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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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Ils se précipitèrent pour regarder. Resté en selle, dans sa robe flottante, la tête voilée et enturbannée, Gresham regardait dans le vague, au-dessus d’eux. Un galonné s’approcha d’elle. « Et vous, qui êtes-vous, bordel ?

— Je suis celle qui l’a amenée ici. Dépêchez-vous, elle est mourante ! Lui, c’est un journaliste américain et il est en liaison-son, alors vous avez intérêt à surveiller votre langage, caporal. »

L’officier la toisa. Tunique maculée, chemise crasseuse en turban autour de la tête, cernes de graisse noire sous les yeux.

« Lieutenant, rectifia-t-il, blessé. Mon grade est lieutenant, mademoiselle. »

Elle parla à l’un des administrateurs azaniens dans l’un de leurs longs baraquements préfabriqués. Les étagères murales débordaient de boîtes de conserve, de matériel médical, de pièces détachées emballées dans la graisse. L’épaisse couche d’isolant sur les parois cylindriques et le plafond étouffait le grondement des climatiseurs.

Un fidèle serviteur vêtu d’une veste blanche, les joues sillonnées de balafres tribales, vint leur distribuer des bidons de Fanta orange glacé.

Elle ne leur avait fourni qu’une version ultra-simplifiée des événements mais les Azaniens étaient nerveux et perplexes ; ils ne semblaient pas attendre grand-chose d’une apparition du désert dans son genre. Le directeur du camp était un Azanien noir corpulent et fumeur de pipe qui répondait au nom d’Edmund Mbaqane. Mbaqane faisait de louables efforts pour paraître bureaucratiquement imperturbable et parfaitement maître de la situation. « Nous vous sommes tout à fait reconnaissants, madame Webster… Pardonnez-moi si j’ai pu paraître abrupt au premier abord. Entendre encore une fois un exemple des exactions du régime génocide de Bamako – il y a de quoi vous faire bouillir. »

Mbaqane n’avait pas bouilli trop fort – aucun des Azaniens non plus, d’ailleurs. C’étaient des civils à des milliers de kilomètres de leur foyer, en première ligne, et ils étaient à cran. Certes pas mécontents d’avoir récupéré leur otage – un membre de leur équipe – mais elle n’était pas passée par les voies diplomatiques et, manifestement, ça les préoccupait.

Le corps de l’Action civile azanienne semblait avoir été composé dans une perspective politique d’équité multiraciale : il y avait deux employés noirs (« de couleur »). Un peu plus tôt, Laura avait fugitivement croisé une petite femme voûtée, aux cheveux nattés et chaussée de tennis, le Dr Chandrasekhar – mais elle était en ce moment à la clinique, au chevet de Katje. Laura présumait que ce petit bout de bonne femme était la vie et l’âme de cet endroit – c’était elle qui parlait le plus vite et semblait la plus crevée.

Il y avait également un Afrikaner du nom de Barnaard, apparemment une sorte de diplomate ou d’agent de liaison. Il avait les cheveux bruns mais sa peau était d’un noir luisant, artificiel. Barnaard semblait mieux appréhender que les autres la situation politique, ce qui était sans doute la raison pour laquelle il empestait le whisky et se tenait toujours près du capitaine de parachutistes. Ce capitaine était un Zoulou, un rude client, un affreux qu’on aurait fort bien imaginé dans une rixe de bar.

Ils étaient tous morts de trouille. Ce qui expliquait pourquoi ils s’échinaient à la rassurer. « Vous pouvez dormir tranquille, madame Webster, lui dit le directeur. Le régime de Bamako ne va pas se hasarder dans de nouvelles aventures ! Ils ne risquent pas de revenir importuner ce camp. Pas tant que notre porte-avions l’Oom-Pau patrouillera dans le golfe de Guinée.

— Un fameux vaisseau », commenta le capitaine de paras.

