mais je connais des gens qui le portent aux nues.

— Des amateurs. »

Elle regarda Gresham. Il donna l’impression d’être né dans les limbes puis d’avoir grandi aux tréfonds de l’enfer. « Ouais, z’avez sans doute raison. »

Gresham rumina la nouvelle. « C’est vos geôliers qui vous ont parlé de moi, hein ? Je sais très bien qu’ils ont lu mon truc. Vienne aussi – quoique… ils n’en aient guère tiré profit, apparemment.

— Ça doit quand même se tenir un peu, non ? Votre bande de gars sur leurs petites motos ont anéanti un convoi entier ! »

Gresham esquissa une grimace, comme un artiste d’avant-garde loué par un ignare. « Si j’avais été mieux renseigné… Désolé pour votre amie. Les risques de la guerre, Laura.

— Ça aurait tout aussi bien pu tomber sur moi.

— Ouais, c’est ce qu’on apprend à se dire au bout d’un moment.

— Vous croyez qu’elle s’en sortira ?

— Non, je ne pense pas. Si l’un des nôtres avait reçu une telle blessure, on lui aurait simplement tiré une balle dans la tête. » Un coup d’œil à Laura. « Je pourrais le faire », ajouta-t-il. Il se voulait sincèrement généreux, elle le sentait bien.

« Elle n’a pas besoin de nouvelles balles, elle a besoin d’être opérée. Y a-t-il un médecin accessible quelque part ? »

Il secoua la tête. « Il y a un camp d’assistance azanien, à trois jours d’ici. Mais ce n’est pas notre direction – nous devons nous regrouper à notre dépôt local de ravitaillement. Nous devons nous occuper d’abord de notre survie… nous ne pouvons pas nous permettre de gestes chevaleresques. »

Laura se pencha pour agripper à l’épaule la tunique épaisse de Gresham. « Cette femme était en train de mourir !

— Vous êtes en Afrique maintenant. Les femmes en train de mourir, ce n’est pas rare dans le coin. »

Laura poussa un gros soupir.

Elle avait atteint le fond de l’abîme.

Elle essaya de se creuser la cervelle. Regarda autour d’elle, cherchant à s’éclaircir les idées. Elle avait l’esprit en lambeaux. Le désert alentour semblait le vaporiser : tout ce qui était complexe se dissipait pour ne laisser qu’une coque dure, simple, essentielle. « Je veux que vous lui sauviez la vie, Jonathan Gresham.

— Mauvaise tactique », observa ce dernier. Il évitait son regard, fixant la route. « Ils ignorent qu’elle est mortellement blessée. Si c’est une otage importante, ils escomptent nous voir mettre le cap sur ce camp. Et si nous avons survécu jusqu’à maintenant, c’est en évitant de faire ce qu’escomptent les experts du FAIT. »

Elle battit en retraite. Changea son fusil d’épaule. « S’ils touchent à ce camp, l’aviation azanienne finira de ratiboiser ce qui reste de leur capitale. »

Il la regarda comme si elle était devenue cinglée.

« C’est la vérité. Il y a quatre jours, les Azaniens ont frappé Bamako, durement. Les dépôts d’essence, les casernes des commandos, le grand jeu. Depuis leurs porte-avions.

— Meerde… » Gresham sourit brusquement. Rien de rassurant dans ce sourire : c’était celui d’un fauve. « Dites-m’en un peu plus, Laura Webster.

— C’est pour cela qu’ils nous emmenaient sur leur site d’essais atomiques. Pour y faire une déclaration de propagande, pour effrayer les Azaniens. J’ai vu leur sous-marin nucléaire. J’ai même vécu à bord. Pendant des semaines.

— Bon Dieu. Vous avez vu tout ça ? De vos propres yeux ?

— Absolument. »

Il la croyait. Elle voyait bien que c’était dur pour lui, que c’étaient des nouvelles qui changeaient les fondements mêmes de son existence. Ou du moins de sa guerre, s’il y avait une différence entre sa vie et son combat. Mais il reconnaissait qu’elle lui disait la vérité. C’était comme un message passé entre eux, quelque chose d’élémentaire et d’humain.

Il marmonna : « Faut absolument qu’on fasse une interview. »

Une interview. C’est vrai qu’il avait une caméra, non ? Elle se sentit confuse, soulagée, obscurément honteuse. Elle chercha à retrouver ses assises morales. Elles étaient toujours là. « D’abord, sauvez la vie de mon amie.

— On peut essayer. » Il se leva sur la selle, tira quelque chose de sa ceinture – un éventail blanc. Il l’ouvrit d’une secousse et le tint au-dessus de sa tête en l’agitant avec des mouvements précis de sémaphore. Pour la première fois, Laura avisa la présence d’un autre Targui – silhouette d’insecte, presque perdue dans la brume de chaleur, quinze cents mètres plus au nord. Clignotement saccadé d’une réponse.

Katje gémit à l’arrière, un grognement purement animal. « Ne lui donnez pas trop à boire, avertit Gresham. Humectez-la, plutôt. »

Laura retourna vers l’arrière.

Katje était éveillée, consciente. Il y avait quelque chose de vaste, d’essentiel, de terrifiant dans son calvaire. Il y avait si peu de choses que la discussion ou la réflexion pouvaient faire – pas question de débattre avec la mort. Son visage ressemblait à un crâne et elle était seule à se battre.

Tandis que passaient les heures, Laura fit ce qu’elle put. En quelques mots échangés avec Gresham, elle fit rapidement le tour des maigres secours qu’il pouvait fournir : des pansements pour la tête et les épaules de Katje. Des outres en cuir remplies d’une eau fade, au goût d’eau distillée. Pour la peau, un peu de graisse à l’odeur de saindoux. Des tartines de teinture noire sur les pommettes pour réduire l’éblouissement.

C’était la blessure dans le dos qui était la pire. Les bords étaient déchiquetés et Laura redoutait une infection rapide. La croûte s’ouvrit à deux reprises, sur les cahots les plus violents, laissant s’écouler une fine rigole de sang le long du dos de la jeune femme.

Ils s’arrêtèrent une fois quand ils heurtèrent un rocher et que la roue avant droite se mit à gémir. Puis une seconde, quand Gresham repéra ce qu’il crut être des avions de reconnaissance – en fait, un couple de vautours.

Au crépuscule, Katje se mit à marmonner à haute voix. Fragments épars de sa vie. Son frère avocat. Les lettres de sa mère sur du papier à fleurs. Les thés. Les cours de maintien. Dans son délire, son esprit cherchait à saisir une vision lointaine, à des kilomètres et des années de là. Un infime centre d’ordre humain au milieu d’un cercle d’horizon désolé.

Gresham continua de rouler jusque bien après la tombée de la nuit. Il semblait connaître la région. Elle ne le vit pas une seule fois consulter une carte.

Finalement, il s’arrêta dans les profondeurs ravinées d’un arroyo – un « oued », tel était son terme. Les fonds sableux du cours d’eau asséché étaient encombrés de buissons bas qui puaient la créosote, recouverts de minuscules chatons urticants.

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