Barnaard acquiesça en allumant une cigarette. Il fumait des Panda chinoises, sans filtre. « Après l’incident d’hier, le Niger a protesté contre la violation de son espace aérien dans les termes les plus vigoureux. Et le Niger est signataire des accords de Vienne. Nous attendons l’arrivée de délégués de Vienne, ici même, dès demain matin. Quel que soit leur différend avec nous, je ne crois pas que Bamako se risquerait à froisser les Viennois. »

Laura se demanda si Barnaard croyait ce qu’il venait de dire. Les isolationnistes azaniens semblaient avoir bien plus confiance en Vienne que les gens plus au fait des choses. « Vous avez encore de cette lotion solaire ? » lui demanda Laura.

Il prit un air vexé. « Pardon ?

— Je voulais vérifier l’étiquette… Vous savez qui la fabrique ? »

Il s’épanouit. « Certainement. Une firme brésilienne. Unitika-quelque chose.

— Rizome-Unitika.

— Oh ! alors comme ça, elle fait partie de la maison, n’est-ce pas ? » Barnaard hocha la tête, comme si cela expliquait bien des choses. « Enfin, je n’ai rien contre les multinationales ! Si jamais vous avez envie de vous remettre à investir… avec un encadrement adéquat, bien sûr… »

Une imprimante se mit à crépiter. Des nouvelles du pays. Les autres s’éloignèrent vers l’appareil. Le directeur Mbaqane se rapprocha de Laura. « Je ne suis pas sûr de bien saisir le rôle de ce journaliste américain que vous avez mentionné.

— Il était avec les Touaregs. »

Le directeur essaya de ne pas paraître perplexe. « Oui, nous avons effectivement quelques soi-disant Touaregs dans le secteur, ou plutôt, des Kel Tamasheks… Je parie qu’il désirait s’assurer qu’on les traite de manière juste et équitable ?

— Son intérêt serait plutôt culturel, dit Laura. Il a effectivement évoqué l’éventualité d’un entretien avec eux.

— Culturel ? Ils s’en sortent fort bien… Peut-être que je pourrais lui envoyer une députation de nos anciens chefs tribaux – histoire d’apaiser ses inquiétudes. Nous offrons volontiers notre protection à tout groupe ethnique dans le besoin – Bambaras, Markas, Songhaïs… Nous avons un assez fort contingent de Sarakolés, qui ne sont même pas citoyens nigériens. »

Il semblait attendre une réponse. Laura but une gorgée de soda à l’orange et hocha la tête. Barnaard revint vers eux – il avait rapidement jugé le message sans importance. « Oh non ! Pas encore un journaleux, pas maintenant. »

Le directeur le fit taire d’un regard. « Comme vous pouvez le constater, madame Webster, nous sommes légèrement débordés pour l’instant… Mais enfin, si vous exigez une visite guidée, je suis sûr que M. Barnaard sera positivement ravi de, hum, d’expliquer notre politique devant la presse internationale.

— Vous êtes fort aimable, dit Laura. Malheureusement, je dois mener cet entretien moi-même.

— Eh bien, je comprends tout à fait – ce doit être un sacré scoop. Des otages, libérées des tristement célèbres geôles de Bamako. » Il tripota sa pipe, l’air paternel. « Cela va certainement alimenter les conversations en Azanie. L’une des nôtres, revenue de sa détention. Un sacré coup de fouet pour notre moral – spécialement au milieu de cette période de crise. » Le directeur, à travers elle, s’adressait à ses propres troupes. Et là aussi, ça avait l’air de marcher – il était en train de leur regonfler le moral. L’homme remonta dans son estime.

Il poursuivit : « Je sais que le Dr Selous et vous devez être – que vous êtes – très proches. Les liens sacrés entre celles et ceux qui ont lutté ensemble pour leur liberté ! Mais vous ne devez pas vous inquiéter, madame Webster. Nos prières vont à Katje Selous ! Je suis sûr qu’elle s’en sortira !

— Je l’espère. Prenez bien soin d’elle. Elle a été courageuse.

— Une héroïne nationale ! Bien évidemment. Et si nous pouvons faire quoi que ce soit pour vous…

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